‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 4)Chapitre 135 sur 138 · JJ · texte numérisé non relu

JJ

dites incontinent : « Où suis-je pour me laisser .ainsi parler? » Mes filles, à l’exemple de votre bonne mère, prenez la résolution de travailler à vous rendre parfaites et de vous détacher de ce qui déplaît à Dieu en vous.

Voici un sujet qui vous presse davantage : ce sont les accidents qui sont arrivés par-ci par-là à des hiles qui font bien, à d'autres qui font mal et qui gâtent tout. On m’a écrit, ces jours passés, de Narbonne, et on me mande des merveilles de nos sœurs. Ma sœur Françoise a été à une ville, bien loin de là, où Monsieur de Narbonne l'a envoyée pour apprendre une excellente méthode que l’on y tient pour l’instruction de la jeunesse1. Elle l’a apprise et l’applique avec grande édification de tout le monde.

Mais il en est d’autres qui ne sont point à édification. Elles déchirent la Compagnie comme un poulet que l’on déchire par pièces. Des filles déchirer leur mère! Ah! mes sœurs, depuis peu nous avons eu un sujet semblable.

Nous avons grand besoin de prier Dieu et de prendre une bonne résolution de rompre avec nous-mêmes. Rendez-vous exactes à l’observance de vos règles et surtout de celle qui dit qu'il faut faire de vos chambres un cloître, n’y laissant jamais entrer les hommes, surtout les prêtres (qu’a-t-on à faire des entretiens des confesseurs, sinon en confession?) pas même les femmes sans nécessité. C’est pourquoi je vous recommande surtout cela. Je me ressouviens d’un accident arrivé en quelque lieu. Je ne nommerai personne. Il a fallu employer du monde pour faire sortir un garçon de quelque endroit. Je vous dis cela, afin que vous voyiez l’obligation que vous avez de vous tenir sur vos gardes.

On me mande de nos sœurs de Pologne qu’elles ont en une maison quantité de filles à gouverner et qu’elles

i. Françoise Carcireux était allée se former à l’instruction de la jeunesse dans une institution du diocèse d’Âlet.

ic font avec tant d édification que le roi et la reine, de retour d un long voyage, ont voulu passer une journée dans cette maison, tant ils étaient ravis de cela. Ah ! mes sœurs, c’est un sujet de remercier Dieu.

Mes sœurs, venez-vous-en en votre maison tous les mois faire votre petite revue. Si l’on voyait en une paroisse deux sœurs aller à deux confesseurs différents, cela serait un grand désordre et un scandale. Et qu’at-on à faire aux pretres smon pour se confesser ou pour leur parler de nos malades? Mais que ce soit en l’église et les regardant en Dieu. Ne souffrez jamais qu’ils entrent en vos chambres, si ce n’est pour les malades. Or sus, mes sœurs, prenez cette résolution de ne jamais souffrir que les hommes montent dans vos chambres, ni même les femmes, sans nécessité. Vos chambres, c’est un lieu de délices. Dieu prend plaisir à voir une Fille de la Charité qui garde bien sa chambre. Dieu prend son plaisir à etre dans la solitude avec son épouse; c’est dans la Sainte Ecriture qu’il le dit : « Deliciae meae », et le reste. Ah î mon Dieu ! que cela est beau !

Une sœur qui, au sortir d’ici, s’en retourne, le cœur plein de cette onction divine, et dit en son intérieur :

(( Je ne veux plus être en moi-même, mais je veux, en tout ce que je ferai, chercher Dieu et aller droit à lui », cette sœur plaît à Dieu, qui regarde ce qu’elle fait comme fait à lui-même, qui prend plaisir à voir cette marmite, ce panier qu’elle porte. Mademoiselle Le Gras et ses bonnes filles qui sont maintenant au ciel voyaient bien la vérité de cela.

Or sus, mes sœurs, concluons. Vous devez, à quelque prix que ce soit, chercher à devenir vertueuses. Faites, mon Dieu, qu’elles commencent à vous aimer parfaitement, à faire tout pour vous, à faire leur capital de vous plaire en toutes choses. Ah ! mes sœurs, que c’est beau de voir une fille comme cela ! Et au contraire, une

fille qui agit autrement, combien n'est-elle pas désagréable ! Et moi misérable, qui pèche continuellement, qui n’ai pas encore commencé à faire tout pour Dieu et qui suis plein de défauts, comment suis-je fait?

