‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 4)Chapitre 97 sur 138 · HUMILITÉ, CHARITÉ, OBÉISSANCE, PATIENCE · texte numérisé non relu

HUMILITÉ, CHARITÉ, OBÉISSANCE, PATIENCE

(Règles Communes, art. 42.)

Mes sœurs, nous voilà enfin parvenus à la quarante et deuxième de vos règles, qui contient ceci : « Encore que leur vocation requière qu’elles s'étudient toute leur vie à pratiquer toutes sortes de vertus pour imiter leur patron Jésus-Christ, elles feront néanmoins une attention plus particulière à celles qui sont représentées par les quatre extrémités de la croix, à savoir l'humilité, la charité, l’obéissance, la patience. C’est pourquoi elles feront en sorte que toutes leurs actions en soient animées, et se représenteront que c’est en vain qu’elles ont toujours sur elles une croix matérielle. »

Mes sœurs, cet article dit qu’encore que les Filles de la Charité soient obligées de s’exercer à la pratique de toutes sortes de vertus, elles doivent particulièrement en pratiquer quatre toute leur vie, et faire en sorte qu’en chaque action que vous ferez et en chaque parole que vous prononcerez ces quatre vertus paraissent. Elles sont représentées par les quatre extrémités de la croix du Fils de Dieu, comme la règle porte. Vous avez choisi Notre-Seigneur pour votre Epoux, sur qui vous devez jeter les yeux pour vous former, comme tous ceux qui se sont retirés, ou plutôt cju’il a tirés à part de la lie du monde. Or, vous êtes de ce nombre, puisque vous avez pris Jésus-Christ pour votre Epoux et puisqu’il vous tient comme ses épouses. Mais ce n’est pas tout. Il faut prendre ses livrées, prendre les armes dont il s’est servi, être habillées comme lui et l’imiter autant que vous pourrez en l’usage qu’il a fait de toute occasion d’agir ou de

Entretien 98. — Ms. SV 4, p. 3o2 et suiv.

souffrir quoi a eue durant sa vie mortelle. Or, puisque Notre-Seigneur a pratiqué toutes sortes de vertus, vous devez donc avoir le désir de l'imiter en toutes les vertus.

Dieu demande cela de vous, mes filles. Il était toujours conforme à la volonté de son Père, et il désire que vous conformiez votre volonté en tout à la sienne. Il dit de lui-même qu’il faisait la volonté de Dieu son Père, et nous devons être vprêts à conformer nos volontés à la sienne, non seulement aux choses divines, mais encore aux temporelles. Il demande de vous que toutes ses vertus soient vos vertus, que vos pratiques soient conformes aux siennes, non seulement aux choses spirituelles, mais même aux corporelles qu’il a pratiquées sur la terre, de sorte qu’il faut faire état que qui dit une Fille de la Charité dit une fille de qui toutes les actions, paroles et pensées doivent être pratiques de vertu. Oui, dire Fille de la Charité, c’est dire une fille qui doit exercer toutes les vertus, et dans les circonstances où Ton doit pratiquer la vertu. Donc, mes filles, représentezvous chacune que vous n’êtes pas seulement obligées de pratiquer une ou deux vertus, mais toutes. Donnez-vous à Dieu pour pratiquer toutes les vertus qu’il demande de vous, avec les personnes qui vous seront associées et dans les lieux où vous serez envoyées, qui à cent lieues, qui plus loin, et cela pour l’amour de votre Epoux, qui vous a donné l’exemple de toutes les vertus et qui vous a inspiré de quitter le monde, les parents et toutes les prétentions que vous pouviez avoir, pour son amour.

