‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 5)Chapitre 175 sur 314 · CHARITÉ DE FEMMES D’ARGENTEUIL · texte numérisé non relu

CHARITÉ DE FEMMES D’ARGENTEUIL

A Monseigneur Monseigneur l’Illustrissime et Révérendissime archevêque de Paris, ou Monsieur son grand vicaire.

Supplie humblement Messire Pierre Biaise, prêtre, bachelier en droit canon, curé d'Argenteuil, disant qu’ayant su les grands biens qui arrivent à l'établissement de la Charité des pauvres malades aux lieux où elle est établie, désirerait la faire établir en la paroisse dudit Argenteuâl, selon les règlements ci-dessous, et, ce considéré, Monseigneur, il vous plaise permettre l’établissement de .ladite confrérie audit Argenteuil et d’approuver lésait s règlements et de commettre Maître Vincent de Paul, supérieur de la congrégation des prêtres de la Mission, pour former ledit établissement; et ledit suppliant et ses paroissiens prieront Dieu pour votre heureuse et longue vie.

Ve la fin pour laquelle la confrérie sera instituée

La confrérie de la Charité sera établie en l'église paroissiale dudit Argenteuil pour honorer Notre-Seigneur Jésus, patron d’icelle, et sa sainte Mère et pour assister les pauvres malades dudit Argenteuil spirituellement et corporellement : spirituellement, en procurant que ceux qui mourront partent de ce monde en bon état et que ceux qui survivront fassent résolution de ne jamais plus à l’avenir offenser Dieu; et corporellement, en leur administrant ce qu’il faudra pour leur nourriture; finalement pour accomplir l’ardent désir qu’a Notre-Seigneur que nous nous aimions les uns les autres.

Document 142. — Doc. signé. — Arch. de l’hospice d’Argenteuil (Seine-et-Oise), original.

Du patron

Le patron de la confrérie sera Notre- Seigneur Jésus- Christ.

De quelles personnes elle sera composée

Elle sera composée d’un certain nombre d’honnêtes et pieuses femmes et filles, dont celles-là ne seront admises que du consentement de leurs maris, et celles-ci de celui de leurs pères et mères, lesquelles seront appelées servantes des pauvres , et d’un honnête habitant, qui sera leur procureur.

Des officiéres

Les servantes des pauvres en éliront trois d’entr’elies, qui auront la direction de ladite confrérie, avec l’avis de M. le curé et celui dudit procureur, dont l’une desdites directrices ou offfcières sera prieure, une autre première assistante, et l’autre seconde.

De la supérieure

La supérieure fera son possible pour que le présent règlement s’observe en toutes ses parties, que chacune des servantes des pauvres fasse son devoir, que les pauvres soient bien assistés, et elle procurera l’augmentation du revenu de ladite confrérie, gardera une des clefs du coffre où se tiendra l’argent, et renverra les pauvres malades au soin de ladite confrérie, après avoir été confessés et communiés.

De la première assistante

La première assistante servira de conseil à la prieure, gardera l’argent du courant de la dépense et l’une des clefs du coffre, dans lequel le surplus de l’argent sera gardé, et en rendra compte tous les ans le jour de saint Louis.

De la seconde assistante

La seconde assistante servira aussi de conseil à la prieure, gardera les meubles de ladite Charité et reblanchira le linge.

Du devoir de chaque servante des 'pauvres

Elles regarderont les pauvres malades comme leurs enfants desquels Dieu les a constituées mères, les serviront de la manière ci-dessous, chacune leur jour, quêteront tour à tour les dimanches à T église, assisteront à la messe de ladite confrérie, qu’elles feront dire les premiers dimanches du mois aux dépens de ladite confrérie, et aux litanies qui se chanteront les susdits dimanches après vêpres; et celles qui pourront le faire commodément se confesseront lesdits premiers dimanches du mois, diront le chapelet trois fois à la mort de chaque servante des pauvres et une fois pour chaque pauvre qui mourra et qu’elles auront assisté, une fois le Pater et Y Ave, le matin et le soir, pour la conservation spirituelle et temporelle de ladite confrérie et pour ceux qui lui feront du bien.

