Evangile de saint Matthieu XXVI
C’est encore une chose qui regarde la confiance en Dieu d’obéir aux confesseurs qui vous sont donnés et de s’abandonner avec confiance en Dieu à leur conduite.
C’est un manque de confiance d’en vouloir à sa mode. L’une veut aller à celui-ci, et l’autre à un autre. O Sauveur ! si cela arrivait, prenez-y garde ; c’est une marque qu’il y a de la discorde entre les sœurs, et un grand sujet de scandale de voir des Filles de la Charité aller à deux confesseurs. Si celle à qui cela est arrivé avait eu confiance en Dieu, elle n’aurait pas changé de conîesseur. Ah ! mes sœurs, s’appuyer sur un confesseur, donner sa confiance aux hommes, n’est-ce pas se retirer de la conduite de la Providence, ou se vouloir faire un dieu à sa mode? Chose pitoyable qu’une pauvre créature veuille se forger une autre conduite que celle que Dieu lui a donnée, et qu’elle s’y attache tellement que, si on le lui ôte, elle s’afflige, elle n’a point de repos et il semble que tout soit perdu pour elle ! Comme ce pauvre homme qui avait une idole qu’il s’était faite luimême et qu’il avait perdue, il pleurait et s’affligeait, parce qu’on lui avait ôté son dieu; et lorsqu’on lui demanda : (( Mais qu’avez-vous à pleurer de la sorte? » — - (( Ah! dit-il, comment pourrais-je faire autrement? Ils m’ont ravi mon dieu, que je m’étais fait moi-même! » Voilà ce que vous faites quand vous voulez avoir des confesseurs à votre mode et en choisir vous-mêmes. Que cela ne vous arrive jamais de changer de confesseur, car y en a-t-il un qui vous soit donné sinon par l’ordre de vos supérieurs? Et qui aura juridiction sur vous si on ne la lui donne? Vous quittez celui qu’on vous a donné, pour prendre celui qui n’a aucun ordre pour cela. Mes sœurs, celui-ci n’a point de pouvoir pour cela, mais bien celui qui vous est destiné 3.
3. On retrouve ici dans la bouche de saint Vincent une opinion assez
Ah! dira quelqu’une, mais il est de telle sorte; sa façon me fait peine. — Quel mal vous a-t-il fait par sa manière d’agir, qui ne vous revient pas? N’a-t-il pas pouvoir ae vous aosoudre de vos péchés, quand vous les
Que vous davantage? Avez-vous à
iaire d autres choses que de lui dire vos péchés?
Voulez-vous qu’il vous ôte vos peines? O mes sœurs, vous n’avez que faire de lui dire vos peines; il vous suffit de vous confesser de vos péchés. C’est pourquoi, si vous vous sentez portées à ce que je dis, ôtez-vous de là, et sachez que c’est un grand malheur si cela arrivait dans la Compagnie que quelqu’une fût si attachée à ses propres satisfactions que de vouloir prendre sa conduite d elle-même. Mais, si cela était déjà arrivé, ah ! malheur ! g Sauveur ! quel désordre !
Mes sœurs, c’est une chose d’importance que ce qui se dit dans cette conférence, et je sais que c’est de là que sont venus tant de désordres dans une maison des vôtres qui était en réputation parmi les vôtres et le peuple. On regardait ces hiles venues de Paris avec admiration. Leur conduite faisait qu’elles étaient en odeur de sainteté parmi les personnes de piété. Mais le diable, envieux de la gloire qui en revenait à Dieu, a pense que, pour empêcher le bien qu’elles faisaient, il fallait leur faire perdre la réputation qu’elles avaient parmi le peuple. Et pour cela il a mis dans l’esprit de l’une d’aller à un autre confesseur que celui qui leur avait été donné de ses supérieurs. Et l’autre s’est toujours tenue à celui qui lui avait été donné. Celle-ci a bien fait de ne point changer. Mais voilà le désordre entre elles. Que peuvent dire ceux qui les voient? « Quoi !
suivie au xvne siècle. En fait, les Filles de la Charité peuvent se confesser à tout prêtre approuvé par l’Ordinaire du lieu; s’il est bon de leur conseiller de s’adresser au prêtre spécialement désigné pour les entendre, on ne peut leur en faire une obligation.
ces filles, de qui on faisait tant detat, ne pas se conformer 1 une a 1 autre ! Oh ! vraiment, diront-ils, je pensais bien que c était autre chose! » O mes sœurs, cela vous apprend à vous tenir à la conduite qui vous est donnée. Jésus-Christ n’en a pas cherché d’autre que celle que son Père lui avait donnée. Ne faites donc pas comme ce pauvre misérable dont nous avons parlé, qui n avait d’autre dieu que celui qu'il s’était fait. Ne vous faites pas un dieu vous-mêmes et sachez que vous ne devez jamais par inclination changer de confesseur.