N’est-ce pas là, mes sœurs, le motif qui vous a fait venir? Peut-on s’imaginer qu’une fille qui, après avoir renoncé à tout ce quelle a de plus cher, s'en va à cent lieues, peut être portée à une si généreuse entreprise par autre motif que par l’amour de Dieu et le désir de le servir plus parfaitement que dans le monde? Quelle raison a-t-on de penser que -quelqu’une de vous soit venue ici

par autre motif ou de légèreté ou de curiosité? Nous l’avons autcune raison de le croire. Or donc, mes filles, vous avez quitte le monde et vous vous êtes données à Dieu; vous ne vous en repentez pas. Vous l’avez quitté d’affection; vous avez dit adieu à toutes ses maximes; vous avez dit : « Je ne veux plus vivre désormais que pour Dieu. » C’est, mes chères sœurs, la disposition que vous devez avoir eue quand vous êtes venues et celle que j’espère de vous; c’est celle sans laquelle les saints ne seraient pas saints, s’ils n’avaient quitté toutes choses, du moins d’affection.

Consolez-vous donc à ce moment et dites : « Or sus, mon Sauveur, pourquoi suis-je partie de mon pays? Qui m’a portée à venir à Paris? Si ç’a été pour votre amour, il est facile d’en juger. Comment? En venant dans une maison sans autre prétention que celle de vous servir, sans aucun plaisir pour le corps, ni satisfaction pour l’esprit, mais seulement pour nous donner toutes au service des pauvres. » Oh ! si cela est ainsi, mes chères sœurs, comme il y a sujet de le croire, vous devez espérer toutes les grâces nécessaires pour vous rendre les vraies épouses de Notre-Seigneur par la pratique de toutes les vertus. Courage! Il faut espérer que Dieu vous fera la grâce de parvenir à la perfection qu’il demande de vous.

Mes sœurs, consolez-vous dans cette pensée, allant visiter les malades, et en tout ce que vous ferez : « Je dois espérer de la bonté de Dieu, puisque c’est lui qui m’a appelée pour faire cela, qu’il me fera la grâce de le faire vertueusement. » Quoi ! mes filles, ne devezvous pas espérer cela? O mon Sauveur, aller chercher les moyens de vous servir à quarante et cinquante lieues, aller quitter mon père et ma mère et toutes mes connaissances pour cela ! Quoi ! vous me refuseriez votre assistance! Non; j’espère que vous me ferez la grâce de vous

être agréable en tout ce que je ferai. Voyez-vous, mes sœurs, ayez cette confiance ferme; car une des principales choses pour acquérir la vertu, c’est la confiance en Dieu, comme vous l’avez entendu dernièrement. Dites donc à vous-mêmes : « Oh bien ! voilà que l’on me dit qu’il faut quitter toutes les coutumes du monde et prendre celles de Notre-Seigneur. De moi je ne le puis; mais j’espère que Dieu me fera la grâce d’en venir à bout et de me comporter en sorte que l’on ne verra rien dans mes œuvres qui ne lui soit agréable, qu’il n’y aura rien dans mes yeux, ni sur mon visage, ni dans ma démarche, qui ne soit dans la modestie, qu’il ne sortira point des paroles de ma bouche qui n’édifient le prochain. Je veux espérer qu'avec la grâce de Dieu je pratiquerai toutes les vertus dans la perfection qu’il veut que je les aie. » Donc, mes sœurs, ayez cette confiance en Dieu.

Quoi, Monsieur ! espérer qu’une pauvre fille des champs puisse arriver à la perfection que vous dites, cela est-il possible? — Oui ,mes sœurs, vous le pouvez aussi bien que les religieuses.

Quoi ! une pauvre fille peut-elle prétendre à la perfection de ces filles de condition qui sont dans les religions, portées d’elles-mêmes au bien et à tout ce qui regarde l’honnêteté et la civilité chrétienne, qui font tant de difficulté d: en prendre qui n’aient toutes les qualités requises tant de l’esprit que du corps ? Quoi ! ces filles élevées de la sorte, sera-t-il dit que les pauvres Filles de la Charité doivent espérer de les égaler en vertu ! Quoi ! moi qui n’ai été instruite que des choses qui se font aux champs, je dois espérer cette perfection; et vous dites, Monsieur, que je dois y tendre, et vous voulez que je pratique toutes les vertus ! — Oui, ma fille, espérez que vous le ferez dans la suite. Ah ! mes chères sœurs, si vous saviez ce que c’est que la confiance en Dieu et ce que peut une âme qui y est bien établie ! Or, vous re-

marquerez que les tentations de la chair et de l’esprit

malin ne manqueront pas de vous porter au découragement.

