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Elle pensera n'y être pas obligée, parce qu’ellle n’a pas fait les vœux! C’est ce qui ne doit jamais entrer dans vos esprits; et il faut vous donner à Dieu pour vivre de la manière que votre Epoux a vécu et pour être dans l’état qu’il a voulu être sur la terre, sans s’excuser sur ce qu’on n’a pas fait ses vœux, parce que vous avez dû renoncer aux biens et au désir de posséder aucune chose en propre lorsque vous avez voulu sortir du monde pour servir Dieu parfaitement; et l’ayant fait, vous devez être satisfaites en ne possédant que lui. Que peut-on désirer quand on a le souverain bien et la source de tous les biens ! Malheureux celui qui ne se contente pas de Dieu! Et bien malheureux ceux qui préfèrent une créature ou quelque autre chose à leur créateur !
Retenez donc bien cela, mes chères sœurs, toutes celles qui sont dans la Compagnie et qui n’ont pas encore fait leurs vœux doivent garder la pauvreté ; car, pour celles qui les ont faits, cela va sans dire; et si vous reteniez quelque chose en particulier sans le consentement des supérieurs, vous offenseriez Dieu et fausseriez <la foi que’ vous lui avez promise.
Mais, Monsieur, nous ne l’avons pas promise à Dieu par vœu. — Vous ne l’avez pas promise à Dieu par vœu, mais c’est à Dieu que vous avez donné votre parole en la personne des supérieurs, lorsqu’ils vous ont représenté cette nécessité pour être admises en la Compagnie, et que, nonobstant cela, vous n’avez pas laissé de persévérer à demander d'y être reçues. Et contrevenant à cette règle, vous ne manquez pas seulement de foi aux supérieurs, mais vous rétractez encore la promesse que vous avez iaite à Dieu, selon ce que dit saint Pierre à Anamas : (( ( omment as-tu voulu tromper Dieu! Tu as menti au Saint-Esprit! » pour vous faire voir combien il importe d être fidèles à garder ce qu'on a résolu. Ah ! mes sœurs, gardez-vous bien de tomber clans ce malheur; car, dès
le moment que vous retiendrez quelque chose, soit des pauvres ou de la maison, vous fausserez la promesse que vous avez faite à Dieu. Et s’il s’en trouvait quelqu’une, c’est un Ananias, à laquelle on pourrait dire ce que saint Pierre lui dit : « Malheureuse fille, pourquoi avez-vous faussé la foi à votre Epoux? »
Non seulement elles ne pourront avoir rien en propre, mais elles ne pourront prendre aucune chose de ceux qui leur voudraient donner, ni de leurs parents, ni d’une dame, ni de' qui que ce soit, sans le congé des supérieurs; d’autant que, dès lors que vous vous êtes données à Dieu dans la Compagnie, il ne vous est plus loisible ni de donner, ni de recevoir, si ce n’est, comme je vous ai dit, avec le consentement de vos supérieurs. Et il suffit pour vous obliger à garder exactement vos règles que vous soyez dans la Compagnie.
Voilà votre règle expliquée à la lettre; voyons maintenant comme on y peut contrevenir. On peut rompre cette règle par pensées, par paroles et par œuvres. Comment, me dira-t-on, peut-on faire des fautes contre la pauvreté par pensées? Mes chères sœurs, voici comment : c’est en désirant avoir des commodités, que rien ne nous manque, soit à l’égard de la nourriture, des habits ou du logement. C’est contre la pauvreté non seulement de désirer ces choses qu’on n’a pas, mais encore d’avoir trop d’affection pour ce que nous avons en usage, par exemple, pour une robe bien ajustée, pour une chambre, ou pour quelque autre chose. C’est contrevenir à votre règle. Et il importe beaucoup de bien entendre ceci. C’est pourquoi je vous prie de le bien retenir.
