‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 4)Chapitre 118 sur 138 · Première épître aux Corinthiens X, 3i · texte numérisé non relu

Première épître aux Corinthiens X, 3i

dent. Entre autres il y en a une où il est porté que la supérieure a permission de faire donner des bouillons de viande à ses filles au cas quelles fussent pressées de quelque nécessité, avant même que le médecin les ait vues.

(( 20° Tous les samedis et veilles des fêtes, elles se confesseront aux confesseurs que le supérieur aura nommés, et non à d’autres sans sa permission, et communieront les dimanches et fêtes. »

Mes sœurs, pour obvier à beaucoup d’abus qui pourraient naître de cette permission générale de communier aux jours susdits, il a été bon de vous ordonner que vous en demandiez la permission à Mademoiselle Le Gras, c’est-à-dire celles qui sont ici, et celles qui sont hors de la maison à la sœur servante, vous mettant à genoux et disant : « Ma sœur, trouvez-vous bon que je communie? » Et cela, mes sœurs, ahn de rehausser par ce moyen le prix de la sainte communion, que vous rendez plus agréable à Dieu, la faisant par ooeissance, de sorte que vous ne devez jamais communier sans permission de la supérieure2. C’est bien le fait du confesseur de permettre la communion, parce qu’il connaît la disposition de la personne qui se confesse à lui. Ainsi la première permission de communion dépend de sa juridiction. Mais après il le faut demander à Mademoiselle Le Gras; car, quand on dit de demander cette permission, cela suppose que le confesseur, qui connaît l’état de votre âme et qui peut mieux juger si vous devez communier que pas une personne, laquelle ne sait, pas votre disposition, vous l’a permise; et en ce cas, vous la demandez pour rendre l’œuvre plus méritoire.

2. Cette pratique, en usage pendant longtemps dans diverses communautés, a été abolie; elle n’est pas conforme aux instructions données récemment par le Saint-Siège.

Quant à ce qui est dit dans ce même article : « Elles se confesseront aux confesseurs que le supérieur aura nommés », cela mérite un peu d’explication. Vous devez savoir qu’un curé, dans sa paroisse, permet à ses paroissiens de se confesser aux confesseurs à qui il a donné pouvoir de cela; et s'ils allaient à d’autres, ils ne feraient pas bien, parce qu’il n’y a que ceux auxquels le curé a donné juridiction qui le puissent faire. Il en est de même d’un supérieur de quelque religion ou communauté que ce soit, comme je le suis de Sainte-Marie et de quelques autres. C’est à eux à juger quels confesseurs ils doivent donner. De sorte qu’il n’est pas permis à une Fille de la Charité de se confesser à un autre confesseur qu’à celui qu’on lui aura donné. — Ah ! mais ce confesseur me reprendra toujours sur une même chose; cela m’ôte la liberté d’aller à lui, ou bien il n’y sera pas à l’heure que j’ai à faire. — Mes sœurs, en telles rencontres, vous ne devez point changer; pourquoi? C’est que, si vous le faites, on dira que cette hile a quelque péché qu’elle ne veut pas dire à son confesseur. Voilà ce que l’on jugera. Voilà pourquoi il vaudrait mieux différer que changer. Ici nous nommons un confesseur ou deux; et tous ceux de la maison sont obligés de se confesser à ceux-là, et non à d’autres. De là vient que, s’ils n’y sont pas et que quelqu'un ait besoin de se réconcilier, il me vient dire : « Monsieur, celui qui est nommé pour confesseur 11’y est pas ; vous plaît-il que je me confesse à celui-là? » On lui permet, car cela ne se refuse jamais. Mais, hors cela, on ne va point à d’autres qu’à ceux qui sont ordonnés. Pourquoi? Parce qu’il n’y a que le supérieur qui puisse donner pouvoir pour cela. Il a donné la juridiction à ces deux confesseurs, et non aux autres; et ainsi il n’y a que ceux-là qui vous puissent entendre3.

3. Ici encore saint Vincent se fait l’écho d’une opinion reçue de

Mes sœurs, ressouvenez-vous de ceci, vous qui allez aux paroisses, qu'il ne vous est point permis d’aller changer de confesseur sans permission. Encore aujourd'hui qu'il a été question de donner un confesseur extraordinaire à Sainte-Marie, la Mère supérieure m’a envoyé demander permission de faire confesser la communauté extraordinairement selon la coutume de le faire quatre fois l’année.

