USAGE DES BIENS MIS A LA DISPOSITION DES SŒURS
(Règles Communes, art. 9.)
Mes chères sœurs, le sujet de cette conférence est la neuvième règle, qui dit qu’il ne faut pas se servir de ce qui est à l’usage d’une autre sœur, sans permission de la supérieure, ni se plaindre de ce qu’une autre sœur se sert avec la même permission de ce qui est à notre usage.
Premier point, les raisons que nous avons de bien observer cette règle; deuxième point, les fautes qu on peut faire contre; troisième point, les moyens de bien entrer dans la pratique de cette règle.
Après la lecture de l’article où elle est contenue, M. Vincent en commença l’explication à peu près comme il suit. Voilà, mes chères sœurs, la neuvième règle, que Notre-Seigneur vous a donnée, qui dit qu’il ne faut pas que les sœurs de la Charité se servent sans permission de ce qui est destiné à l’usage de leurs compagnes, ni se plaignent quand on donne à une autre sœur ce qui est à leur usage.
Vous entendez assez cet article en général; mais venons au particulier. Je dis donc qu il ne faut jamais qu’une sœur se serve' de ce qui est à sa sœur, soit livres,
Entretien 82. — Ms. SV 3, p. i53 et suiv.
images, chapelets, mouchoirs, etc., si ce n’est avec permission. Mais, quand la supérieure a donné la permission, la sœur ne doit pas se plaindre de ce que sa sœur use de ce qui lui appartient. Pourquoi trouvezvous mauvais ce que votre sœur fait par ordre de la supérieure? Personne ne' doit y trouver à redire. Si l’on a quelque raison à alléguer, il faut que ce soit à la supérieure, et jamais à d’autres, si ce n’est à la sœur servante, quand vous n’êtes pas dans la maison h Or, pour traiter de' tout ceci, il faut que nous voyions les raisons qui nous obligent à garder cette règle.
La première raison est la générale, qui consiste en la consolation qu'a une sœur qui garde ses règles. Quand elle vient à penser dans son cœur : suis-je fidèle à observer mes règles? et qu’elle trouve que cela est, quelle satisfaction ne reçoit-elle pas ! On ne la saurait exprimer. Nous avons chez nous des prêtres et des frères qui sont si exacts à garder leurs règles que, quoi qu’il arrive, il faut qu’ils les observent. Te ne doute pas qu’il n'y en ait aussi plusieurs parmi vous qui ne voudraient manquer à aucune de vos règles, puisqu’elles tendent toutes à vous rendre saintes.
Monsieur, que’ dites-vous? De quelle autorité avancez-vous cela? — • Je le dis de l’autorité du défunt Pape Innocent huitième ", lequel disait : « Donnez-moi une personne qui ait bien gardé les règles de sa religion, ou de la communauté où elle a été, je la déclare sainte sans autre miracle; il ne faut que cela pour la canoniser. » De sorte donc, mes chères sœurs, qu’il ne faut point aller en Jérusalem, ni prendre tant d’austérités sur soi, comme font plusieurs, pour acquérir la sainteté; il ne faut que garder ses règles. Une fille qui est