Ah ! mes sœurs, encore que je voie en quelques-unes de l’immodestie, ce n’est pas en beaucoup, par la grâce de Dieu. Au contraire, je vois en beaucoup une effigie de Dieu. Encouragez-vous par l’exemple de Mademoiselle Le Gras, de nos bonnes sœurs qui sont au ciel et préparez-vous à faire une bonne confession générale. Quant aux autres que je ne vois pas en cet état, qu’elles prient Dieu de leur faire la grâce de faire toujours de mieux en mieux. Courage ! La bonne Mademoiselle Le Gras vous aidera. Elle a été présente à tout ce que nous avons dit.

Voilà, mes chères sœurs, ce que vous ferez, et moi misérable tout le premier. Et cependant il faut procéder à faire élection d’une supérieure à la place de Mademoiselle Le Gras. Et où la prendrons-nous parmi vous, mes sœurs? Il faut bien prier Dieu et vous détacher de toutes vos satisfactions. Ah ! mon Dieu ! où prendrons-nous une fille pour la mettre à la place d’une sainte? Mes sœurs, si quelqu’une avait désir d’être supérieure, qu’elle dise : « J’y renonce, mon Dieu. » Il ne faut pas non plus vous en entretenir et dire : « je voudrais une telle ofhcière et une telle. » Faites comme les filles de Sainte- Marie, qui ont ordre de ne jamais parler de l’élection. Car, dès que l’on s’amuse à parler de cela, l’on vient à dire : « Vous semble-t-il qu’une telle a les conditions pour être ofùcière? » Ainsi d’une autre. Tout est perdu. Chacune juge selon son inclination. On suggère de l’estime de celle où va son affection. Jamais donc, mes sœurs, il ne faut parler de cela; car, comme je vous ai dit, les choses de Dieu qui sortent au dehors ne deviennent plus affaires de Dieu. — Oh ! mais si mon confesseur m’interroge, si une dame? — Mes sœurs, il faut

dire : « Je suis fille d’obéissance; je ne dois point parler de cela; il faut me soumettre; cela m’est défendu. » Comme, en effet, je renouvelle la recommandation que je vous ai faite de tenir le secret. Qu’arrivera-t-il, mes sœurs, si vous le gardez? Cette dame, au lieu de se fâcher, reviendra à elle et dira : « Voilà une bonne fille; elle tient bien compte de ses règ'les. » Si, au contraire, vous etiez faciles à dire tout, l’on ne ferait pas grand compte de vous. Ne dites donc rien, mes sœurs, à personne, mais bien au bon Dieu. « Ah! mon Dieu, vous voulez choisir de notre petite Compagnie, quoique boue et cendres, une personne pour tenir la place d’une sainte; je ferai ce que je pourrai, de ma part, pour contribuer à vous prier de faire voir votre sainte volonté, comme aux apôtres. Nous ne voulons point de supérieure ni d’ofticières de la main des hommes, mais de vos mains, ô mon Dieu. » Donc, mes sœurs, un cadenas à votre bouche.

Nous ferons encore une conférence, je vous ferai avertir et vous dirai les prières qu’il faut faire pour cela. Il faudra que l’on soit en plus grand nombre, s’il se peut.

Renouvelez la résolution que vous avez prise de travailler tout de bon à votre perfection et surtout à la sainte modestie. Remerciez Dieu des grâces qu’il vous fait, vous qui êtes dans la pratique; et vous qui n’y êtes pas, corrigez-vous, je ne peux juasser sans les avertir, afin que la Compagnie se perfectionne. Quelquefois il arrive des accidents en des Compagnies; et Dieu le permet; il ne faut pas s’étonner de cela, mes sœurs. Il y eut des défauts dans la compagnie des apôtres : Judas vendit son bon Maître et saint Pierre le renia. Il permet cela pour vous humilier et pour sa gloire. Il tira sa gloire des fautes des apôtres; priez-le qu’il tire sa gloire des fautes de celles qui sont en cette Compagnie.

C’est, mon Sauveur, la prière que je vous fais pour toute cette Compagnie et pour moi, misérable pecheur,

qu'il vous plaise tirer votre gloire de nos fautes et nous

les pardonner. C est la prière que je fais à Dieu de tout mon cœur.

Benedictio Domini Nostri... et Sancta Maria , succurre miseris

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