CONFÉRENCE DU 16 MARS i
Catéchisme. — Actes d’adoration à la sortie de la maison et à la rentrée. — Jeûnes et abstinences. — Confessions. — Communions. — Communications. — Retraites. — Conférences.
(Emploi de la journée, art. 17-23.)
Mes sœurs, nous continuerons et achèverons, si nous pouvons, l’explication de vos règles. Nous sommes .arrivés au dix et septième article, qui traite des occupations des dimanches et fêtes. Pour les œuvres des autres jours de la semaine, l’on vous en a parlé dans l’explication de vos règles. Reste à voir ce qui suit : « Aux dimanches et fêtes, on gardera le même ordre, excepté que le temps qu’on emploie, les jours ouvrables, au travail manuel sera employé en des exercices spirituels, comme à ouïr le sermon, le catéchisme, le service divin, les entretiens de piété, ou à s’exercer à faire le catéchisme avec leurs sœurs pour se rendre capables d’instruire les pauvres et les enfants des choses nécessaires à salut. »
Cet article, mes sœurs, ne requiert point d’autre explication, car il est assez intelligible de soi. Te vous dirai seulement deux mots sur ce sujet : premièrement, que les dimanches et fêtes sont ordonnés de Dieu pour vaquer à son service et cesser toute œuvre manuelle ; secondement, que vous devez prendre les heures que l’on emploie, les autres jours, au travail, pour faire le catéchisme et antres choses marquées par la règle. Il est à remarquer que cet article dit de le faire entre vous. Ce n’est pas que vous ne le puissiez faire ailleurs, s’il était jugé nécessaire.
Mademoiselle, cela se fait-il ainsi?
— ■ Oui, mon Père, il y a une sœur, une officière
Entretien 108. — Ms. SV 4, p. 354 et suiv.
ou quelque ancienne, qui instruit les autres soit sur le catéchisme, soit en faisant dire le Pater par pétitions et le Credo par articles. Quelquefois aussi on s’entretient du sermon, quand on l’a entendu.
— - Voilà qui est bien, Mademoiselle. Et puisqu'il a été expédient d en user de la sorte, il sera bon de continuer et que vous ayez des sœurs préposées pour faire le catéchisme, qu une interroge et que l’autre réponde. Mais, pour les autres qui sont présentes, il faut quelles écoutent avec grande modestie et respect. Celle qui préside entend les réponses et leur explique ce qui ne serait pas assez intelligible et qu’elles ne comprendraient pas. Et s’il s’y faisait quelque faute, elle en doit avertir la supérieure. C’est un moyen, mes chères sœurs, de vous instruire vous-mêmes; et si vous vous en servez
bien, vous serez capables de faire le catéchisme aux pauvres.
Cela est conforme à ce qui se fait dans la sainte Eglise ou dans les assemblées. Il y en a deux qui disputent 1 un contre l’autre : l’un argumente et l’autre soutient. Et c est le moyen de devenir savant. Cela même se pratique dans les séminaires, aux Bons-Enfants et en beaucoup d’autres lieux. Et parce qu’il n’y a pas de meilleur moyen d apprendre que de voir faire, ils ont cette coutume à Saint-Nicolas-du-Chardonnet, qu’ils ne permettent a aucun prêtre de baptiser, qu’ils ne lui aient propose un enfant pour faire les mêmes cérémonies qui sont observées au baptême. Ils en font de meme pour la confession : un clerc du séminaire fait comme s’il se confessait et dit tout haut les péchés qui se peuvent commettre; et le prêtre qui l’entend, s’il ne s’accuse pas bien, interroge son pénitent. Le même se fait pour la communion. Et cela pour se rendre capables d’administrer les sacrements et bien faire leurs fonctions. Or, le moyen de vous rendre capables de
bien instruire les pauvres, c’est de faire le catéchisme entre vous autres. Ainsi il est nécessaire de vous exercer à cela, autant qu’il se pourra, et d’y observer cet ordre dorénavant. Qu’il y en ait donc une qui interroge et une autre qui réponde, et que cela se fasse en présence de la supérieure; et si elle n’y est pas, celle qui préside à sa place lui rapportera comment on s’y est comporté.
Mademoiselle, trouvez-vous qu’il y ait inconvénient à faire de la sorte?
— • Non, mon Père, il sera bien mieux comme votre charité a dit. Mon Père, vous plaît-il que je propose ce qui m’est venu en pensée au sujet de ce que vous avez dit?