Mes chères sœurs, le désir d’avoir ce qui ne nous est pas permis est mauvais; mais, quand il nous porte à vouloir le demander, c’est encore pis; car la pauvreté oblige à ne souhaiter autre chose que Dieu, principalement celles qui en ont fait vœu. Or, entre celles qui
manquent contre cet article, celles-là font plus grande faute qui demandent ce qu’elles désirent, avec empressement. Il y en a même qui non seulement désirent, mais demandent en effet et n’ont point de repos si on ne leur accorde, jusque-là qu’elles se laissent .aller aux murmures et aux plaintes. Oh ! que cela est mal ! Il n’en faut jamais venir là, mes chères sœurs, quand vous n’avez pas ce que vous désirez. Et si M. Portail ou Mademoiselle Le' Gras ne vous accordent pas sitôt ce que vous leur demandez, il faut penser que Dieu permet cela afin que vous exerciez la vertu de patience.
Voilà, mes chères sœurs, les choses qui vont contre la pauvreté. Désirer avoir ce qu’on aime, mais le désirer ardemment, le demander et s’impatienter quand on ne l’accorde pas sur-le-champ, avoir grande peine à être refusée, voyez-vous, tout cela est contre la sainte pauvreté; car la pauvreté demande qu’on quitte tout et qu’on n ait rien en propre La pauvreté dit un renoncement à tous les biens et commodités. Enfin elle consiste à ne désirer que Dieu seul.
à oilà quant à la pensée. Voyons comment on y manque par paroles. C’est lorsque, ne pouvant avoir ce qu on désire, on n’a point de patience pour attendre que 1 heure a laquelle' on nous l'a promis soit venue. On en parle, on se plaint de ce retardement à une sœur, puis à une autre, ensuite à d’autres, si on les rencontre, en sorte que toutes en ont connaissance; ce qui peut beaucoup nuire à la Compagnie; d’autant que celles à qui \ ous vous plaignez ne savent pas les raisons qui oul oblige les supérieurs ou à refuser ou à différer de donner ce que vous leur avez demandé. Et ainsi elles peuvent être malédifiées.
On fait encore pis, car quelquefois on se plaint aux externes. On ne se contente pas de le dire aux sœurs, m n> "n a m peu de retenue qu’on s’emporte à se plaindre
aux personnes du monde. Cela est directement contre l’esprit de la pauvreté, qui reçoit ce qu’on donne et comme on le donne, mais ne se plaint quand quelque chose lui manque.
Les apôtres recevaient ce qu’on leur donnait et comme on leur donnait, ainsi que Notre- Seigneur leur avait enseigné. Mes hiles, c’est ainsi qu’il faut faire, et ne désirer rien sinon ce que les supérieurs jugeront à propos que vous ayez. Car, autrement, mes chères sœurs, vous n’aurez point de repos; il y en a qui s’attacheront à une vétille, à une image, à des souliers ; et si on les leur ôte, elles ne le sauraient supporter. Cela est contre la sainte pauvreté, qui ne permet pas qu’on désire autre chose que Dieu. Tous les saints ont été dans cette pratique. Regardez leur vie. Vous verrez premièrement en celle de Notre-Seigneur qu’il n’avait ni biens ni provisions pour lui et ses apôtres. Un temps fut qu’il n ‘avait rien du tout. Mais, comme sa troupe commença à grossir, on lui représenta qu’il était nécessaire d’avoir quelque chose pour subvenir à leurs nécessités ; car il ne voulait rien avoir. On lui dit : « Seigneur, que voulez -vous faire? Les troupes vous suivent, et elles n’ont point de quoi manger ; permettez qu’on ait quelque chose pour les empêcher de mourir de faim. » Notre-Seigneur, entendant cela, fut ému de' compassion et eut pitié de ces pauvres gens ; ce qui ht que depuis il souffrit que quelques dames, qui lui étaient fort affectionnées, donnassent quelque chose pour lui et pour ses disciples. Mais avant cela il n’ avait rien pour montrer combien il aime l’état de pauvre et dénué de toutes choses. O mes chères sœurs, quel bonheur d’être dans la manière' de vie du Fils de Dieu!