En suite de la confession, il est dit : « Et communieront les dimanches et fêtes, et non plus souvent, sans la permission du même supérieur. »

Il faut savoir que c’est aux fêtes principales, comme celles de Notre-Seigneur, de Notre-Dame, des apôtres, du saint qu’on a pour patron, du patron du lieu ; et à ces fêtes on peut ajouter le jour où l’on a pris l’habit, ou celui où l’on est entré en la Compagnie, celui du saint du mois, le jour où l’on a fait les vœux, celles qui les ont faits. Voilà les jours où vous devez communier. Mais il faut se contenter de cela; faire le contraire, c’est vouloir être plus capables que les autres; ce qui ne se peut sans orgueil. Quoi ! se croire plus capable de communier que sa sœur, ah ! Sauveur ! Ressouvenez-vous, mes sœurs qui pourriez être portées du désir de communier plus souvent, qu’il y a eu des saints qui ne communiaient que tous les huit jours, d’autres tous lès mois, d’autres une fois en un an, d’autres jamais; et ils n’ont pas laissé d’être saints. Sainte Marie l’égyptienne communiait-elle dans son désert? Point du tout. Il y a encore le jour du baptême. Or, s’il faut être exactes pour se garder de ne communier qu’aux jours susdits, il le

son temps et abandonnée de nos jours à la suite des décisions du Saint-Siège. Les Filles de la Charité peuvent se confesser à tout prêtre approuvé par l’Ordinaire du lieu.

faut etre pareillement pour ne s'en pas priver de soimême4. •

<( 2i° Tous les mois, elles feront leur revue au directeur que (le supérieur .aura député, et par même moyen elles se présenteront à la supérieure. »

(( 22° Tous les ans, elles feront, s’il se peut, la retraite spirituelle et leur confession générale des fautes commises depuis la dernière générale. »

cc S’il se peut », voyez- vous, mes sœurs, cela ne se prend pas du côté de la sœur. L’expérience nous fait voir que, comme le soleil, par ses influences, contribue à la production de tous les biens de la terre, le mêmes’expérimente des exercices spirituels. Nous disons quelquefois, parlant de la retraite : « O mon Sauveur, que vous avez versé de grâces et de bénédictions sur les exercices spirituels! » Et ce que je vous dis de nous, je vous le dis de toutes les communautés; je vous le dis après une supérieure de Sainte-Marie, qui, parlant des exercices, me disait il y ,a quelque temps : « Monsieur, qu il y a de grâces sur cela! C’est ce qui raccommode tout. » « S il se peut » ne s’entend donc pas du cote de la sœur, mais du côté de la supérieure; car, quant à la sœur, elle le doit demander tous les ans, encore quelle prévoie qu’elle ne le pourra pas; parce que c est à la supérieure a juger s’il faudra différer à un autre temps. Nous les faisons quelquefois à quatre bandes; les Allés de Sainte-Marie six à six. Retenez donc, mes sœurs, que ce mot « s’il se peut » ne tombe que du côté de la supérieure, et c’est pour cela que je vous recommande d avoir une dévotion toute particulière pour

4. Il n’est plus permis aux Communautés de limiter par règlement la communion à certains jours particuliers, à l’exclusion des autres. Si la communion quotidienne est recommandée à tous, elle l’est plus particulièrement aux personnes consacrées à Dieu.

ces saints exercices, parce que c’est un moyen de vous tenir unies à Dieu.

« 230 Toutes les fois qu’elles seront averties qu’il y aura assemblée ou conférence, etc. »

