RÈGLEMENT D UNE CHARITÉ MIXTE
Jésus, Maria
Règleme?ît de la C ompagnie de la Charité
La Compagnie de la Charité sera instituée en la ville de ... pour assister corporellement et spirituellement les pauvres de ladite ville et des villages dépendants d’icelle : spirituellement, en leur faisant enseigner la doctrine et la piété chrétienne; et corporellement, en faisant apprendre des métiers et gagner leur vie à ceux qui pourront travailler, et donnant moyen de vivre aux autres. C’est aussi pour assister les pauvres malades de ladite ville, selon l’ordre de l’association de la Charité
Document 136. — Arch. de la Mission, ancienne copie.
établie audit M... 1, qui sera, par ce moyen, unie à ladite Compagnie; en façon néanmoins que, pour éviter la confusion, le ministère sera divisé : le soin des sains appartenant aux hommes, et celui des malades et de tout ce qui en dépend, aux femmes, sans que les officiers de ladite Compagnie commis à cela puissent prendre aucune connaissance de ce qui dépend de ladite association, la direction temporelle de laquelle appartient et appartiendra au recteur et officiers de ladite association, comme il a fait jusques à maintenant, selon les règlements ci-dessous transcrits; ladite union n’étant que pour avoir même patron et mêmes exercices spirituels, les premiers dimanches du mois, suivant le règlement de ladite association ci-dessous transcrit ; accomplissant en cela le commandement que Dieu nous fait au quinzième [chapitre] du Deutéronome, de faire en sorte que nous n’ayons point de pauvres qui mendient, entre nous; et le désir qu’il a, que nous nous entr’aimions et procurions le salut spirituel et corporel les uns des autres, comme son Fils Jésus nous a aimés, et procuré incessamment le notre.
Du patron
Le patron de cette Compagnie sera Notre-Seigneur Jésus, qui est la charité même.
Des personnes dont elle sera composée
Elle sera composée d’hommes et de femmes, qui seront de vertu et probité connus, qui se nommeront serviteurs et servantes des pauvres, dont celles-ci ne seront reçues que du consentement de leurs maris, pères et
i. Probablement Mâcon.
mères , et, pour éviter à confusion, seront réduits et les uns et les autres à un certain nombre.
Des offices , et premièrement du commandeur
Il s’élira premièrement un commandeur, qui présidera ès assemblées avec monsieur le curé, lesquels procureront ensemble que le présent règlement et les ordonnances qui se feront ès assemblées, s’observent et exécutent avec fidélité, charité et diligence.
Des assistants on conseillers
L’on élira en outre deux de la Compagnie pour êtreconseillers desdits sieurs prieur curé et commandeur, l’un desquels représentera ledit sieur commandeur en son absence et fera son office.
Du trésorier
La Compagnie élira aussi un trésorier, qui recevra et gardera l’argent de ladite Compagnie, et l’emploiera selon l'ordonnance d’icelle, et en rendra compte tous les ans ; et de plus il écrira les résolutions de ladite Compagnie dans un registre qu’il gardera à cet effet.
Du visiteur.
L’on élira finalement uin visiteur, lequel aura soin de s’informer des pauvres honteux, veuves, orphelins, des pauvres prisonniers civils et criminels et de toutes autres personnes affligées, pour les visiter et consoler, et pour les secourir, selon que le cas le requerra et que rassemblée l’ordonnera; il aura soin, en outre, de faire en sorte que tous les pauvres aillent au catéchisme deux fois la semaine, et se confessent et communient les premiers dimanches des mois.
De V élection desdits officiers
Lesdits officiers seront élus par ladite Compagnie à la pluralité des voix, et seront en charge deux ans seulement.
Du devoir des serviteurs des pauvres
Les serviteurs des pauvres visiteront, chacun leur jour, par ordre, la manufacture dressée en faveur des pauvres; tiendront la main à ce que les pauvres fassent leur devoir et que toutes choses aillent selon le règlement, avertissant lesdits sieurs prieur et commandeur de ce qu’il y faudra, afin qu’ils y mettent ordre; quêteront les dimanches et fêtes, chacun à leur tour, et pratiqueront les exercices spirituels ci-dessous contenus.
De la maniéré de pourvoir aux nécessités des pauvres et leur faire gagner leur vie
Tous les pauvres... sont ou petits enfants de quatre à sept ou huit ans, ou petits garçons de huit à quinze ou vingt ans, ou d’âge parfait, mais impotents ou vieux, qui ne peuvent gagner qu’une partie de leur vie, ou décrépits, qui ne peuvent rien faire. L’on donnera aux petits enfants, aux impotents et aux décrépits ce qu’il leur faudra pour vivre par semaine; à ceux qui gagneront une partie de leur vie, la Compagnie leur donnera l'autre; et pour les jeunes garçons, l’on les mettra à quelque petit métier, comme de tisserand, qui ne coûte que trois ou quatre écus pour chaque apprenti ; ou bien l’on dressera une manufacture de quelque ouvrage facile, comme de bas d’estame, comme s’ensuit.