Quoi ! il faudra que je me lève tous les jours à quatre heures, que j aille à 1 oraison, que je sois prête à aller et à venir, à servir les pauvres sans aucun relâche ! Quoi ! que je fasse toute ma vie cela! Si ce n était qu’à Paris, passe. Mais aller a la campagne, être exposée à tant de périls sur les chemins, ah! ce n’est pas là le fait d’une

hile. Je n ai pas assez de force pour y résister. Ah !

mes cnères sœurs, quand ces pensees-là vous viendront,

qui ne peuvent être que du démon, dites : « Tu as raison, esprit malin; tu as raison, ma chair corrompue, de me faire douter de mes forces; car de moi-même je ne le puis pas, et, si je ne regarde que moi, je ne me promettiai de rien faire qui vaille. Mais, quand je pense que Dieu travaillera pour moi, ainsi qu’un père qui fait tout pour son enfant, quand je me confie en sa bonté et pense qu il veille à tout ce qu’il faut pour mon bien, j’espère qu il sera ma force. Un père travaille pour son petit enfant, parce que celui-ci ne peut pas travailler lui-même; et 1 enfant ne se met en peine de rien, laissant tout le soin de tout ce qui le concerne à son père. Pourquoi n’en ferais-je pas de même, puisque je sais qu’il est un si bon père? Oh ! je veux espérer que Dieu me fera la grâce de pratiquer mes règles. Et pour ce qui m’épouvante, quand on dit qu’il faut pratiquer toutes les vertus, je ne le puis pas de moi-même. » Et dites hardiment : ce Je ne le puis par mes seules forces, mais j’ai cette confiance en Dieu qu’il me fera la grâce de le faire et de le faire dans l’esprit qu’il faut, ainsi qu’il est dit dans la Sainte Ecriture : dites à l’homme juste que ce n’est pas assez qu’il fasse le bien et pratique les vertus, mais qu’il faut

qu’il les pratique comme il faut, c’est-à-dire avec perfection. »

Or, mes chères sœurs, entre toutes les vertus que vous devez avoir, en voici quatre qu’il faut avoir et pratiquer particulièrement, par lesquelles on connaîtra si vous êtes Filles de la Charité.

Quand les apôtres commencèrent à prêcher, voyant qu’il fallait se séparer, ils dirent entre eux qu’il fallait s’accorder en la manière d’instruire le peuple et firent le symbole qu’on appelle des apôtres. Saint Pierre commença le premier et dit : « Je crois en Dieu, le Père tout puissant, créateur du ciel et de la terre. » Les autres apôtres continuèrent jusqu’à la fin et résolurent que ce serait la marque par laquelle ils reconnaîtraient ceux qui auraient reçu leur doctrine. De sorte que les apôtres, craignant que quelques-uns, contrefaisant les chrétiens, ne se missent parmi les fidèles à quelque mauvais dessein, dirent : « Quand nous trouverons quelqu’un qui se dira chrétien, nous lui demanderons cette marque. S’il nous la donne, nous le recevrons; et s’il l’ignore, nous lui dirons : Oh ! si vous étiez chrétien, vous sauriez le symbole. »

Mes sœurs, si on veut connaître quelles sont les vraies Filles de la Charité parmi celles qui en portent l’habit et le nom, ce sont celles qui pratiquent ces quatre vertus : l’humilité, la charité, l’obéissance et la patience. Donnez-moi une hile d’entre vous en qui paraisse l’humilité, une pauvre fille qui ne s’estime rien, qui aime qu’on la rebute, soit ses supérieurs, soit d’autres, qui pense qu’elle ne réussit en rien, qu’elle g*âte tout et enfin qu’elle fait fort imparfaitement toutes choses, donnezmoi une fille comme cela, je vous dirai que c’est une vraie Fille de la Charité. Au contraire, donnez-m’en une en qui l’humilité ne paraît point, qui aspire à être plus estimée que les autres, qui désire passer pour une fille de bon esprit dans la Compagnie, parvenir à des charges ou être servante; ô Sauveur! c’est la racine d’orgueil

