‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 4)Chapitre 16 sur 138 · EXPLICATION DES RÈGLES COMMUNES · texte numérisé non relu

EXPLICATION DES RÈGLES COMMUNES

Mes chères sœurs, le sujet de cette conférence est surla lecture de vos règles. Je vous dis, la dernière fois, qu’on vous en ferait lecture et qu’on vous les expliquerait. J’ai pensé que le jour de saint Michel, auquel l’Eglise nous propose, dans l’évangile, l’imitation des enfants, nous serait une occasion pour demander à Dieu, par les mérites de cet archange, qu’il nous donneune particulière disposition pour en tirer du profit.

Entretien 70. — Ms. SV 3, p. 67 et suiv.

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Mais, avant de faire ia lecture des règles, je vous dirai quelque chose touchant l’obligation que nous avons de nous donner à Dieu pour les bien observer.

La première raison que je mets en avant, c’est la

bonté de Dieu, la volonté de Dieu, le plaisir de Dieu

et la joie de Dieu. Ceux qui parlent d’ accomplir la volonté de Dieu entendent par cette volonté ses commandements et ceux de son Eglise, qui obligent d’obéir au Pape, aux évêques et autres ayant reçu pouvoir de leur part. Les commandements de Dieu obligent à tout cela, même les princes et rois de la terre. De plus, un chacun est obligé de garder les règles de l’état de vie qu'il a choisi pour s’assurer de son salut. Or, il est certain que les règles de votre Compagnie tendent à vous perfectionner et vous aider à accomplir les commandements de Dieu. Ainsi elles sont de Dieu, puisque tout

ce qui tend au bien vient de lui. Selon cette maxime,

quand vous gardez vos règles, vous faites toujours la volonté de Dieu, oui, mes sœurs, tant que vous les garderez, vous serez assurées d'accomplir la volonté de Dieu. Quelle consolation d’être dans cette assurance qu’on plaît à Dieu, qu’on fait ce qu’il veut et qu’on lui donne de la joie! Quelle consolation a un père de voir que ses enfants ne font que sa volonté ! Il en est ainsi de Dieu, mes sœurs. Il se plaît à voir les personnes qui ne veulent que sa volonté. Humilions-nous de voir que nous, chetives créatures, donnons de la joie à ce bon Dieu, qui n’en peut recevoir, étant suffisant à luimême. Mais il ne laisse pas de se plaire dans ceux qui ne cherchent que son bon plaisir. Le Fils de Dieu n’a lait autre chose sur la terre que la volonté de son Père; il a suivi toute sa vie les règles de Dieu son Père', bien (|u ^ IK les ad pas eues par écrit; car il les savait avant oc \cmr au monde et s’est offert pour venir les accompln , ce qu il a parfaitement observé en toutes choses,

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ne faisant jamais que ce qu’il savait être conforme à icelles et ce qui était agréable à son Père.

Or, mes sœurs, concevez donc cela, que nous sommes dans un tel état de faire' toujours la volonté de Dieu, si nous sommes fidèles à garder nos règles. Oh ! quel bonheur, mes chères sœurs, d’être appelées dans cette Compagnie ! Rendez grâces à Dieu de ce que vous êtes associées à son Fils pour lui donner de la joie et du plaisir. Mes sœurs, consolez- vous, vous qui gardez vos règles. Que celles qui ne sentent point de reproche de les avoir rompues, qui ont au dedans d’elles-mêmes le témoignage' de les avoir toujours observées depuis qu’elles sont en la Compagnie, et sont dans le dessein de les vouloir toujours garder, sans en omettre aucune, doivent se réjouir et rendre grâces à Notre-Seigneur ! Mais vous qui ne les gardez pas, qui vous dites : « Depuis que je suis en la Compagnie, je ne garde point mes règles », ou : « Je les garde mal », affligezvous avec raison d’avoir été si négligentes, et résolvezvous d’être plus fidèles à Dieu.

