Epître de saint Paul aux Romains VIII, i
qu’elle rencontre lui semble très grand. Oh ! il n’en est pas ainsi de ceux qui aiment Dieu, car ils savent bien que leur bonheur consiste à suivre l’exemple du Fils de Dieu et à vivre autant qu’il est possible comme il a vécu sur la terre. Voilà pourquoi, mes chères sœurs, cela me semble si beau de voir un homme qui n’aime que Dieu, qui ne cherche que Dieu et qui n’a d’autre' désir que de lui plaire. Il ne trouve rien de si agréable que d’être dans l’état où Notre-Seigneur veut qu’il soit.
N’avez-vous jamais ouï parler de ce qui est rapporté de Taulère? On menait un pauvre homme couvert d’ulcères. Ce docteur, le voyant dans une si grande misère, fut ému de compassion et lui dit : « Je prie Dieu qu’il vous bénisse, mon ami. Je vous plains beaucoup de vous voir ainsi affligé. » — « Ah ! Sauveur ! que dites-vous là! Eh! de quoi me parlez-vous, Monsieur? dit ce
pauvie. Vous me plaignez pour être dans l’état où Dieu m a mis. Ne suis-je pas bien heureux, puisqu’il a agréable que je sois de la sorte? » — - « Mais êtes- vous content? » du cilt ce docteur. — « Je suis content, répliqua-t-il. Si^ c est 1 état où Dieu veut que je sois, si c’est lui qui ma mis comme cela, pourquoi ne le serais-je pas? Je le suis tellement que je ne veux autre chose que la volonté de Dieu. » « Mais, mon frère, reprit le docteur, si
quelqu un voulait vous tirer de oet état, n’en seriez-vous pas bien aise? » — « Je vous dis, répondit ce pauvre, piu E SL11S P dis content dans ma pauvreté que vous qui mc parlez dans votre abondance et que tous ceux qui
nt dans les \ unités. » Le docteur fut si édifié de cela qu u se convertit.
sœurs, résolvons-nous à faire comme ce pauvre c est-a-dire à ne désirer autre chose que ce qui
Cbt COTlforme à l’état on Dieu veut que nous soyons; car “us devons nous contenter de cela.
La T(Vgle defend d’avoir ri^n contre la volonté de vos
supérieurs. Si vous aimez cet état, c’est aimer celui ou votre Epoux a voulu être; si vous ne le faites pas, si vous donnez à votre esprit la liberté de prendre ses satisfactions où bon lui semblera, vous ne garderez jamais la û délité que vous devez à Dieu. Et si une fois vous passez une faute sous silence sans vous corriger, quoique vous ne vous abandonniez pas tout d’un coup à celles qui ont été dites, Dieu permettra que cela arrive en punition de votre infidélité; d'où s’ensuivra votre perte. Si vous pouviez comprendre, mes chères sœurs, le grand mal que c’est ! Ah ! Sauveur ! on pourrait bien dire de celle qui tombera dans ce cas, qu’elle se rend coupable de la perte de la Compagnie. Quoi ! être cause qu'un œuvre si saint périsse ! Que dira cette personne quand Dieu lui demandera compte de la Compagnie, dont elle a déchiré et rompu les liens qui tenaient ses sujets unis, en ne gardant pas ce qu’elle avait promis lorsqu’elle y est entrée ! Quelle excuse pourra-t-elle apporter î Souvenez-vous qu’une fille ne persévérera jamais si elle n’observe cette règle. Non, vous ne serez jamais fidèles à votre vocation si vous n’êtes exactes à ce que je vous ai dit. Mes filles, tenez-vous fermes et soyez assurées que ne pas observer cette règle de la sainte pauvreté, c’est se mettre en danger non seulement de quitter sa vocation, mais de perdre la Compagnie et de vous voir vousmêmes abandonnées de Dieu, d’autant que c’est la base et le’ fondement qui la soutient, lequel venant à manquer, rédiâce s’en ira en ruine. Mes chères sœurs, s’il s’en trouvait d’assez misérables pour retenir quelque chose, elles ne mériteraient pas d’être parmi les autres, et Dieu ne permettrait pas quelles fussent longtemps cachées, je ne crois pas qu’il y en ait; mais, si cela était, oh! il ne faudrait pas les souffrir! Quoi! savoir qu’il y en a et retenir -cela ici ! Ah ! il faudrait bien s’en garder; nous serions coupables du mal qu’elles feraient; ce serait con-
tribuer à la perte de ces personnes en les souffrant dans leur mal, et causer celle de toute la Compagnie, qui ne saurait se conserver si elle ,a de tels sujets.
