‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 5)Chapitre 162 sur 314 · DE MONTMIRAIL · texte numérisé non relu

DE MONTMIRAIL

Jésus, Maria

Office du sieur recteur de V association de la Charité

L’office du sieur recteur de l’association de la Charité est de veiller au bien et avancement de l’association.

Les servantes des pauvres étant assemblées le troisième dimanche de chaque mois, à huit heures du matin, ledit sieur recteur dira la messe et communiera celles qui le désireront en la chapelle de l’association, décemment parée et ornée de fleurs, que chacune d’elles fournira à son tour; et à une heure après-midi, il leur fera quelque brève exhortation, ou donnera ordre quelle leur soit faite par personne spirituelle, tendante spécia-

2. Suivent les noms de trente-deux membres de la Charité. Document 130. — Arch. de l’hospice de Montmirail, original.

lement à imprimer dans leur cœur l’esprit de la vraie et solide dévotion. Après laquelle exhortation, il fera chanter les litanies de Notre- Seigneur ou de la Vierge, et puis conférera succinctement et en peu de paroles avec les officières, en la même chapelle, de ce qui sera à faire pour le bien de ladite association.

Ledit sieur recteur se comportera prudemment envers les servantes des pauvres, tâchant aux rencontres d’échauffer les tièdes et avancer les ferventes, prenant garde surtout que l’envie et l’émulation, très dangereuse peste spirituelle, ne se glissent parmi elles, et les invitant, autant qu’il lui sera possible, à s’entr’affectionner les unes les autres, comme Notre-Seigneur Jésus a aimé la sainte Eglise, son épouse.

Il recevra les pauvres malades au soin de l’association par l’avis de la prieure et l’assistante, ou l’une d’icelles, sans y en admettre aucun qui ait moyen de se subvenir, et congédiera aussi, par avis desdites officières, ceux auxquels Dieu aura miséricordieusement renvoyé la santé, les ayant préalablement exhortés de mener meilleure vie le reste de leurs jours.

Il aura soin que toutes nécessités spirituelles et corporelles soient charitablement administrées aux pauvres malades conformément à l’institut de l’association; et les visitera de deux en deux jours, sa commodité le permettant.

Il videra les troncs de l’église et boîtes des hôtelleries le troisième dimanche du mois avec la prieure et l’assistante, et il tiendra un registre de ce qui s’y trouvera, et la trésorière ou première assistante un autre, comme aussi -de ce qui se quêtera ès paroisse les dimanches et fêtes. Il comptera avec le boucher, boulanger et tavermer, tous les mois, en la présence de ladite prieure et assistante.

Si quelqu’un lègue quelque meuble à l’association, il le fera retirer et mettre ès mains de la garde des meubles ; et si quelque immeuble, il fera élire un procureur pour l’administrer au désir du susdit règlement général de l’association. Et généralement il aura soin de faire observer de point en point tous les articles contenus dans ledit règlement général; ce quoi faisant pour l’amour de Jésus et de sa sainte Mère, il doit espérer une très grande récompense au jour du jugement, comme celui qui aura accompli ce dont Dieu lui fera rendre compte.

Jésus, Maria Office de la prieure

L’office de la prieure sera de moyenner l’avancement spirituel et temporel par l’avis du sieur recteur et des deux assistantes.

Elle se représentera souvent que la charge de prieure l’oblige à montrer le chemin de la perfection aux autres par ses bons exemples, et essayera surtout de conserver l’esprit d’union et charité entre elles, et d’étouffer dès la naissance les petites rixes, émulations et jalousies qui ne se glissent que trop souvent ès plus saintes Compagnies.

Elle recevra les malades vraiment pauvres au soin de l’association, et congédiera ceux qui seront guéris, par l’avis du sieur recteur et des deux assistantes, ou l’une d’icelles. Incontinent qu’elle aura reçu quelque pauvre malade, elle le fera savoir à celle qui sera en jour, afin qu’elle le fasse reblanchir, confesser et communier, et porter les petits meubles qu’on baille à chaque malade.

Elle fera quêter les dimanches et fêtes en la paroisse, ordonnera que chaque servante serve son jour selon l’ordre, et visitera de trois jours en trois jours les malades

pour voir si quelque chose leur manque, afin d’y pourvoir par l’avis des susdits.

Quand quelque servante sera malade, elle fera continuer l’ordre par celle qui la suit; soit que quelqu’une soit aux champs, ou qu’elle ne puisse être au jour de son service, elle la chargera de prier quelque sienne voisine de faire pour elle et de leur en venir dire le nom. Elle écrira les ordonnances qu’elle fera à la trésor ière d’acheter soit meubles ou provisions pour les malades au-dessus de cinq sous; avertira l’assistante qui gardera l’argent de faire provision de sucre, confitures, pruneaux, orge, poules, et autres menues provisions nécessaires aux malades; tiendra la main à oe que l’on donne des bouillons trois ou quatre fois le jour, des œufs frais, de la panade, de l’orge mondé à ceux qui sont si débiles, affaiblis et dégoûtés qu’ils ne peuvent manger de la viande solide; priera le médecin, apothicaire, chirurgien, de voir les malades qui en auront besoin. Elle fera ensevelir les morts aux dépens de l’association.