De la 7nanuf actur e
L’on assemblera tous les jeunes garçons en une maison de louage propre, où l’on les fera vivre et travail-
1er sous la direction d’un ecclésiastique et la conduite d’un maître ouvrier, selon le présent règlement.
L'office de V ecclésiastique de la manufacture
L’office de l’ecdlési astique sera d’enseigner aux apprentis et tous les autres pauvres la doctrine et piété chrétienne, savoir, les jours de fête, après vêpres, à l’église, et, le marda et vendredi, à la manufacture, à une heure après midi ; à quoi il vaquera une demi-heure ou environ; de conduire lesdits apprentis avec ordre, deux à deux, à la messe et à vêpres, les fêtes et dimanches, et, le samedi et veilles des grandes fêtes, à vêpres seulement, et les ramener de même; faire confesser et commuinier tant lesdits apprentis, que les autres pauvres de l’aumône, tous les premiers dimanches des mois et fêtes solennelles; et d’assister au dîner et souper desdits apprentis, sans qu’il lui soit loisible d’aller aux champs, ni de recevoir aucun pauvre à ladite manufacture, que du consentement des officiers de la Charité.
Du devoir du maître ouvrier de la manufacture
Le devoir du maître ouvrier sera d’enseigner son métier aux enfants que les officiers de la Charité mettront à la manufacture, selon l’ordre ci-contenu, sans qu’il lui soit loisible de prendre, ni de renvoyer aucun apprenti pour raison que ce soit, que de l’ordonnance desdits officiers de la Charité, auxquels appartient l’entière direction de la manufacture.
Des apprentis de la manufacture
Les pauvres apprentis, avec leurs pères et mères, s’obligeront de parole, avec serment, d’enseigner gratis leur métier aux pauvres enfants de la ville qui viendront ci-après, lorsque les officiers de ladite Charité
leur ordonneront, à la charge que lesdits apprentis qu’ils enseigneront seront nourris par ladite Compagnie.
Emploi de la journée de la manufacture
Lesdits pauvres se lèveront à quatre heures du matin, seront habillés à quatre heures et demie, prieront Dieu jusques à cinq, travailleront jusques à ce que la première messe sonne, 'laquelle ris iront entendre par ordre deux à deux, retourneront de même, déjeuneront à huit heures, dîneront avec silence et lecture à midi, goûteront à trois heures et demie, souperont à sept, se récréeront jusques à sept trois-quarts, feront leurs prières et l’examen de conscience, et après se coucheront à huit heures.
De V exercice du premier dimanche des mois
Lesdits serviteurs et servantes des pauvres, pour s’acquérir de plus en plus le vrai esprit de charité, se trouveront, les premiers dimanches des mois, en La chapelle de la Charité, pour entendre la sainte messe qui s’y dira pour ladite Compagnie incontinent après Laudes, se confesseront et communieront, si leurs affaires leur permettent, et assisteront apres vepres aux litanies de Jésus ou de la Vierge, avec un cierge allumé à la main, et entendront l’exhortation qui se fera; puis les officiers traiteront ensemble des besoins spirituels et temporels des pauvres et de la manufacture, faisant chacun d’iceux rapport de ce qu’il aura fait à raison de son office, et consulteront tous ensemble des moyens d’y pourvoir, à la pluralité des voix, qui seront colligéçs par ledit sieur prieur curé, ou, en son absence, par le commandeur, sans qu’il soit loisible a pas un, après qu’il aura donné sa voix, de disputer contre les autres qui auront été d’avis contraire.
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De V exercice de chaque jour et de la charité mutuelle des serviteurs et des servantes des pauvres
Pour honorer Notre-Seigneur Jésus et sa sainte Mère et pour obtenir leurs bénédictions sur l’œuvre, ils diront chaque jour cinq fois le Pater noster et cinq fois l’Ave M aria , et de plus, pour nourrir un amour mutuel et conserver 1 esprit de Jésus entre eux, ils se visiteront malades, se conforteront affligés, s’assisteront à l’administration des saints sacrements et à l’enterrement. Et se dira un service pour chaque serviteur et servante des pauvres qui viendra à décéder, le tout néanmoins sans obligation à péché mortel ni véniel.
Du moyen d’entretenir cette défense
L’entretien de cette dépense est fondé partie sur le revenu annuel de l’hôpital, partie sur les quêtes que les serviteurs des pauvres font es églises les fêtes et dimanches, chacun a son tour, et partie sur les troncs qu on met aux hôtelleries, où les hôtesses font la charité de demander quelque chose à ceux qui vont chez elles. Quoi que ce soit, la bonté de Dieu y a pourvu si bien juisques à maintenant, que rien n’a manqué à l’entretien de l’œuvre; de quoi il est digne qu’on lui rende grâce et qu on le loue es siècles des siècles, puisque, par ce moyen, 1 on accomplit le désir qu’il a que nous ayons soin des pauvres, que les riches s’acquièrent un million de bénédictions en ce monde et la vie éternelle en l’autre, que les pauvres sont instruits à la crainte de Dieu, enseignés à gagner leur vie et assistés en leurs nécessites, et que finalement les villes seront délivrées de plusieurs fainéants, tous vicieux, et méliorées par ^e commerce des ouvrages des pauvres.