IV
cières abandonnent tout, veulent gouverner autrement qu’il ne faut et faire tout à leur tête. Ah ! mes sœurs, s'il y a une Compagnie qui ait besoin de bonnes officières, c est la Compagnie de la Chante, a cause de la diversité des esprits et parce qu’il faut qu’elles servent de conseil aux supérieurs et quelles donnent leur voix, fl faut avoir l i tête bien faite. J usques à cette heure, par la grâce de Dieu, les filles qui ont été appelées au Conseil pour le gouvernement de la Compagnie ont agi par l’esprit de Dieu. Car, depuis qu’elles ont été employées, par la grâce de Dieu, cela est bien allé. Et si cela n'avait pas été, si les filles n’avaient pas agi selon l’esprit de Dieu, que serait-il arrive? Ayant plu à Dieu appeler cette grande servante de Dieu, rien n’a changé, mes sœurs, comme vous voyez. On les a appelées, et toutes ont paru avoir grâce de Dieu, et en celles qui les ont précédées toutes ont bien fait. Et en des occasions, lorsque l’on pensait que tout était perdu, elles ont eu de bons avis, qui ont fait cela. Lorsqu’il a été question d’opiner sur des difficultés, elles ont donné leur avis sans regarder les créatures. Car quelquefois, Mademoiselle n’étant pas de même sentiment, elles n’ont pas laissé de dire le leur devant Dieu. Et cela a bien réussi, par la grâce de Dieu. Ce n’est pas que je veuille dire qu’elles n’aient leurs imperfections; oh! non, il n’y a personne qui n’en ait, et elles ne seront pas excusables devant Dieu.
Quant aux moyens de connaître les sœurs propres à être officières, la première marque, qui plus qui moins, est que ce soit une fille née de bons parents, de gens de bien, une fille sage en sa jeunesse, qui a été à exemple en sa paroisse, reconnue pour telle, et, après, a été à édification à la Compagnie et a vécu en vraie Fille de la Charité, dans l’observance des règles, une bonne fille qui a été à exemple partout. Point de celles qui ne sont pas faites en vraies Filles de la Charité, qui ont des maxi-
mes toutes contraires à l'esprit de la Compagnie, qui veulent s arrêter à leur sens et opinion ; ô mes sœurs, il ne faut point de ces Hiles-là.
Mais, Monsieur, me direz-vous, s’il s en trouvait qui eussent vécu contre 1 observance des règdes, les pourraiton élire officières? Oh! non. S’il ne s’en trouvait point d'autres, l’on pourrait passer; et encore il n’y faudrait pas retomber souvent, mais rarement. Dire qu’on ne tombe point en faute, c’est dire l’impossible; il n’y a personne qui n’en fasse.
Mais enfin les moyens de parvenir à cette élection? Mes sœurs, 1 on a fait plusieurs assemblées, l’on a vu celles qui semblent avoir les qualités requises. Il en est quelques-unes en qui il semble qu’il y ait quelque chose à désirer, mais peu. L’on a observé toutes les choses nécessaires à l’égard du dehors. Et ainsi Dieu bénira cela. Si
nous ne rencontrons pas des sœurs parfaites, il bénira le tout.
Enfin il faut dire les choses qui regardent les sœurs, touchant les qualités requises en celles sur qui l’on doit jeter les yeux pour être proposées.
Premièrement, il faut des filles de bon sens; car il faut que vous sachiez que l’on ne regarde pas seulement des filles pour exercer leur emploi, mais des filles capables de donner leur avis sur les choses qu’il faut faire.
J abrégeiai en vous disant les qualités requises pour être officières et supérieure. Les voici.
Premièrement, quant à l’âge, elle doit être, en la supélieure, de trente ans et dix de communauté; car il faut des têtes si fortes que de plus jeunes ne pourraient pas résister. Quant aux officières, il faut au moins vingt-huit ans d’âge et huit de communauté; car, voyez-vous, mes b xurs, entre les raisons qui vous obligent de choisir de bonnes officières, c’est que les officières doivent être appelées au conseil, où tout se résout. Voyez, mes sœurs,
tout ce que l'on fait est passé par là : c’est que l’on s’assemble et demande l'avis de nos sœurs. Du vivant de Mademoiselle Le Gras., l’on faisait ainsi : il y avait Monsieur Portail, Mademoiselle, nos sœurs et moi; l’on s’assemble et l'on propose ce qui est à faire; l’on demande 1 avis de nos sœurs, et puis chacune dit son avis, nous le nôtre; et nos sœurs n'ont aucunement égard à 1 opinion des autres et sont quelquefois contraires à 1 opinion de Mademoiselle et des autres; enfin on ne regarde là que Dieu. Or, mes sœurs, je vous dis cela afin que vous voyiez la grandeur de votre condition et que vous louiez Dieu. Cela supposé, mes sœurs, que les hiles sont destinées pour le gouvernement de la Compagnie avec le supérieur general de la Mission, jugez combien il faut que ces filles soient vertueuses, aient du sens, et, c’est le principal de leur office, aient de l’humilité; car ce qui n’est pas fait dans l'humilité n’est rien; une fille qui ne fait pas les choses dans l’esprit d’humilité n’est Fille de la Charité que de nom.