Une autre raison pour bien garder vos règles, c’est que tout va bien dans une maison ou Compagnie où l’on garde les règles; la charité s’y trouve, le support des unes envers les autres, l’humilité, la cordialité; bref, partout où l’on garde bien les règles, les choses vont toujours bien, parce qu’elles montrent ce qu’il faut faire à l’égard de Dieu et du prochain. Ah ! qu’il fait beau voir qu’un chacun fait son devoir, que les inférieurs sont soumis et respectueux à leurs supérieurs, que les officiers s’acquittent bien de leurs charges! C’est un contentement non pareil. Vous le voyez dans les familles des champs, où vous êtes souvent : quand les enfants sont obéissants, les pères et mères soigneux de les tenir en leur devoir, et que' tout est bien réglé, on estime ces gens-là, ils sont à édification aux autres, et tout va bien

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chez eux. Au contraire, où il n’y a point d’ordre, ce n’est que misère et confusion.

Tout de même, mes sœurs, gardons nos règles et tout ira bien. D’où viennent les dérèglements de tant de monastères? Hélas! nous n’en voyons que trop. C’est qu’ils n’ont pas bien observé leurs règles. Ce qui les a mis dans un si pauvre état, qu’on voit des religieux vivre avec autant de liberté et de désordre que s’ils étaient dans le' monde. D’où pensez-vous que cela vient? C’est qu’ils ont rompu les règles; ils ont préféré un plaisir présent à un bonheur éternel; ils ont voulu s’en donner à cœur joie, et, en suite de cela, on a vu les maisons et tout le reste s'en aller en ruine, manque d’avoir été fidèles à ce que Dieu demandait d’eux.

Il en arrivera autant dès que les Filles de la Charité mépriseront leurs règles, quand on verra des esprits sans affection qui ne tiendront compte des observances, qui diront : « Oh! ce n’est pas grand’chose que cela; j’ai rompu une petite règle qui n’oblige point à péché ; voilà bien de quoi tant parler ! » Oh ! quel malheur à une telle fille et à toutes celles qui seraient cause d’un si mauvais exemple et de la perte de la Compagnie à meme temps! Carelle arrivera sans doute aussitôt qu’on se relâchera. Alors on pourra bien dire : « Adieu les Filles de la Charité! » Oui, mes sœurs, il faudra faire les obsèques de votre Compagnie aussitôt que vous tomberez dans le mépris de vos règles.

La troisième raison, c’est quelles sont faciles. Elles ne sont pas rudes comme tant d’autres qui obligent à des jeûnes, veilles et autres exercices de pénitence. Voilà ces pauvres filles de Saint-Thomas qui ne mangent presque autre chose que du pain. Elles se lèvent à minuit, font trois heures d’oraison, chantent la grand messe, et, parmi tout cela, elles travaillent à des ou\ rages pénibles, ne ciment qu’à onze heures ou à

midi dorénavant sans viande, mais avec des œufs, comme les Carmélites, qu’on leur donne tantôt à l’omelette, d’autres fois au miroir, ou autrement. Elles n’ont que cela à table. Après quoi, elles prennent chaque jour la discipline. Par la grâce de Dieu, vous n’êtes pas obligées à tant de choses; encore avez-vous à vos repas quelque morceau de viande. Ce qui vous rendrait plus criminelles si, ayant des règles si aisées, vous ne les gardiez pas.

Je ne pense pas qu’il y ait au monde une Compagnie où l’on trouve une consolation pareille à celle des Filles de la Charité. Vont-elles voir un pauvre par charité, elles reçoivent mille bénédictions et du malade et de ceux qui les voient, parce qu’il y a peu de personnes qui ne souhaitent du bien à nos sœurs, voyant la peine qu’elles prennent, si ce n’est de’ bouche, du moins de cœur. Je l’entends dire mieux que vous, et souvent par des personnes qui ne savent pas que j’ai l’honneur de servir votre Compagnie.

Vos règles sont donc faciles; et ceci est conforme à ce que Notre- Seigneur a dit : « Venez à moi, vous tous qui êtes surchargés, et je vous consolerai; venez à moi, vous qui gémissez sous le fardeau de vos imperfections, et vous trouverez paix en vos âmes; venez, vous qui êtes chargés et qui avez quelque peine, et je vous soulagerai ; car mon joug est doux et ma charge légère1 », qui n’est autre que vos règles.