On peut rompre encore cette règle par œuvre; c’est lorsqu’on se satisfait, faisant enhn si bien qu’on a ce qu’on désire. On ne se contente pas de contrevenir à la
règle par pensée et par parole; mais on va par-dessus, qui est encore piis que les désirs et les paroles, parce qu’on accomplit tout à fait le mal. Par exemple, acheter des souliers faits à sa fantaisie, ou du linge plus fin que celui dont la communauté se sert. O Sauveur ! le grand mal que d’en venir jusqu’à se satisfaire contre la sainte pauvreté! D’autant qu’avoir quelque chose sans le congé des supérieurs, quand ce ne serait qu’une image,, c’est contre la sainte pauvreté. Et non seulement on va contre la pauvreté si l’on garde quelque chose, mais aussi si l’on en reçoit quelque autre sans permission.
C’est encore' contre la pauvreté de retenir quelque chose ou de la communauté, ou des pauvres. O Sauveur l le grand mal ! S’il y en avait quelqu’une dans la Com¬
pagnie qui fût si malheureuse, ce que je ne veux pas croire, mais, s’il y en avait, elle serait pire qu’ Ananias et Saphira; car ce qu’ils retinrent avait été à eux; mais, retenir le bien des pauvres, c’est faire comme Judas. Ce malheureux est blâmé d’être arrivé à cet horrible crime de vendre son Maître, pour avoir retenu, à l’insu
de Notre- Se igne'ur, les aumônes qu’on donnait pour distribuer aux pauvres. Mes sœurs, je vous l’ai déjà dit, s il y en avait quelqu’une, ce que je ne veux pas croire, (li! non, par la grâce de Dieu, je n’ai point encore ouï diu que pas une ait retenu quelque chose; au moins ne m en ^ollv ions- je pas; mais, si cela était, nous pourrions Plen (Pr" bue ce serait un Ananias ou un Judas, qui tombait 1 1 oi n per c eux qui se con fient en elle ; ou plutôt elle fausserait la foi qu’elle a promise à son Dieu, par appétit d avoir quelque chose, quand ce ne serait que <1 as, voir meme que deux, pris chez soi ou chez un
et Pollr œtte petite satisfaction, elle manquerait a a lidékté qu’elle doit avoir dans sa vocation ! N’est-ce
* 1 J c d11 Ananias et Saphira? Oh! quel malheur
P°Ur UDe U"llc Pers<>nne ! Mais aussi quel bonheur à celles
qui aiment la pauvreté ! Quelle grâce embellit leurs âmes à mesure qu’elles croissent en cette vertu ! Ah ! que cela est beau de se trouver en l’état tant chéri de Notre- Seigneur ! Si vous pouviez comprendre le plaisir qu’il a de voir une âme continuer la vie qu’il a menée sur la terre !
Or, s’il y a des personnes au monde qui doivent exceller en la pratique d’ honorer la vie pauvre du Fils de Dieu et qui soient obligées d’aimer la pauvreté, ce sont les Filles de la Charité, parce' que vous maniez toutes le bien des pauvres. On vous confie tout. Dieu ayant donné la grâce à nos chères sœurs de s’acquitter si bien de leur devoir par le passé, et cela ayant donné une? telle estime de la Compagnie parmi les personnes de plus grande piété, quelles s’assurent de votre fidélité. De sorte, mes chères sœurs, que je doute fort qu’il y ait moyen de maintenir la Compagnie sans la pratique de cette' règle. Non, non, je ne vois point de moyen pour conserver la Compagnie de la Charité que celui-là. Et sitôt qu’on se relâchera en ce point, il est fort à craindre qu’elle ne diminue autant qu’elle s’e'st avancée.