De la maniéré que les servantes des pauvres tiendront pour servir lesdits malades

Elles serviront lesdits pauvres malades chacune leur jour, comme dit est, de façon que celle qui sera de jour ira prendre la chair chez le boucher, le pain chez le boulanger et le vin à l’hôtellerie, avec des tailles, sur lesquelles elle fera marquer ce qu’elle prendra. Elle apprêtera le dîner, le portera aux malades, les fera dîner à neuf heures du matin, et fera de même pour le souper environ cinq heures du soir. Et celle-ci ayant fait sa journée, elle avertira celle qui doit la suivre comme quoi

c’est à elle de servir les malades le lendemain, lui baillera les tailles et lui dira le nombre et l’état des malades.

De la maniéré de nourrir les malades

Chaque malade aura quatre ou cinq onces de chair de mouton ou de veau pour chaque repas, autant de pam qu’il en pourra raisonnablement manger et un demi-setier de vin, mesure de Paris. Aux jours maigres, au lieu de chair il aura deux œufs pour chaque repas.

De la charité mutuelle entf elles

Elles s’entre-chériront comme des sœurs qui font profession d’honorer Notre-Seigneur en même esprit, en la vertu qu’il a plus parfaitement pratiquée et plus affectionnée et recommandée, qui est celle de la charité, et, à cet effet, elles s’entre-visiteront et s’entr’aideront, saines et malades, prieront les unes pour les autres, notamment au temps de maladie et à la mort, comme dit est; bref feront tout leur possible à ce qu'elles partent de ce monde en bon état et feront dire deux services pour celles qui décéderont là, le tout néanmoins sans obligation à péché mortel, ni véniel.

De V élection des officiéres et du compte de la irésoriére

L’élection des ofhcières et de leur prieure se fera de deux ans en deux ans, le jour suivant saint Louis, par les servantes des pauvres, à la pluralité des voix; et les comptes se rendront le même jour, en la présence dudit sieur curé et de chacune, en la chapelle de ladite Charité, et sera tenue la trésorière de remettre entre les mains de celle qui lui succède l’argent qu’elle a de reste en même temps; et’la seconde assistante sera également tenue de bailler aussi en même temps les meubles à celle qui la suit.

Nous, Jean-François de Gondy, archevêque de Paris, conseiller du roi en son conseil d’Etat et prince et grand maître de sa chapelle, après avoir vu la requête et les règlements de la confrérie de la Charité ci-dessus, avons approuvé et approuvons lesdits règlements, et permis au sieur Vincent de Paul, ou autre prêtre de la susdite Mission d’établir ladite confrérie de ladite Charité en la paroisse d’Argenteuil, à la charge que les exercices qui devront se pratiquer les premiers dimanches du mois se feront hors le temps auquel on a accoutumé de faire le divin service de paroisse; et nous avons donné de plus quarante jours d’indulgence, le premier dimanche de chaque mois, à ceux qui entreront dans ladite confrérie.

Fait à Paris, le 17e jour de mars mil six cent trentequatre.

D. E. GÉRARD, vicaire général.

ÉTABLISSEMENT DE LA CONFRÉRIE

Nous, Vincent Depaul, prêtre, supérieur des prêtres de la congrégation de la Mission, faisons foi à tous ceux qu il appartiendra qu’en vertu de la permission ci-dessus de Monseigneur l’Illustrissime et Révérendissirne archevêque de Paris, par laquelle nous avons été commis pour l’etablissement de la confrérie de la Charité en 1 église d’Argenteuil, nous, de l’autorité susdite, le peuple étant assemblé, après leur avoir fait entendre en quoi consiste ladite confrérie et reçu les noms des ci-dessous nommes et signés, qui ont déclaré désirer être associés à ladite confrérie, avons icelle établie et établissons audit Argenteuil ; et, ce^fait, avons procédé à l’élection des ofhcières et d’un procureur; et ont été nommées officieres, a la pluralité des voix, savoir : dame Louise Imard, femme de M. jean Dubois, mar-

chand drapier, pour supérieure; Anne Féron, femme de Macé, marchand boucher, pour trésorière; Marguerite Labilon, veuve d’Antoine David, pour garde des meubles; et ledit Macé, boucher, pour procureur.

Fait audit Argenteuil le jour de saint Barthélemy, vingt-quatre août mil six cent trente-quatre.

Vincent Depaul.

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