‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 4)Chapitre 108 sur 138 · SUR L’ORAISON · texte numérisé non relu

SUR L’ORAISON

(Emploi de la journée, art. 2.)

Mes chères sœurs, dimanche dernier nous vous parlâmes du premier article de l'emploi de la journée, et nous dîmes quelque chose du second. Reste aujourd’hui à parler de l’oraison et des prières vocales du matin. Voici ce que l’article contient : « A quatre heures et demie, elles feront en commun les prières vocales ordinaires et ensuite entendront lire les points de la méditation, laquelle on fera pendant demi-heure, commençant par Venii Sancte Spiritus , etc. »

Il s’agit donc de faire la méditation pendant demiheure, après qu’on est levé. Toutes doivent faire cela, parce que l’oraison est à lame ce que l’âme au corps. L’âme est la vie du corps, et l’oraison est la vie de l’âme. Et comme un corps sans âme est un cadavre, ainsi une personne sans oraison n’a point de vigueur. Or, cela posé, toutes les âmes que Dieu appelle à quelque ministère important pour sa gloire doivent s’appliquer à cet exercice et fuir la vaine gloire, comme, par exemple, faire quelque chose pour plaire au monde, ou pour s’en attirer

Entretien 103. — Ms. SV 4, p. 326 et suiv.

l’estime. A Dieu ne plaise que j’ôte la gloire que je dois à Dieu, ni que je fasse quelque chose pour m’acquérir l’affection de ceux avec qui je travaille !Mais je veux que tout ce que je ferai, dirai ou penserai soit pour son amour. Sortir de l’oraison sans prendre quelqu’une de ces résolutions, principalement celles qui regardent l’observance des règles, ce n’est pas la faire comme il faut.

Ce n'est pas encore tout que de prendre une résolution si de ce pas vous ne cherchez quelque moyen pour la mettre en pratique. Quand donc vous prenez la résolution ou de fuir un vice, ou de pratiquer une vertu, vous devez dire en vous-mêmes : « Eh bien ! je me propose cela, mais c’est bien difficile à pratiquer. Le puis-je faire de mes propres forces? Non; mais, avec la grâce de Dieu, j’espère y être fidèle, et pour cela je dois me servir de tel moyen. »

Voilà, mes chères sœurs, les trois points de l’oraison. Il en reste encore trois autres, et c’est la conclusion.

Le premier de ces trois derniers, c’est de rendre grâces à Dieu. Vous avez vu la beauté de la vertu et avez pris vos résolutions. Reste, mes sœurs, à remercier Dieu de la grâce qu’il vous a faite de faire l’oraison, qui est la grâce des grâces que Dieu puisse faire aux chrétiens et par conséquent aux Filles de la Charité. Quelle plus grande faveur pourrait faire Notre-Seigneur à une âme que de lui permettre de traiter et communiquer bouche à bouche avec lui ! Il est donc bien raisonnable de remercier Dieu après avoir fait cette oraison. Et qui vous a fait la grâce de la faire? N’est-ce pas Dieu? Il faut donc l’en remercier avec affection. Et ceux qui font l’oraison sans remercier Dieu d'avoir chassé les ténèbres de leur esprit et de les avoir éclairés pour connaître la beauté de la vertu, et échauffé la volonté pour la pratiquer, manquent à un point très nécessaire pour bien faire l’oraison.

Après cela, mes chères sœurs, il faut offrir à Dieu vos résolutions; il faut lui présenter ce que vous venez de recevoir de sa bonté. Vous venez de recevoir une grâce, mais vous devez croire que vous n’êtes pas dignes de la garder, et pouir cela dire : « Ah ! Seigneur, reconnaissant que tout cela vient de vous et que je ne suis pas bastante 1 pour le conserver, voilà pourquoi je vous 1 onre. » Et enfin nous avons beau nous proposer de faire le bien, si Dieu ne nous fait cette grâce, nous ne le saurions, puisque, comme dit saint Paul, nous ne pouvons pas dire : Abba Pater2 3, si ce n’est dans l’Esprit- Saint. Nous avons grand besoin de mettre en pratique nos résolutions; ce que nous ne pouvons faire sans la grâce de Dieu, puisque, sans lui, nous ne pouvons pas avoir une bonne pensée, ni dire une bonne parole sans que le Père éternel nous en donne la grâce par le mérite de son Fils.

Voilà, mes sœurs, en quoi consiste l’oiraison. Le premier point, avec les trois qu’il contient, s’appelle préparation; le deuxième, le corps de l’oraison; et le troisième, conclusion. O mes filles, il sera bien difficile que vous reteniez tout cela. Si vous le pouvez faire, à la bonne heure; mais, si vous ne vous ressouvenez pas detout, ne vous découragez pas, ressouvenez-vous seulement des affections que Dieu vous aura données dans 1 oraison. Puis vous prendrez des pratiques conformes à cela. Ne vous mettez pas en peine; Dieu, avec le temps, vous fera la grâce de bien faire l’oraison. 11 le faut prier qu’il vous enseigne comment vous la pourriez faire, comme les apôtres, qui disaient à Notre-Seigneur : Domine , doce nos or are* . Ah! Seigneur, en-

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