SUR L’OBÉISSANCE
(Règles Communes, art. 20, 2ï, 22 et 23.)
Mes sœurs, nous avons jusqu’à présent expliqué toutes vos règles jusqu’à la dix et neuvième; il faut maintenant voir la vingtième, après toutefois que vous serez bien persuadées que, comme ceux qui veulent passer la mer ont besoin d'un vaisseau qui les porte au port où ils prétendent arriver, et ne s’exposent jamais sur la mer sans un pilote pour les conduire, ainsi, mes chères
Entretien 88. — Ms. SV 4, p. 211 et suiv.
sœurs, les Filles de la Charité qui veulent passer la mer orageuse de ce monde et arriver au port du salut, doivent avoir un vaisseau, qui n’est autre que vos règles et la pratique des vertus nécessaires aux Filles de la Charité, surtout un grand soin de travailler à sa perfection.
Voilà, mes chères sœurs „ le moyen de voguer heureusement, je dis heureusement , car, si vous voulez être heureuses en ce monde et en l’autre, résolvez-vous à observer vos règles et soyez assurées que le moyen le plus efficace pour vous sauver, c’est l’observance de vos règles. Mais aussi, mes sœurs, ne vouloir pas s’assujettir aux observances de la communauté et ne pas garder ses règles, c’est vouloir passer la mer sans vaisseau. Imaginezvous une personne qui veut se mettre sur mer de la sorte; le moyen de la passer sans faire naufrage? Tout de même, le moyen de passer la mer de ce monde sans périr, c’est de garder vos règles, qui vous enseignent comme vous devez servir Dieu, vivre dans son amour; et vous vous rendrez agréables aux yeux de sa divine Majesté. Et après l’amour de Dieu suit l’amour du prochain; je dis cet amour consolant, cet amour compatissant et courtois à tous pour l’amour de Dieu. Voilà ce que vos règles vous ordonnent. Faites cela et vous parviendrez à toutes les vertus nécessaires aux Filles de la Charité, car vos règles comprennent toutes les vertus qui sont contenues dans les commandements de Dieu et dans les conseils évangéliques. Or, la vertu, qui a pour fondement la parole de Dieu et qui s’établit là-dessus, ne défaudra jamais. Il 'faut donc poser ce fondement et vous bien persuader cette vérité : si je garde mes règles, je parviendrai à la perfection que Dieu demande de moi; mais, si je ne les garde pas, je ressentirai beaucoup de peine en la pratique de la vertu; j’aurai beau faire et dire, beau communier, prier et passer pour
bonne Fille de la Charité, tout cela ne me servira de rien. Si je ne garde mes règles, je serai toute ma vie une tracassière, sans fermeté, qui tantôt aime sa vocation et, au moindre sujet de peine qu’elle rencontre, n’est plus aujourd’hui ce qu’elle était hier. Et Dieu veuille qu’en l’autre monde vous ne trouviez le paradis fermé pour n’avoir pas voulu vous servir des moyens que Dieu vous avait donnés pour y aller !
Voilà, mes chères sœurs, ce qu’il faut vous persuader si vous voulez que Dieu continue ses grâces à la Compagnie et la maintienne, étant certain que, par toutes les maisons de religion et de communauté où les règles ne sont pas gardées, ce n’est que désordre et confusion.
