‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 4)Chapitre 84 sur 138 · CHARITÉ MUTUELLE, DEVOIR DE LA RÉCONCILIATION · texte numérisé non relu

CHARITÉ MUTUELLE, DEVOIR DE LA RÉCONCILIATION

(Règles Communes, art. 36 et 37.)

Mes sœurs, nous continuerons les entretiens que nous avons déjà commencés sur vos règles. Nous sommes parvenus a la trente et sixième, laquelle nous expliquerons a cette heure. Plaise à Dieu que ce soit dans l’esprit que je dois ! V oici ce qu’elle contient : « Elles se souviendront du nom qu’elles portent de Filles de la Charité et tâcheront de s’en rendre dignes par le saint amour qu’elles porteront toujours à Dieu et au prochain. Surtout elles vivront en grande union avec leurs sœurs et jamais ne murmureront, ni se plaindront l’une de l’autre, chassant soigneusement toutes les pensees d’aversion qu’elles auront l’une à l’autre, etc. »

Entretien 93. — Ms. SV 4, p. 261 et suiv.

Cette règle parle de soi-même, de sorte qu’elle n’a pas quasi besoin d’explication; car cela est si clair qu’il semble qu’on n’y saurait rien ajouter.

La première période de cet article est que vous tâchiez de vous rendre dignes du nom de Filles de la Charité. Quel nom peut-on avoir de plus grand? Y en a-t-il, mes sœurs? Avez-vous ouï parler qu’il se soit jamais trouvé un plus beau nom, ni plus favorable pour les pauvres? Oh! mes sœurs, quel sujet de vous donner à Dieu pour vous rendre dignes de votre nom et ne pas faire comme un évêque dont il est parlé dans l’Apocalypse ! Dieu, se plaignant de lui, dit :

« Vous avez un nom, mais vous n’en faites pas les œuvres. » Mes chères sœurs, prenez garde que Dieu ne vous fasse ce reproche et tâchez de vous rendre dignes du nom que vous portez.

Je ne sais si vous avez jamais bien pensé à ces trois choses qui sont portées par cette règle.

La première est d’aimer Dieu par-dessus toutes choses, être tout à lui, n’aimer quoi que ce soit que lui; et si on aime quelque autre chose, que ce soit pour l’amour de Dieu. Si vous aimez Dieu de la sorte, c’est une marque d’une vraie Fille de la Charité, qui aime bien son Père.

La seconde marque qui fait la Fille de la Charité, c’est d’aimer le prochain, servir bien les pauvres et s’exciter, lorsqu’il y a de la peine, à la supporter, puisque l’on s’est donné à Dieu pour cela, les regardant comme nos seigneurs, et leur porter grand respect.

La troisième chose qui vous constituera Filles de la Charité, c’est de ne rien faire les unes contre les autres, ne point souffrir aucune pensée d’aversion qu’on pourrait avoir, même naturelle, l’une de l’autre. Mes sœurs, dès que ces pensées-là naissent, il faut les etouffer, si elles se présentent une ou deux fois, il faut rejeter

cela. — Mais elles reviennent toujours. — Il faut toujours leur résister, la troisième fois comme la seconde, jusqu’à ce que vous les ayez étouffées et que Dieu vous ait fait la grâce d’être quittes de cette mauvaise humeur. En second lieu, ne jamais rien dire qui puisse fâcher sa sœur, si ce n’est qu’on y soit obligé par office ; car, pour les ofhcières, elles ont droit de reprendre. — Mais je fâcherai ma sœur. — C’est la nature; il ne faut pas laisser pour cela de le faire. Et celles qui le savent doivent dire : « Il faut laisser faire; elle fait cela d’office. »

Il ferait beau voir un chirurgien n’oser donner le couip de lancette à un malade, parce qu’il en témoigne du ressentiment. Tout de même ferait-il beau voir la supérieure et les officières n’oser rien dire parce qu’une sœur ne le prendra pas bien. Voilà une Fille de la Chanté qui dit qu’il la faut laisser, qu’elle sait bien ce qu’elle a à faire, et qui ne saurait souffrir, soit ici, soit dans une paroisse, qu’on la reprenne, lorsqu’elle le mérite. Ce serait une chose horrible, si cela était. Quand on dit qu’il ne faut rien dire qui puisse fâcher sa sœur, il faut entendre, quand on n’a point de charge qui oblige à veiller sur les autres.

Voyez-vous, mes sœurs, il ne faut pas écouter ceci comme une autre chose, mais il le faut entendre avec une intention pure de le mettre en pratique, et en même temps que vous entendez dire qu’il ne faut point souffrir en son cœur aucune pensée d’aversion, il faut vous demander à vous-mêmes : « Ah ! mon Dieu ! n’ai-je rien contre mes sœurs? » Ce n’est pas assez de l’entendre comme vous entendez une prédication; il faut de plus l’écouter comme une chose qui vous regarde tout particulièrement. C’est un langage inconnu aux autres, qu’il faut entendre, comme sortant de la bouche de Dieu, les règles qu’il vous a données. Car, voyez-

vous, l’habit ne fait pas le moine, non plus que l’habit 11e fait les Filles de la Charité.

Mars il y a tant d’années que je suis dans la Compagnie. — Ce n’est pas par la longueur du temps que l’on juge si une hile est digne de porter ce beau nom de Fille de la Charité, mais bien si elle est revêtue intérieurement de cette robe de la charité pour Dieu et pour le prochain. C’est cela qui fait la Fille de la Charité. Oui, mes hiles, la charité est comme une belle robe nuptiale qui orne l’âme, sans laquelle on ne saurait plaire à Dieu. « Otez-moi ce misérable, qui n’a pas sa robe nuptiale, est-il dit dans l’Evangile; jetez-le hors d’ici 1. »

Voilà donc les trois marques qui font connaître la vraie Fille de la Charité et qui peuvent servir de moyens pour le devenir : la première, cl aimer Dieu par-dessus toutes choses; l’autre, d’aimer le prochain; et la troisième, de vous aimer entre vous autres comme véritables sœurs, pour l’amour de Dieu, en sorte qu’il paraisse que vous êtes toutes membres d’un même chef, ou hiles d’un même Père, n’aimant que ce qu il aime,

pour l’amour de lui-même.

Remarquez que, s’il se trouve des esprits nous, comme il y en a dans la Compagnie, qui font du mal où elles sont, qui, sans se soucier de l’amour de Dieu, ni de l’amour du prochain, vous passeront des mois et des semaines sans vous rien dire, sans se mettre en peine de jeter ce hel qu’elles ont dans le cœur, je crains qu’à la hn elles ne fassent périr la Compagnie. Or, je remarque qu’il y en a quelques-unes d entre vous, il n’y en a pas beaucoup, mais je sais qu il y en a, qui font du mal dans la Compagnie au lieu où elles sont. Aux Enfants Trouvés, aux paroisses il y a des

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