Suivant cela, je fais une défense aux Filles de la Charité présentes et absentes de quitter les confesseurs qu’on leur aura donnés. Qu’elles se contentent de leur dire leurs péchés; tout ce quelles cherchent outre cela, c’est attache. Je répète encore ceci : je défends, de la part de Dieu, à toutes les Filles de la Charité, tant à celles qui sont ici qu’à celles qui sont absentes, de ne jamais choisir d’autres confesseurs que ceux qui leur sont donnés de leurs supérieurs; et je veux quelles se tiennent toujours au confesseur donné d’ici. S’il y avait quelque chose qui ne fût pas bien, écrivez-en ; ce que vous n aurez jamais sujet de faire si vous faites comme je vous ai dit.
Gardez bien vos réglés; ce sont vos directeurs. Si celles qui ont donné ce scandale les avaient gardées, et surtout celle-ci, elles ne seraient pas le jouet du pays. Lorsque vous observerez fidèlement vos règles, vous serez bonnes Filles de la Charité. Vous n’avez que cela à faire. Car quelle peine peut avoir une sœur qui l’oblige à changer de confesseur !
ivf. Portail, je vous prie de tenir la main à cela. Mademoiselle, je vous prie aussi d’y tenir la main et de ne point souffrir qu’on contrevienne à cette règle. Par ce moyen, vous serez toujours dans l’obéissance; et tant que vous obéirez, vous ferez la volonté de Dieu.
Oh bien ! mes chères sœurs, voilà ce que j’avais à vous dire touchant la confiance en la Providence. Recevez-le comme venant de la part de Dieu, qui vous l’a fait dire par votre règle. Demandez-lui cette sainte grâce et confiance; demandez-lui la grâce de ne jamais penser à avoir d autre conduite que celle de sa Providence, et faites résolution de ne pas vouloir être vos directrices, mais de vous abandonner a sa bonté. Demandez cette grâce à la sainte messe et faites vos oraisons là-dessus pour vous mieux affermir dans cette résolution de vous abandonner à Dieu et à ceux qui vous conduisent de sa part.
Disons aussi quelque chose de la 42e règle, encore qu’il soit un peu tard.
Quarante et deuxième règle. « Encore que leur vocation requière quelles étudient toute leur vie, etc. »
Voyez-vous, mes sœurs, les saints ont pratiqué toutes les vertus, parce qu’ils savaient bien qu’on ne peut arriver a la sainteté sans la foi, l’espérance, la charité et les autres. Voilà pourquoi ils pratiquaient aussi la tempérance, la patience, l’humilité et toutes les autres vertus. Or, mes sœurq ceux qui prétendent au paradis doivent avoir toutes les vertus. Car on n’est vertueux que si on 1 est en tout. Etre vicieux en l’un, vertueux en l’autre, ce n est pas être encore comme Dieu nous veut. Le Saint- Esprit dit que qui pèche en une chose pèche en toutes les autres. Or, suivant cela, vous aurez toutes les vertus lorsque vous en pratiquerez bien une, parce que les vertus ne vont pas l’une sans l’autre. Mais il faut avoir une intention générale de s’appliquer à toutes.
Or, entre toutes les vertus, il y en a quatre qui sont remarquées dans la quarante et deuxième règle, qui composent votre esprit, qui sont représentées par les quatre extrémités de la croix de Notre-Seigneuir et auxquelles vous devez faire une attention plus particulière. Je vous
les expliquerai une autre fois; nous ne saurions aujourd hui. Nous en demeurerons en la confiance en Dieu. Et pour cela il faut avoir un grand désir de vous abandonner à sa Providence, c’est-à-dire au choix qu’il a plu à la Providence faire de vous, sans vouloir autre chose que ce que Dieu veut de vous. Abandonnez-vous à sa con- . d u e Ton vous envoie aux champs ou à la ville, qu’il permette qu’il vous arrive quelque tentation, soumettez-vous à la Providence. Assurez-vous qu’elle vous conservera, mais donnez-vous bien à Dieu et priez-le qu’il lui plaise disposer de vous en la manière qu’il voudra. Pourvu qu’il vous sauve, que vous importe? Dites-! ui donc que vous êtes toutes prêtes d’aller partout où sa Providence vous appellera, et ne craignez pas qu’il y ait de votre faute tant que vous chercherez à plaire à Dieu. Si vous faites cela, vous ferez un acte d’amour de Dieu très excellent, abandonnant votre vie à sa Providence. Et quand vous mourriez là, vous auriez grand sujet de consolation de pouvoir imiter Notre-Seigneur, qui a été obéissant jusqu’à la mort de la croix.