Mes sœurs, vous y voilà. Et encore qu’on ne vous dise pas des choses délectables et que l’on ne prêche pas comme l’on fait aux grandes assemblées, aimez pourtant à y venir. C’est votre mamelle et le lait que vous devez sucer. Car tout ainsi que le chef communique la vie à tous les membres du corps, de même c’est au supérieur, par l’union qu’il a avec les inférieurs, à influer sur tous les membres du corps de la Dmpagnie dont il est le chef la vie et l’esprit qui les doit animer. Vous devez prendre ce qui vous est dit ici comme un enfant prend le lait de la mamelle de sa mère. Ce n’est pas qu’il ne soit bon d’entendre les prédications qui se font aux autres lieux, quand vous le pouvez. Mais, parce que Dieu vous a liées à un corps de communauté, vous devez être unies à votre chef, parce que Dieu lui a donné la vertu d’animer les membres qui lui, sont conjoints. Et il est certain que les supérieurs ont grâce pour cela. C’est donc ici, mes chères sœurs, que vous recevez, par le moyen de votre supérieur, les ordres de Dieu ; c’est par lui que Dieu vous manifeste ses volontés. Voilà pourquoi, encore qu’il soit bon d’aller ouïr les prédications, quand il vous sera permis, vous devez avoir une dévotion toute particulière d’entendre les avertissements qui vous sont donnés ici. A ce que dit Notre-Seigneur, le bon pasteur connaît ses brebis, et elles entendent sa voix.

Béni soit Dieu, mes sœurs ! Voilà donc le moyen de bien régler tout ce qui regarde vos personnes et vos conduites au regard du prochain. Servez-vous des règles que Ton vous donne. Suivez ce conseil; et vous ne trouverez pas tant de difficulté qu’il vous semble. On le pourra dire

à messieurs les curés et aux dames. Et parce qu’il est vrai qu’en toutes les choses qui regardent la gloire de Dieu et 1 utilité du prochain, on rencontre toujours quelque contradiction, adressez-vous à Notre-Seigneur et confiez-vous en sa bonté. Représentez-vous l’exemple de sainte Marie Madeleine et de ses compagnes. Lorsqu'elles allaient au sépulcre, elles disaient entre elles : « Mon Dieu! qui nous ôtera la pierre? » Mais un ange avait déjà fait cela quand elles y arrivèrent. Ainsi, mes sœurs, si vous me demandez : a Comment pouvons-nous faire ce que vous avez dit? » je vous réponds que ce que vous ne sauriez faire de vous, Dieu le fera; il enverra son ange, qui remuera la pierre.

Et je vous avertis d'une autre chose : c’est que, quand vous aurez des diffi cultes, vous ne les proposiez jamais dans la compagnie. S'il y a quelque chose qui mérite d’être éclaircie, adressez-vous à la supérieure; et ainsi elle y remédiera. Mais jamais ne le faites devant la compagnie, parce qu’il se peut trouver des esprits faibles qui prennent les choses tout autrement qu’elles ne sont. Dans les communautés bien réglées on en use de la sorte. Quoi! qu’on allât parler dans une .assemblée! Jamais cela ne se fait.

Cependant nous finirons en demandant à Dieu la grâce de bien observer vos règles, principalement celleci. Et votre grand désir doit aller là, que toutes celles qui sont en la Compagnie gardent bien leurs règlements. Que Dieu donne un grand zèle à toutes nos sœurs pour faire leur possible à ce que le bon ordre soit bien gardé dans la Compagnie en général, que chacune fasse son devoir, qu’on se rende capable de se bien acquitter de ses obligations! Et pour cela, mes sœurs, je vous prie que la première communion que vous ferez soit à cette intention, afin qu’il plaise à Dieu d’animer toutes nos sœurs de cet esprit, surtout qu’elles soient

zélées pour l’instruction, tant entre elles que pour les pauvres.

Oh bien! mes chères sœurs, j’espère que vous vous servirez des moyens qui vous sont donnés pour cela. Je prie Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est la charité même et qui a fait la Compagnie de la Charité, qu’il vous donne cette grâce au moment que je prononcerai les paroles de bénédiction de sa part, quoique misérable. Humiliez-vous donc pour vous en rendre capables. Mais souvenez-vous que celles en qui vous remarquerez ce grand zèle pour le bien de la Compagnie et pour son avancement spirituel ont une des principales marques des vraies Filles de la Charité.

En cet avis de ne point dire ses difficultés dans la compagnie, donné par M. Vincent aux Filles de la Charité, elles remarqueront une de ses pratiques ordinaires du support du prochain, et, en deuxième lieu, sa grande patience, ayant attendu à le donner à la fin de la conférence et souffert que les sœurs disent ce qui était hors de propos, sans pourtant ordonner de cesser, ni donner de confusion. Lesquelles, reconnaissant leur faute, en demandèrent pardon à M. Vincent. Cette remarque a été écrite par l’ordre de Mademoiselle Le Gras. .

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