Mais, Monsieur, du vivant de Mademoiselle Le Gras, me direz-vous, clonnait-on son avis comme cela? — Oui, mes sœurs, on le faisait; mais il faut que vous sachiez que l’on ne dit jamais les fautes en détail. L’on dit bien : « Elle a tel défaut, à quoi il faut remédier », mais jamais en détail.
Voilà donc pour les officières. Il faut qu’il y ait vingthuit ans d’âge et huit de communauté; car, mes hiles, que l’on mette en charge des hiles tontes nouvelles qui ne savent pas les règles, il n'y a pas d’apparence.
Les autres, pour avoir droit à donner leur voix, doivent avoir six ans de communauté. Autrefois quatre suffisaient, mais l'expérience a fait voir que ce n’est pas assez.
Voilà donc, mes sœurs, celles qui ont plus de huit ans peuvent être élues officières. C'est que la faculté de cet âge est plus assurée. Vingt-huit ans d’âge et huit de
Compagnie. Il est vrai, mes soeurs, qu'il y a sujet d'espérer que les prières de feu Mademoiselle Le Gras nous aideront à obtenir de Dieu la grâce de bien choisir de bonnes ofhcières. Vous avez sujet d’espérer, avec l'aide de Dieu et du supérieur général, que tout ira bien, pourvu que la Compagnie se tienne dans l’humilité et dans le désir de se corriger.
Si vous me dites : « Monsieur, qui peut soutenir la Compagnie de la Charité? » je vous dirai, mes sœurs, que c'est Fhumilité. Et quoi encore? L’humilité. Rien que cela, avec un détachement de toutes les choses de la terre. En sorte que vous ne regardiez que Dieu, qui vous y a appelées. Oui, il la soutiendra tandis que vous serez dans l’humilité.
« Mais, Monsieur, me direz-vous, venez au point. Oui avez-vous pour être supérieure et où prendre une bonne fille qui puisse être élue? » Mes sœurs, quant à la supérieure, voici ce qui se passa en une maladie de Mademoiselle Le Gras, non pas à la dernière, car, comme vous le savez, je n’ai pas eu le bien de la voir, mais en celle d’auparavant. Je lui dis : « Mademoiselle, ne jetezvous point les yeux sur quelqu’une de vos filles pour être en votre place? » Elle jetait les yeux tantôt sur l’une, tantôt sur l’autre; enfin elle me dit : « Monsieur, comme vous m’avez choisie par la divine Providence, il me semble que,- pour la première fois, il est expédient que ce ne soit point à la pluralité des voix, mais que vous la nommiez pour une fois seulement. Et pour moi, je trouve que ma sœur Marguerite Chétif serait bien propre. C’est une hile qui a paru sage partout et a réussi partout. Et où elle est, à Arras, elle a bien fait et a été fort courageuse parmi les soldats. » Car, mes sœurs, il faut une bonne tête, de sorte que nous en demeurâmes là. Et pour cela je demeure à son avis. Ce sera donc ma sœur Marguerite Chétif pour supérieure. Il y en a d’autres qui
sont bien propres; mais je demeure là à son avis; je le lais pour cette fois seulement.
Pour les officières, en voici six, deux pour chaque office; vous en choisirez une. Je ne Fai pas fait moimême, mais les sœurs qui ont été assistantes ont donné leur avis, et l’on en a mis deux, afin que nous imitions les apôtres en l’élection qu'ils firent d’un apôtre en la place de Judas. C’est donc, mes sœurs, que vous verrez devant Dieu celle qui est la plus propre. Mais il faut bien prendre garde de ne pas donner votre avis à celles qui reviennent le plus à votre inclination. Au contraire, prenez résolution de regarder tout en Dieu.
à oici quelles sont les trois officières : la première, c'est l’assistante; la seconde, la trésorière; et la troisième, la dépensièie. Or, 1 on a regarde de tous côtés et l’on a bien pensé à cela devant Dieu. Ce n’est pas une nomination de 1 esprit des hommes. C’est procéder en la forme des apôtres. Ce n est pas vous ni moi qui les avons choisies, mais Dieu, et de l’avis de nos anciennes officières, de Monsieur Dehorgny et moi.
Voici comme l’on en use à Sainte-Marie. L’on fait un catalogue des sœurs que l'on juge être propres. Le supérieur, la supérieure, les sœurs, pour élire, donnent chacune leur voix à celles qui sont proposées ; et si elles sont conformes, cela est fait, toutes trouvent bon ce que celles-là ont fait. Nous avons fait comme cela. Voici un catalogue de toutes celles qu’on a jugées plus propres.
Premièrement, l’on estime propres pour assistante ma sœur Julienne et ma sœur Jeanne-Christine 1 ; pour
trésorière, ma sœur Louise Christine 2 et ma sœur . ;
pour dépensière, ma sœur Philippe3 et ma sœur Marie