O mon Sauveur! serait-il possible qu’une Fille de la Charité qui serait appelée de Dieu par la voix de la sainte obéissance, après avoir entendu ce que nous avons dit, voulut s’excuser et dît : « Monsieur (ou Mademoiselle), j’ai peur de devenir malade, si vous m’envoyez là. )) O pauvre créature, faut-il avoir tant de soin de conserver une charogne, qui tôt ou tard sera la pâture des vers, et que pour cela tu fasses la sourde oreille à la voix de Dieu ! Il nous appelle toutes les fois que nos supérieurs nous ordonnent d’aller; et nous faisons la sourde oreille ! Mais quelle excuse aurez-vous devant Dieu? Partout où l’on va, on trouve toujours Dieu. Si c est lui que vous cherchez, vous le trouverez partout. Ah ! Seigneur, si vous m’appelez et que je ne vous réponde pas, où me cacherai-je devant vous? Vous ferez
comme Jonas, qui, après avoir reçu le commandement de Dieu d’aller prêcher aux Ninivites, n’ayant pas assez de confiance, s’en voulut excuser. Et étant dans un vaisseau prêt à être submergé, il eut la simplicité de dire qu’il avait manqué de suivre la voix de Dieu et qu’ils le jetassent dans la mer. Ce qui fut fait, et il fut englouti dans le corps d’une baleine. « Ah ! Seigneur, où m’avez-vous mis? Je me voulais cacher, et, au lieu de Ninive, où vous vouliez m’envoyer, me voilà dans le ventre d'un poisson. Oh! misérable! » Voyez quel mal c’est de se méfier de la Providence! O mes filles, s’il arrivait que quelqu’une, manquant de confiance, se voulût cacher lorsque l’obéissance veut la faire aller, voilà, un Jonas. Et que trouvera-t-elle? Elle se trouvera elle-même. La voilà bien d’être, non dans le ventre d’une baleine, mais dans elle-même, dans une charogne, ou peut-être dans un lieu pour la perdre.
De plus, c’est en cela que consiste la perfection des Filles de la Chanté : ne tenir à rien qu’à Dieu. Nos sœurs qui sont allées au ciel ont montré l’exemple de cette confiance. Ne vous ressouvenez-vous pas que l’on a dit d’elles que, quand on leur disait : « Il faut aller en tel lieu », elles étaient toutes prêtes, à quelque heure que ce fût? Souvenez-vous, mes sœurs. Voilà le chemin frayé. Peut-être est-ce leur bon exemple et le mérite de leur confiance qui fait mettre la Compagnie en l’estime qu’elle est. Oue nous serions misérables si, après ceci, nous n’avions grande confiance en la Providence! Résolvez-vous, dès ce moment, de vous y abandonner. Dites à Dieu : « Ah ! Seigneur, je désire de tout mon cœur me confier en votre bonté; mais serai-je bien si misérable que de contrevenir à vos ordres ! A.ssistez-moi de vos grâces, afin que je ne dise jamais : je ne veux pas aller en ce lieu-là. Mourir plutôt, mon Dieu, que ne pas obéir. Et où me cacherai-je, si je fais ce trait de lâ-
cheté ! Mourir plutôt, Seigneur! J’aime mieux mourir aujourd’hui si demain je dois commettre cette faute. »
Mes filles, voilà la disposition que Dieu demande de vous pour accomplir son œuvre. Estimez-vous bienheureuses qu’il daigne se servir de vous; estimez-vous indignes que Dieu vous ait appelées en cette Compagnie, et dites que ces âmes bienheureuses qui sont au ciel ont obtenu de Dieu tant de bénédictions sur la Compagnie, puisque ce n’est pas vous qui l’avez mise en telle estime. Consolez-vous, mes filles, d’être choisies de Dieu pour le servir en sorte que vous pouvez vous considérer comme ses épouses.
Sauveur de mon âme, qui avez appelé ces pauvres filles...
Une sœur, interrompant sa charité, demanda pardon. A laquelle il dit :
Oh bien! ma fille, je joins ma prière à la vôtre, suppliant Notre-Seigneur qu’il vous mette et toutes nos sœurs dans la disposition qu’il faut pour les emplois que sa bonté leur donnera. Je le prie derechef qu’il ne permette pas qu’aucune s’en retourne sans une forte résolution de s’abandonner à la Providence de Dieu. C’est la prière que je fais à Notre-Seigneur.
Sauveur de mon âme, accordez à nos sœurs cette grâce par la soumission que vous avez eue aux ordres de votre Père et par la soumission que vous avez donnée à nos sœurs; accordez cela par l’amour de la soumission de la sainte V ierge ; accordez cette grâce qu^’ nous ne tenions à rien, par cette conformité que vous avez, toujours eue à la volonté de Dieu votre Père.