et du plus sot orgueil, semblable à celui de l’esprit mialin, qui veut avoir un lieu par-dessus les autres. Oh !' une hile qui veut etre estimée, qui pense toutes choses à son avantage, qui dit : « Nous avons tant de malades et beaucoup de choses a faire; mais, par la grâce de Dieu, tout va bien. » Dire cela pour être estimée, ce n’est pas d’une Fille de la Charité. La vraie Fille de la Charité, c’est celle qui a la robe de la charité et de l’humilité, qui a un grand amour pour le mépris, qui croit quelle ne réussit point en ce qu’on lui ordonne et quelle gâte tout où elle est. Mes filles, si vous voyez une hile comme cela entre vous, dites : « Voilà une vraie Fille de la Charité ; jamais nous ne lui voyons commettre aucune chose qui puisse tendre à la faire estimer. »

Pour les autres qui ont les qualités contraires, si elles en portent l’habit, je vous réponds qu’en vérité elles ne le sont pas. Elles ont le nom de Filles de la Charité, mais elles n’ont pas la charité, dont le propre est de nous faire aimer à être méprisés d’un chacun.

La marque d’une vraie Fille de la Charité est au contraire. Une personne qui a bonne estime d’ellemême et qui ne saurait supporter aucun mépris ni de paroles ni de silence, a grand sujet de craindre. Voilà donc, mes sœurs, la grande marque pour voir si une Fille de la Charité est vraie Fille de la Charité, c’est si elle est humble, si elle a cette belle robe, qui est tant agréable aux yeux de Dieu et des hommes. Ne voyezvous pas en quelle estime vous avez une sœur de la maison que vous voyez dans cette pratique? Oh! la bonne hile! disons-nous, quand nous parlons des défuntes. Ne vous souvenez-vous pas qu’une de leurs principales vertus était l’humilité? Quand vous en étiez sur cette vertu, vous ne tarissiez point. Je me souviens d’une entre autres qui avait un si bas sentiment d’elle-même qu’elle craignait que tout ce qu’elle faisait ne fût pas bien fait,

comme Job, qui disait : « Verebar omnia opéra meax » ; je craignais d’offenser Dieu en tout ce que je faisais. Voyez ce grand saint; il craignait toutes ses actions. Et comment cela? C’est que, s’il eût été ici, par exemple, il aurait craint de n’avoir pas bien écouté la prédication ou ce que 1 on dut, d avoir donné trop de liberté à son esprit de s’occuper à d’autres choses; il aurait craint d’avoir manqué d’élever son cœur à Dieu, pour dire, entendant parler de ces vertus que nous avons dites : « Ah ! mon Dieu, donnez-moi cette vertu » ; s’il avait donne i aumône aux pauvres, il aurait craint que ce ne fût pas tant par un motif surnaturel que par une commisération naturelle.

Voila comme sont celles qui sont humbles et qui croient qu elles ne font rien de bien. Elles craignent en toutes leurs œuvres ; comme, au contraire, celle qui pense être expérimentée en toutes choses, qui se plaît à être estimée, n’est pas une vraie Fille de la Charité. O mon Sauveur ! s’il y en a qui se sentent en cet état, 6 mes sœurs, que oes pauvres hiles ont sujet de s’humilier et de craindre ! Voyez-vous, c’est cela qui fait perdre la vocation, car il ne faut pas appréhender qu’une hile humble sorte de sa maison, comme, au contraire, il est impossible qu’une qui n’a point d’humilité y persévère. L'esprit d’orgueil, qui lui fait désirer être estimée, lui mettra bientôt dans l’esprit qu’elle n’est pas en bonne estime auprès de ses supérieurs, que les ofhcières ne lui témoignent pas d’affection et qu’elle est dédaignée des autres sœurs. De là naît en elle la tristesse, la mélancolie et le dégoût de sa vocation. Et tôt ou tard il en faut sortir.