Mes chères sœurs, que fait une personne qui fait les vœux? A quoi pensez-vous qu’elle s’oblige? A fuir désormais tout ce que le monde' recherche. Que dit une Fille de la Charité qui fait vœu de pauvreté, chasteté et obéissance? Elle dit qu’elle renonce au monde, qu’elle méprise toutes ses belles promesses et se donne à Dieu sans aucune réserve. Il n’y a pour elle plus de plaisirs ni de vaines satisfactions de la chair. « Je renonce, ditelle, à tout cela pour suivre mon Epoux dans la vie qu’il ,a menée'. » Voilà ce qu’on fait par les vœux et ce qu’on doit faire pour les bien observer. Oh! l’heureux état dans lequel se met une âme qui observe ses vœux, et principalement celui de’ pauvreté, sans négliger rien de ce qui regarde les autres! Aussi, mes chères sœurs, tant que vous garderez cette règle. Dieu vous bénira; mais,
si vous y manquez, oh ! vous n’en demeurerez pas là, car celte inobservance vous fera tomber dans le malheur de Judas. Et une sœur qui serait si malheureuse que de prendre quelque chose du bien des pauvres, soyez assurées, mes sœurs, quelle ne pourrait persévérer dans sa vocation. Non, il n’est pas possible que cette sœur persévère. Elle demeurera bien quelque temps; mais Dieu ne permettra pas qu’elle infecte toujours une si sainte Com¬
pagnie, ni quelle foule aux pieds les grâces qu’il y répand continuellement. Car que fait une fille qui ne tient
compte de ses règles, sinon fouler aux pieds les moyens que Dieu a donnés pour la sanctification de tant d’âmes qu il a appelées dans cette maison ? Ah ! quel malheur pour celles qui ne gardent pas cette règle! Elles pourraient etre cause de la ruine de toute la Compagnie, àlon appréhension, mes chères sœurs, est celle-là,
qu on vienne à manquer en ce point, dans la crainte que j’ai que cette œuvre ne périsse. J’ai souvent pensé à ce qui pourrait causer ce mal et faire ce ravage, qu’on ne v ^ P^us dans Paris tant de vierges et de veuves aller \ isitei les pauvres, ou bien d'où pourrait venir qu’on ne urrait plus dans cette ville des personnes porter le pot des pauvres malades. Je ne trouve point que cela puisse \ enii que de ce qu’on commencera à retenir quelque ^0Se Qu ^)1( n des pauvres. Ce n’est pas qu’il n’y ait
au^res crime'1 d111 Peuvent renverser cet œuvre; mais œlui ci est un des principaux. Quel malheur si l’on donnait sujet de dire des Filles de la Charité quelles sont es larronnessCs du bien des pauvres, que ce sont des méchantes, quelles ont voulu s’approprier le bien des pauvres, sous prétexte de les servir, et qu’il ne faut plus Vf confiance en elles et que ce sont des méchantes!
. eies suuis, quand on sera venu là, dites adieu
“ if hamé- °h ! le grand mal si l’on disait : « C'est
11 U!TUSC Cle a qui on a trouvé deux écus, qui
est cause de cela. » Ah! dès qu’on la verra et qu'une ou deux sœurs auront fait la même chose dans une paroisse, on avertira les gens de ce lieu qu’ils se donnent de' garde que ces hiles ne fassent comme elles ont fait à une telle dame. Et ainsi de l’un à l’autre, jusqu’à ce qu’on ne se confie plus en aucune. Et voilà la ruine de la Compagnie.
Mais, Monsieur, que nous dites-vous? Ne point désirer ses satisfactions, ni ce qui nous agrée, cela est bien duir. Quel moyen de se contraindre toujours et de résister continuellement à ses inclinations, qui, pour l’ordmaire, nous portent à avoir ces choses que vous nous enseignez qu’il faut fuir? — On répond à cela que c’est la concupiscence de la chair qui fait tenir ce langage; et vivre selon la chair, c’est mourir, mais mourir à la vie de la grâce, qui est bien autre que celle du corps. Ceux donc qui veulent se satisfaire et vivre selon la chair n’ont pas la vie de l’esprit. M criemini , dit saint Paul 3; vous mourrez, si vous voulez vivre selon la chair. Souvenez-vous de ce que je vous dis aujourd’hui, que vous ne pouvez garder vos règles et prendre les plaisirs de la chair. Cela est incompatible. Mes sœurs, si la Compagnie périt à cause de l’inobservance de quelque règle, ce sera pour n’avoir pas gardé celle-ci.
Monsieur, cela semble bien rude à une personne mal mortifiée : mourir à soi-même, vivre dans un perpétuel renoncement aux plaisirs et commodités de la vie, c’est ce qui est bien difficile. — Il est vrai, mes sœurs, qu’une personne qui ne cherche pas Dieu, mais qui se recherche elle-même, trouve de grandes difficultés au chemin de la vertu. Les moindres choses qui contrarient ses sentiments lui sont insupportables, et un petit sujet de peine