Ce qui lui ayant été accordé, Mademoiselle Le Gras dit :
Mon Père, c'est qu’il me semble que non seulement il est nécessaire que l’on fasse ce que vous avez dit, pour l’instruction de nos sœurs, mais aussi que les anciennes aient soin d’apprendre le catéchisme aux sœurs qu’on leur baille, non pas aux heures que nous le faisons à la maison, parce que je crois qu’elles ont moins de temps aux dimanches et fêtes qu’aux autres jours; mais vous pourriez leur donner quelque heure pour cela.
Monsieur notre très honoré Père ayant trouvé ce que Mademoiselle venait de dire très utile et nécessaire, une sœur lui dit :
Mon Père, pour ce qui est de nous, nous ne le pouvons pas, parce que nous n’avons point de temps. Après être revenues des malades, il y a toujours beaucoup à faire à la maison, tant pour préparer les remèdes que pour bailler ce que l’on vient demander, tantôt de la tisane, tantôt du sirop. Enfin on ne peut pas dire que l’on aura une heure à soi. Avec tout cela il faut encore
faire les saignées. De sorte que je 11e crois pas que nous puissions faire cela.
- Ma fille, jusqu a cette heure nous ne l’avons pas pu , mais il faudra dorénavant dire aux pauvres de ne point venir jusqu’à une telle heure que vous leur donnerez. Et ainsi vous aurez assez de temps.
Mon Père, die la meme, il est bien difficile de leur donner une heure, parce que ce ne sont pas seulement les malades, mais ce sont encore d’autres personnes, comme le médecin, ou celui qui écrit les pauvres.
Voyez-vous, ma sœur, la Sainte Ecriture diit que la charité bien ordonnée commence par soi-même et 1 âme doit être préférée au -corps. Or, c’est une chose nécessaire que les Filles de la Charité instruisent les pauvres des choses nécessaires à salut; et pour -cela il faut qu’elles soient instruites premièrement elles-mêmes avant que de pouvoir enseigner aux autres.
Quelques autres sœurs représentèrent à M. Vincent les memes difficultés a peu près que la première, disant qu elles n avaient point de temps, que les pauvres venaient a toute heure et que, si on les faisait attendre, ils murmuraient, qu il y en avait même qui leur auraient dit qu’elles étaient obligées de les servir. A quoi il répondit qu il fallait prier les dames de trouver bon qu’on prenne ce temps-là pour soi et que l’on donne avis aux pauvres qu’ils aient à ne point venir jusqu’à une telle heure. Elles ne sauraient trouver mauvais que vous preniez quelque demi-heure pour vous instruire des choses que vous êtes obligées de faire.
— - Mon Père, dit une sœur, si nous disons cela aux dames, elles pourront répondre que nous avons une maison pour instruire les filles, et que l’on nous envoie pour servir et non pour autre chose.
— Ma sœur, il est juste qu’en servant les autres on ait soin de son âme. Vous avez obligation avec moi de
former la Compagnie. Qui est-ce qui peut trouver à redire qu’on s’acquitte de ce devoir? Lorsqu’on l’aura fait entendre à M. le curé et aux dames, ils ne sauraient le trouver mauvais. Quant aux pauvres, laissezdes dire et ne laissez pas de faire ce que vous avez à faire. Il est vrai que vous devez les servir, mais vous êtes encore plus obligées à votre salut. Dans nos maisons, nous faisons cela, et ils s’y soumettent. Quand on leur dit r « Nous ne confesserons point qu’à une telle heure », ils ne s’y attendent pas plus tôt, parce qu’ils voient que c’est un ordre que l’on tient. Pourquoi messieurs les curés et messieurs les autres ecclésiastiques ne portentils pas les sacrements la nuit dans Paris si souvent que l’on fait aux champs? C’est qu’ils ont soin d’avertir à leur prône que l’on prévoie de bonne heure. Ce qui fait qu’ils ne le font que dans les besoins pressants et extraordinaires.