Je dis que, si aujourd’hui il se trouvait dans la Compagnie une fille de cette sorte, Dieu nous reprendrait de cette faute, si nous n’y apportions pas le remède. Il en est en quelque manière d’une maison comme d’une bergerie : si le berger souffrait une brebis galeuse parmi les bonnes ouailles, que lui dirait son maître? Et si le supérieur ou la supérieure savait quelque fille atteinte de la gale du péché, qui, par son venin, fît tort aux autres, et ne la retranchait pas, il serait coupable de tout le mal qui s’ensuivrait. O Seigneur ! il faut bien se garder de souffrir un tel vice. L’expérience fait voir qu il ne faut qu’une brebis galeuse pour gâter tout le reste du troupeau. Or, le péché est une gale bien plus dangereuse que celle qui s’attache aux troupeaux; et vouloir avoir du bien des pauvres ou de la communauté, c est un grand péché, qui se communiquera de l’une à i autre, si l’on ne remédie à cela, comme fait le berger, en séparant du troupeau celles qui sont atteintes de' la gale. Et si les supérieurs n’agissent de la sorte, Dieu permettra que cette sœur qui aura cette mauvaise volonté, la donnera à une autre; celle-là encore à d’autres; et peu à peu toute la Compagnie en sera infectée. Il faut dont séparer ces personnes-là d’avec les autres, s’il y
en ce fi110 Jc 'ne veux pas croire. Mais, si jamais ce mal armait à quelque' Fille de la Charité, il faudrait
;a chasser comme une larronnesse indigne de demeurer parmi les autres.
Sa\cz vous comme on traitait autrefois ces sortes de personnes? Saint Grégoire le rapporte et dit que, si 1 on^ tmm ait un piètre avoir réservé quelque chose, on m ôtait la soutane; si c était un laïque, on lui défena communion. Si une religieuse mourait avec cinq
sols, on ne l’enterrait pas en terre sainte, mais avec les bêtes, comme indigne d’être parmi celles qui avaient été fidèles à Dieu. Mes chères soeurs, si une religieuse était privée d’un si grand bien pour s’être appropriée cinq sols, que sera-ce d’une Fille de la Charité, si elle prend quelque chose du bien des pauvres ! Lorsqu on aura trouvé deux ou trois sols à une, autant à une autre, ceux qui auront remarqué cela diront : « Tout ce qui parait or n est pas or. Ces filles de qui l’on disait tant de bien, voilà qu’on les a trouvées avoir retenu tant à une telle dame ! » On dira : « Est-ce possible que cela soit ! Un temps a été qu’elles servaient les pauvres avec tant de soin et de fidélité ! Ah ! ce n’est plus comme au commencement ; elles ne cherchent pas tant le service desmalades comme leurs intérêts et commodités. »
Quand on sera venu là, adieu les Filles de la Charité. Mais, tant que vous garderez cette règle et que vous aimerez la pauvreté, Dieu bénira la Compagnie; et si vous ne la gardez pas, je soutiens qu’il est fort difficile, pour ne pas dire impossible, de la maintenir. Encore moins pourrez-vous garder la fidélité que vous devez à votre Epoux. Mes filles, quand vous aurez les yeux plus éclairés et qu’il plaira à la bonté de Dieu de vous faire connaître le bonheur qu’il y a dans la pratique de ce que nous venons de dire, que, de tous les états du Fils de Dieu, il n’y en a point eu qu’il ait plus aimé que celui de la pauvreté, vous vous estimerez bienheureuses lorsque vous trouverez le moyen de Limiter. Quand quelque chose vous manquera et que le désir de Lavoir viendra dans votre esprit, jetant les yeux sur l’état du Fils de Dieu, vous direz : « J’ai tout ce qui m’est nécessaire et au delà de ce que je mérite. Quoi ! je voudraisque tout ce qui peut me satisfaire me fût accordé, et ne manquer d’aucune chose! Ce n’est pas à faire à moi, qui dois suivre Notre- Seigneur, lequel n’avait rien tant
-en estime que le dénuement de toutes les choses qui servent à la concupiscence de la chair. »
Si une âme aime la pauvreté, elle fuira tout ce qui lui est contraire : la propriété, la superfluité, la délicatesse, etc.; elle fuira tout cela. Si la pensée lui vient de chercher ses satisfactions, elle dira ; « Je n’en ferai rien; c’est la concupiscence de la chair qui me suggère de demander ces choses. Mais, d’autant que ma règle le défend, il ne le faut pas. »
Mes sœurs, quand une Fille de la Charité est dans cet esprit, dites qu’elle est bien agréable à Dieu; et tant plus une personne aura d’amour pour la pauvreté, soyez assurées que plus elle croît en vertu; car on ne saurait aimer l’état dans lequel Notre-Seigneur a été, sans aimer Dieu. Oh! qui a l’amour de Dieu n'a point d’autre désir que de lui plaire, et vous ne saurez lui plaire plus parfaitement qu'en lui étant fidèles en la pratique de vos règles.