Mes sœurs, aimons l’humilité, prenons à tâche de pratiquer cette vertu, tant aimee du Fils de Dieu que,

i. Livre de Job IX, 28.

pour la pratiquer, il est mort sur une croix aux yeux de tout le monde; prenons à tâche de faire des actes d humilité tant intérieurs qu’extérieurs, et pour cela disons a Notre-Seigneur ; « Mon Sauveur, faites-moi la grâce que j aime mon abjection et que je ne recherche point d etre estimée, mais que j’aime tous les exercices les plus bas et la dernière place. » Est-il possible qu’il y ait quelqu’une qui voulût être la première ! Quoi ! une pauvre fille, vouloir être estimée quelque chose! Oh! pauvre fille ! si cela est ainsi, que feras-tu si l’on t’enlève l’emploi où tu es? O pauvre fille, en quel déplorable état esprit d orgueil vous a-t-il mise! Faisons donc résolution, si nous voulons éviter ces malheurs, de prendre à

tache d’acquérir l’humilité, et donnons-nous à Dieu pour cela. L

. seconde vertu recommandée aux Filles de la Chante, c’est la même charité. C’est ce que cette règle nous dit en nous recommandant la pratique de cette vertu, qu il faut etre telles que le nom que vous portez. Or, si vous demandez ce que c’est que cette charité, c’est, mes cheres sœurs, aimer Dieu par-dessus toutes choses, et, en second lieu, aimer le prochain pour l’amour de Dieu.

Commençant par les sœurs, l’amour du prochain veut que vous preniez à tâche de vous aimer entre vous et de vous supporter en vos petites infirmités, après avoir commencé par vous-mêmes. Il faut que la charité s’étende aux pauvres pour les servir avec amour; aux enfants, celles qui y sont employées; aimez les pauvres forçats. De nom de la charité, que vous portez, vous oblige à aimer tous ces emplois. Quand vous êtes là, il faut les regaider comme l’œuvre de Dieu et vous tenir bienheureuses d être employées à des choses que les saints voudraient faire eux-mêmes, s’ils étaient sur la terre.

Voilà deux marques d’une vraie Fille de la Charité : aimer ses sœurs et tout le prochain cordialement. Mes

chères sœurs, c’est la marque que Notre-Seigneur donnait pour connaître ses disciples. « En cela, leur disaitil, on connaîtra que vous êtes mes disciples, si vous vous entr’aimez2. » Mais, si ceux qui ne le font s’en veulent dire du nombre, comme Judas, ce malheureux qui commit ce déicide, ils ne le sont pas en effet. Mes sœurs, tant que l’on verra la charité entre vous, la Compagnie sera à édification. Mais, dès que l'on n’en verra pas et qu’on verra deux filles ên une paroisse qui ne s accordent point, soyez assurées qu’on dira que ce ne sont pas des Filles de la Charité; et elles n’ont ni l'humilité, ni la charité; car, si elles les avaient, elles commenceraient à faire ce qui leur est propre entre elles, et puis après aux autres, parce qu’elles sont appelées à aimer Dieu et le prochain.

D’où vient donc cela? C’est manque d'humilité. Parce que l’humilité conserve la charité. Une fille qui a de l’humilité n’est point en discorde; car l’humilité engendre la charité. Oui est ce qui fait ces petits désordres entre vous? C’est l’orgueil; c’est que chacune se veut considérer et satisfaire en ce qu’elle fait; elle veut qu’on la connaisse et qu’on croie qu’elle s’acquitte bien de sa charge. Et si l’on ne le fait pas, ce pauvre cœur ne le peut supporter. Mes sœurs, je vous assure qu’une personne de cette sorte est cause de grands désordres dans la Compagnie. Je vous le dis selon les sentiments du fond de mon cœur, il vaudrait mieux qu’elle n'y fût pas. Elle est cause que d’autres, à son sujet, murmurent de la conduite des supérieurs et font de petits monopoles 3. Ne vaudrait-il pas mieux qu’une fille qui contrarie tout ce qu’elle voit et qui est un sujet de désunion partout, ne fût pas dans la maison que d’y être? Quoi!

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