Ce' qui vous doit encore encourager, c’est qu’elles viennent de Dieu et tendent toutes à Dieu. J’y pensais aujourd’hui en les lisant. Elles ne sont pour autre fin que pour vous perfectionner. Or, c’est une maxime dans l’Eglise et selon saint Paul que tout ce qui tend au bien vient de Dieu. Ainsi elles sont de lui, puisqu’elles

i. Evangile de saint Matthieu XI, 28 et suiv.

tendent à vous aider pour plus facilement vous sauver. O mes sœurs, vous pouvez, en les observant, atteindre à la sainteté sans être Carmélites ; et sans autre vocation que la vôtre, vous pouvez arriver à la perfection.

Ce ne sont pas les hommes qui les ont inventées c’est Dieu qui les a inspirées, après avoir bien consulté et éprouvé par expérience si cela était bien. Il y a 25 ans qu’on y est après, qu’on fait observer les mêmes règles et que Notre- Seigneur a fait connaître peu à peu ce que l’on devait faire. Enfin elles sont reçues en l’Eglise; ce qui est encore une marque très assurée qu’elles sont de Dieu, comme nous avons dit, puisqu’elle n’approuve jamais que ce qui vient de là.

Voilà les raisons qui vous doivent exciter à être fidèles à l’observance de vos règles et à ne pas penser : « Si je romps cette règle, je pèche mortellement; ah! voilà qui est trop fâcheux à observer! » Mes sœurs, il n’y faut pas seulement penser, mais les garder, parce que cela plaît à Dieu. Les âmes qui aiment bien Notre - Seigneur, ne regardent point : « Si je ne fais pas telle chose, pécherai-je? » Au contraire, c’est assez leur dire pour les porter à faire tout ce qu’elles peuvent, que leur faire entendre qu’elles font plaisir à leur Epoux. Ne vous amusez donc point à tant éplucher, mais gardez vos règles, parce qu’elles sont douces et faciles.

Quand je dis qu’il ne faut pas penser s’il y a péché à rompre les règles, j’entends qu’il ne' faut pas que cela nous porte au découragement; car il y faut bien penser,, parce que, si vous rompiez un commandement de Dieu en n observant pas vos règles, vous pécheriez. Par exemple, \ons avez des réglés qui sont attachées aux commandemen^s r,c Dieu; en n’observant pas ces règles, vous pécheriez. De ce nombre est la règle par laquelle nous u>us recommandons la pureté, de ne point fréquenter le;, hommes. Cela regarde Dieu, et, si vous y manquez.

vous rompez ses commandements. De ce qu’on vous dit. de porter la vue basse, de ne point laisser entrer d’hommes dans votre chambre, de fuir toute sorte d’affecterie, ce n’est que pour vous faire mieux garder les commandements, qui défendent l’impureté. Et manquer à cela, c’est rompre une règle de commandement. On vous recommande la chasteté, de garder la modestie, de n’avoir point d’amitié particulière, ni d’attache aux lieux et aux personnes. Si vous vous servez de ces avis, cela vous aidera à garder les commandements. Vous voyez bien que, si vous souffrez un homme dans votre chambre, vous vous mettez en danger de faire quelque péché contre la pureté, parce qu’il est fort difficile de la garder, si l’on ne fuit les occasions de la perdre. Et c’est pour cette même raison que nous vous avons recommandé de n’y souffrir ni prêtre, ni laïque, pour quelque raison que ce soit, non pas même les prêtres de la Mission, serait-ce moi-même, si ce n’est en cas de maladie. Jugez si nous n’avons pas eu raison d’en user de la sorte et si une personne qui romprait cette règle ne se mettrait pas en danger de tomber dans l’impureté, de rompre les command ements de Dieu et par conséquent de pécher mortellement. Jugez de là combien cette règle est utile et raisonnable et de quel châtiment Dieu punirait celles qui ne l’observeraient pas.

Quand on vous commande de vous aimer les unes les autres et que vous y manquez, vous rompez une règle et, de plus, vous péchez contre les commandements de Dieu, qui vous commandent de ne point haïr le prochain, mais de l’aimer; car il est écrit : « Un homme qui a de la haine est mort, parce qu’il est hors de la charité 2. » On vous recommande la cordialité et le respect;,

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