Mes sœurs, résolvez-vous à cela. Mais, d’autant que ni vous ni moi ne le pouvons sans la grâce de Dieu, il la lui faut demander, particulièrement dans nos communions. Et si vous m’en croyez, la première que vous ferez sera afin d’obtenir de Dieu la grâce de bien observer cette règle. Si vous conservez cet esprit, mes chères sœurs, la charité fleurira, et vous ferez de grands fruits pour 1 Eglise. Mais prenez bien garde à ce que je viens de vous dire. On vous demande de tous côtés et j’ai grande peine a me défaire des personnes à qui on ne peut pas en donner si promptement qu’elles désirent. J’ai écrit à un grand vicaire d’un évêque qui a désiré savoir votre manière de vie. Ce que je lui en ai mandé simplement, sans y rien changer, l’a si fort édifié qu’il me dit par un< de ses lettres : « Monsieur, il me semble que l’ordre ( t la manière de vie de oes filles est toute conforme à
cell( c^u ^ds de Dieu. C’est pourquoi cela ne peut être venu que de Dieu. »
O mes sœurs, quel bonheur de vous trouver dans un -état .approchant de celui de Notre-Seigneur ! Qui pourrait concevoir le bonheur des Filles de la Charité! Quel bonheur, mes chères sœurs, de savoir que vos règles sont de Dieu et données de Dieu pour honorer la vie que son Fils a menée sur la terre! Oh! quel bonheur de vous trouver dans cette voie, qui conduit droit à Dieu !
Que reste-t-il maintenant, sinon de prendre dès cette heure résolution de marcher toujours par la voie que nos règles nous enseignent. Nos bonnes sœurs qui sont au ciel savent bien combien il est nécessaire d’être fidèle à cela. Mais elles l’entendaient bien aussi lorsqu’elles étaient parmi nous; car elles ont toujours suivi ce chemin et ne s’en sont jamais départies. Quand vous sentirez quelque difficulté, pensez qu’elles vous ont précédées dans la pratique de ce qui vous semble si difficile et que Dieu vous donnera les mêmes grâces. Courage donc, mes filles ! tenez ferme ; elles ont observé cette règle; vous le ferez aussi. Courage! car Dieu ne vous manquera pas. Mais il faut vous y résoudre, nonobstant toutes les tentations, qui ne manquent jamais aux serviteurs et servantes de Dieu. Si le démon n’a pas épargné Notre-Seigneur et s’il a été si hardi de lui dire : « Adoremoi », que ne fera-t-il pas pour nous perdre, s’il le peut! Mais, d’autant que le Fils de Dieu, en remportant la victoire sur le' démon, nous a acquis la grâce de surmonter toutes les tentations qui nous sont livrées par nos ennemis, il faut avoir recours à l’oraison quand vous en sentirez quelqu’une, et dire :« Mon Dieu, vous m’avez ordonné par mes règles de faire telle chose, et je suis tentée de faire le contraire. Ah! mon Dieu, aidez-moi, donnez-moi la grâce de vaincre cette tentation. »
On pourra dire que, si le Fils de' Dieu a été tenté, il était tout-puissant pour y résister ; mais que pourra faire une pauvre Fille de la Charité pour ne se point
laisser aller aux tentations? Courage! vous vaincrez en lui. Il a vaincu le premier. Soyez assurées qu’il n’y a pas d’état plus heureux que celui qui nous rend conformes à Notre- Seigneur et qu’il n’y a que le diable et la chair qui le peuvent faire trouver rude. Nos chères sœurs bienheureuses trouvent bien au ciel le mérite quelles ont acquis par la fidélité à tout ce qu’on leur a ordonné. Je prie Notre- Seigneur qu’il nous fasse la grâce de les suivre dans la pratique des règles, pour jouir après cette vie de leur bonheur dans la gloire.