Elle visitera et fera visiter les servantes des pauvres malades avec la même charité que si elles étaient ses propres [sœurs] ; donnera ordre que toutes les servantes des pauvres assistent en corps à l’ enterrement des défunts, tenant chacune un cierge en main, fera célébrer une messe pour chaque défunte le lendemain ou deux jours après son enterrement au plus tard; et généralement aura soin de faire observer, autant qu’il lui sera possible, le règlement de l’association, pour l’amour de Notre-Seigneur Jésus, en la bonté duquel elle doit espérer d’entendre en récompense, au jour du jugement, ces miséricordieuses et très douces paroles : « Venez, possédez le royaume que mon Père vous a préparé, pource qu’ayant été malade vous m’avez visité et administré toutes mes nécessités. »

Jésus, Maria

Office de la 'première assistante ou trésoriere

L’office de la première assistante ou trésoriere sera de servir de conseil à la prieure, exercer la charge en son absence, recevoir, garder et employer l’argent des pauvres selon l’ordonnance qui lui en sera faite par la prieure, excepté au-dessous de cinq sous, qu’elle pourra employer par elle-même, selon les nécessités qui se présenteront.

Elle aura un livre de recette et un autre de mise, dans lesquels elle écrira ce qu’elle recevra et emploiera, pour en rendre compte tous les ans, selon qu’il est porté sur le règlement de l’association.

Elle gardera les papiers et les titres de l’association dans un coffre qu’elle aura à cet effet, auquel il y aura deux clefs diverses, dont l’une sera gardée par elle et l’autre par la prieure.

Elle fera les provisions pour les malades, selon l’avis de la prieure, et les gardera pour les employer au besoin, comme confiture, orge, pruneaux, quelques poules pour avoir des œufs frais, et autres menues nécessités pour les malades; se trouvera à l’ouverture des troncs et boîtes avec son livre de recette, pour recevoir et se charger de l’argent qui s’y trouvera ; et généralement observera tout ce qui est porté par le règlement de l'association ; moyennant quoi elle doit espérer que notre bon Jésus la reconnaîtra, au jour du jugement, pour être de celles qui l’ont visité et assisté malade, et par conséquent qu’il lui donnera le royaume qui a été préparé par le Père éternel à ceux qui ont pratiqué les œuvres de miséricorde.

Jésus, Maria

Office de la seconde assistante

L’office de la seconde assistante sera de servir de conseil à la prieure, et de faire toutes ses fonctions et celles de la première assistante en leur absence. Elle gardera les meubles et ustensiles de l’association pour en fournir lors et comme il lui sera ordonné par la prieure. Elle fera blanchir et raccoutrera le linge, donnera avis à la prieure d’en acheter, lorsqu’il en sera besoin. Elle recevra lesdits meubles par inventaire et les rendra de même lorsqu’elle sortira de charge, aura un coffre en sa maison pour la garde des meubles. S’il fallait quelque linceul pour ensevelir les morts, elle en donnera, ou en demandera en aumône pour l’amour de Dieu, qui sera rétributeur de ses travaux au jour du jugement.

Jésus, Maria

Ce que chaque servante des pauvres doit faire

en particulier

Elles doivent spécialement viser à acquérir le vrai esprit de charité et de miséricorde. Pour y parvenir, elles observeront exactement et sans intermission les règlements de leur association, se confessant et communiant du moins aux fêtes de Notre-Seigneur et de la Vierge, sa très sainte Mère. Et si quelqu’une, portée d’une sainte ferveur, pratique cette même dévotion aux jours quelles se doivent assembler en corps en la chapelle à ce destinée, elle peut d’autant plutôt espérer le don de ces saintes et précieuses vertus de la libérale main de Celui qui ne dénie point ce qui lui est humblement demande.

Elles considéreront souvent que, pour être bonnes servantes des pauvres, il les faut spirituellement et corpo-

poreillement assister et avoir tendre compassion de leur misère, et qu’à œ dessein elles ont eu le bien d'être admises en l’association. Elles prieront Dieu pour leur recteur, aimeront et honoreront leur prieure, et respecteront les deux assistantes, estimant ces personnes avoir été choisies de Dieu pour la conduite de son œuvre.

Le troisième dimanche du mois, c’est le jour de leur assemblée. Elles tiendront un cierge allumé pendant les litanies qui se diront en leur chapelle, et feront le même, assistant le Saint Sacrement, lorsqu'on le portera à quelque servante des pauvres malades, et allant à l’enterrement de celles qui seront décédées.

Le matin du jour auquel elles doivent servir les pauvres malades, elles prieront Dieu qu’il leur fasse la grâce de se comporter en cette action avec douceur, humilité et vraie charité, et surtout de pouvoir profiter aux âmes des pauvres malades; puis, ayant accommodé leur dîner, elles leur porteront, sur les neuf heures, le potage et la chair dans un pot, le pain dans une serviette blanche, et le vin dans une bouteille, pratiquant le même pour le souper, environ sur les quatre heures du soir.

Entrant chez un malade, elles le salueront amiablement; puis, s’approchant de son lit avec une face modestement gaie, l’inviteront à dîner, lui hausseront le chevet, accommoderont la couverture, mettront la tablette, la serviette, l’assiette, la cuillère, rinceront la gondole, tremperont le potage, mettront la chair dans le petit plat, feront dire la bénédiction au malade et prendre le potage, lui couperont la chair en morceaux, le feront manger, lui disant quelque petit mot saintement joyeux et consolât if a dessein de le réjouir, lui verseront à boire, le convieront derechef à manger; et finalement, lorsqu’il aura achevé de dîner, ayant lavé la vaisselle, plié

la serviette et ôté la tablette, elles feront dire grâces au malade, et à l’instant prendront congé de lui pour s’en aller servir un autre.

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