« i8° Avant de sortir de la maison, elles prendront de l’eau bénite et se mettront à genoux devant l’image de Notre-Seigneur pour demander la bénédiction du bon Dieu et la grâce de ne le point offenser. Au retour, elles en feront de même pour le remercier, etc. »
Mes sœurs, je pense que vous êtes dans cette pratique. Je vous prie, si vous l’avez, de la continuer; si vous ne l’avez pas, prenez résolution de l’avoir. C’est un moyen qui vous est donné pour continuer la familiarité que vous avez eue, le matin, avec Notre-Seigneur en l'oraison. Quand vous sortez, vous lui offrez donc votre voyage. Surtout demandez-lui la grâce de marcher avec grande modestie, comme vous avez accoutumé de faire, par la grâce de Dieu; car il y en a quelques-unes qui sont à édification. Quand vous passez devant les églises, il faut faire la révérence et y adorer le Saint Sacrement. Or, pour faire que votre voyage, ou ce que vous allez faire, soit agréable à Dieu, vous devez vous pro-
poser d'adorer Notre-Seigneur dans les personnes avec lesquelles vous avez à traiter. Si c’est avec les hommes que vous avez à traiter, vous devez vous représenter que c est à Notre- Seigneur que vous parlez ; si c’est avec les femmes, pensez a la sainte V lerge. Ayant fait ce qui vous était ordonne, il faut vous en revenir avec la même modestie que vous y êtes allées, et, au retour, voir si vous avez bien fait votre voyage, pour en remercier Dieu, et, si vous trouvez y avoir fait quelque faute, lui en demander pardon. Ainsi, mes sœurs, si vous vous comportez de la sorte, vous serez bernes de Notre-Seigneur au dehors, bénies au dedans, bénies en tout ce que vous ferez.
Voyez-vous, mes chères sœurs, cet article vous avertit de ne sortir jamais de la maison que vous ne vous mettiez à genoux devant l’oratoire ou dan? la chapelle, et là vous abaisser devant Notre-Seigneur, l’adorer et lui demander la grâce de bien faire l’œuvre que vous allez faire. « Ah ! Seigneur, je m'en vais servir les pauvres; je vous prie de me faire la grâce de le faire dans 1 esprit que vous voulez que je le fasse et comme vous l’avez fait » ; car il a servi et visité les malades, mes sœurs.
Après, il faut prendre de l'eau bénite; et, au retour, faire de même, pour remercier Dieu de vous avoir préservées; si vous avez fait quelque faute, lui en demander pardon. Voilà ce que vous devez faire. Ne sortir jamais pour quoi que ce soit, sans offrir à Dieu ce que vous allez faire, parce qu’en vertu de cette oblation tout ce que vous ferez lui sera agréable.
Si vous me demandez sur quoi est fondée cette pratique, je vous dirai, mes chères sœurs, quelle est conforme à ce que pratiquaient les premiers chrétiens. Tertullien dit qu’ils faisaient le signe de la croix en entrant, en sortant de la maison, en se levant, en se met-
tant à table, bref qu’ils usaient de ce signe en tout ce qu'ils faisaient, parce que la coutume de se mettre à genoux n’était pas encore en usage de ce temps-là. Ils se servaient du signe de la croix pour offrir à Dieu toutes leurs actions, conformément au conseil de saint Paul, qui dit : « Soit que vous mangiez ou que vous buviez, faites tout au nom de Notre-Seigneur 1. » Ainsi, mes sœurs,- donnez-vous à Dieu pour être fidèles à cela, et il bénira tout ce que vous ferez.
« 190 Tous les vendredis et veilles des fêtes de Notre- Seigneur et de la sainte Vierge, elles jeûneront, et tous les mercredis de Pavent elles feront abstinence, en sorte néanmoins que les infirmes, etc. »
Voilà ce que porte cet article. Vous pouvez, même aux jours de jeûne de commandement, exposer votre besoin au confesseur, au directeur, parce que c'est à lui a juger si vous devez jeûner ou non. Vous pouvez dire votre disposition, comme, par exemple, une personne dira : « Monsieur, quand je vais aux malades, je me trouve le cœur tout affaibli; je suis dans une certaine défaillance. » Oh ! dans ce cas, il lui ordonnera de prendre quelque chose. C’est donc au confesseur à juger si une personne peut jeûner; et la dispenser de cela est de sa juridiction.
Mademoiselle Le Gras dit à ce sujet :
Mon Père, nous prenons la liberté, quand nous voyons quelqu’une de nos sœurs avoir besoin, de lui faire prendre quelque petite chose, sans le demander.
— Mademoiselle, vous savez le pouvoir que vous avez d en user de la sorte, quand vous le jugez à joropos. Toutes les supérieures de Sainte-Marie ont un papier ou sont écrites toutes les permissions qu’elles me deman-