Or, voyons la vingtième règle. « Elles rendront honneur et obéissance au supérieur général de la Mission comme étant supérieur et directeur général de leur Compagnie, et à ceux qu’il aura députés pour la diriger, à la supérieure, et, en son absence, à la sœur assistante et autres ofhcières de la maison, en tout ce qui concerne leurs offices, etc. »
Mes sœurs, voilà divers degrés d’obéissance. Mais, avant toutes choses, je dois vous dire ceci : à quelle fin pensez-vous que Notre-Seigneur vous ait donne a toutes une même règle? C’est ahn que vous ne fassiez toutes qu’un même cœur, même jugement, meme volonté et que toutes tendent à une même fin. Ainsi votre Compagnie représente l’unité de la très Sainte Trinité. Qu’est-ce qui garde et fait l’union entre le Père et le Fils? C’est, mes chères sœurs, que ce que le Père veut, le Fils le veut; et ils sont tellement conformes que jamais le Fils ne veut ce que le Père ne veut pas; ce qui unit parfaitement ces deux personnes divines, qui produisent la troisième, qui est le Saint-Esprit. Et c est ce qui fait le paradis. Il n’y aurait point de paradis sans cette divine union. Mais, comme dit le bienheureux eve-
que de Genève, si dans la Trinité il n’y avait de l’union, qu y aurait-il d’aimable? Qui fait donc cette union? La sainte condescendance du Fils aux volontés de son Pere, cest ce qui fait cette union; et l’amour réciproque qui est entre le Père et le Fils produit le Saint-Esprit, qui est égal au Père et au Fils. Et parce que les trois personnes de la Sainte Trinité sont égales en toutes choses, il est facile de faire l’union. Mais, ahn qu’il y ait union entre des personnes inégales, il faut que Tune s’abaisse et que l’autre se hausse, c’est-à-dire qu’il faut que 1 une ait la puissance et qu’elle soit établie avec autorité, et que l’autre se soumette. C’est ce qui fait les supérieurs et les inférieurs. Or, comme il faut qu’ils s unissent ensemble, il est de nécessité que l’une s abaisse et que l’autre s’élève. Par exemple, un prêtre doit etre soumis a son cure, le curé à l’évêque, l’évêque a 1 archevêque, et tous au Pape. Sans cela, les affaires de l’Eglise n’iront jamais bien. Pourquoi cela? Parce qu il n’y a pas d’union dans une communauté, si les sujets ne sont pas soumis aux supérieurs ; il n’y a point d ordre. Or Dieu, qui veut unir ces deux extrémités, a ordonné que les supérieurs descendent autant qu’ils peuvent jusqu’à leurs inférieurs. Voilà pourquoi quiconque est souple et soumis à ses supérieurs contribue à entretenir cette union. O mes chères soeurs, que bienheureuses sont ces âmes-là! Elles croîtront de jour en jour en vertu. Oui, les âmes qui sont en l’état de soumission, qui ne veulent rien faire de leur tête, mais font ce qu’elles font comme il a été ordonné par leurs supérieurs, je les appelle bienheureuses dès ce monde; car elles n’ont point de volonté que celle de Dieu, qui leur est manifestée par leurs supérieurs. C’est pourquoi elles ne regardent pas ce qu’ils leur disent, comme ordonné des supérieurs, mais comme venu de Dieu, qui ordonne par leur bouche ce qu ils nous ordonnent, comme vous
venez d'entendre de ce Père, qui, par votre règle, dit aux supérieurs : « Qui vous écoute m’écoute et qui vous obéit m’obéit; mais qui vous méprise me méprise1. », Mais, Seigneur, est-ce vous qui commandez par cette personne-là? Oui, c’est moi et ce n’est pas ce supérieur ou cette supérieure que vous méprisez quand vous ne tenez compte de ce qu’ils vous disent, c’est moi-même que vous méprisez; vous n’offensez pas ceux à qui vous résistez, mais c’est moi qui reçois ce qui leur est fait par ce mépris.
Voyez-vous, mes chères sœurs, quel avantage a une personne d’être en l’état de soumission, de dire qu’elle n’obéira jamais aux supérieurs qu’elle n’obéisse à Dieu même. Et de plus, c’est qu’en obéissant vous ne faites jamais mal. Ceux qui vous commandent peuvent bien faillir, mais non jamais vous. Tout ce que vous faites par l’obéissance est un bien pour vous, et d’autant plus grand que la chose est bonne en elle-même. C’est de l’or; mais vous ajoutez à cet or des pierres précieuses quand vous accompagnez une bonne action de la sainte obéissance. N’avez-vous jamais vu une belle robe de drap d’or? Ah! que cela est beau et éclatant! Mais, si vous ajoutez à cette robe des pierres précieuses, des escarboucles, des émeraudes, des rubis, elle est d’un prix beaucoup plus estimable qu’elle n’était auparavant. Mes hiles, vous ne faites jamais une action par l’obéissance, que vous n’y ajoutiez comme un diamant mis sur la robe dont nous venons de parler. Tout ce qui est fait, c’est de l’or, mais un or qui a pour rehaussement des pierres précieuses, qui lui donnent un éclat capable d’éblouir les yeux, si on pouvait le voir.
Ah ! Sauveur ! mes sœurs, que nous sommes heureux, et vous et moi, d’être dans un état qui fait que tout ce