CHARITÉ DE FEMMES DE LA PAROISSE SAINT-SAUVEUR A PARIS
L’ordre de la confrérie instituée en l’église Saint- Sauveur par monsieur le curé dudit lieu pour la visite des pauvres malades de ladite paroisse.
Avant que les dames y aillent, le médecin, qui est Monsieur Lévesque, médecin de la Faculté de Paris, les va voir et leur ordonne ce qui leur est nécessaire, tant pour médecines que saignées, et l’on porte lesdites ordonnances à la supérieure pour les signer et admettre lesdites malades à la confrérie, si elle reconnaît, par la recherche prompte qu’elle en fait, qu’ils soient de la qualité requise :
Qui est qu’.il y ait trois mois au moins qu’ils demeurent en ladite paroisse, et que ce ne soit point une maladie trop longue, pouirce qu’il y en a qui durent quelquefois des sept ou huit mois et plus; qui causerait, pour la longueur du mal, que l’on n’en pourrait pas solliciter plusieurs autres.
Document 139. — Doc. autog. — Arch. de la Mission, original.
Ledit médecin envoie par écrit à ladite supérieure certificat si les dames y peuvent aller sans hasard ; ou, s’il n’en a encore su avoir la connaissance, à cause qu’il y a des maux cachés, il donne un autre billet pour leur envoyer nourriture, telle qu’il juge être nécessaire.
Et tout ce afin que les dames ne se mettent en hasard et que ladite confrérie subsiste pour toujours.
L’homme d’église qui fait cette charité, il est nécessaire qu’il voie lesdits malades tous les jours, pource qu’il arrive beaucoup d’accidents aux malades.
L’on élit trois dames pour avoir le soin de ladite confrérie, que l’on nomme la supérieure, la trésorière et la garde des meubles de ladite confrérie.
Cette élection [est] faite par les voix de plusieurs personnes assemblées pour l’institution de ladite confrérie, auxquelles on donne à chacune leur charge.
La supérieure a la charge de voir les malades qu’elle peut aller voir par l’ordonnance du médecin. Elle les doit visiter deux fois la semaine, avec une de ses compagnes, et n’y doivent point aller seules, ni avant que manger.
La trésorière garde l’argent.
Et pour ce faire, l’on quête tous les dimanches par l’église [pour] les pauvres malades du lieu, laquelle quête est faite par les femmes et non par les filles.
Les dames supérieures ne peuvent rien faire sans le conseil l’une de l’autre.
La garde des meubles aura soin des matelas, draps, couvertures, chemises et autres ustensiles nécessaires aux malades, pource que cela est grandement nécessaire qu’il y ait une garde des meubles.
L’on pouvait dire, avant qu'une confrérie de la Charité soit érigée : « Nous n’avons point de meubles pour les pauvres » ; mais, quand on fait l’assemblée, après l’élection l’on demande à toutes les dames qui se sont
fait enregistrer pour icelle ce qu’elles veulent donner. L’une dira : « Je donne deux, trois draps », et les autres « Des chemises » ; et ainsi se suivent, et en même temps on l’écrit, de crainte d’en perdre la connaissance, et, en ce faisant, on s’ameuble pour les pauvres malades.
Et lesdits meubles, la dame qui garde iceux se donne la peine, pour l’amour de Dieu, d’avoir soin de les prêter auxdits malades, et les retire, à ce qu’il n’y ait rien de perdu.
Les dames d’icelle confrérie doivent avoir la charité de se visiter l’une l’autre pendant qu’elles sont malades ou affligées, et s’assister à leur mort, et faire dire une messe l’une pour l’autre après le décès, et communier à son intention.
140. — FIN D’UN RÈGLEMENT DE LA CHARITÉ DE LA PAROISSE SAINT-SAUVEUR A PARIS
...Pour ce, il est nécessaire de faire marcher à l’apothicaire pour les lavements et médecines, ensemble au chirurgien pour les saignées, cautères et ventouses.
Et quand la trésorière les paye, qui est de mois en mois, elle doit recevoir les billets signés du médecin et de la supérieure.
Pour le boucher, boulanger et tavernier, il est besoin aussi de faire prix arrêté, pour toute l’année, de la livre de veau et de mouton, de la douzaine de pains et de la pinte de vin.
Document 140. — Doc. autog. — Arch. de la Mission, original. Nous n’avons plus le premier ou les premiers feuillets de ce document. Au dos M. Portail a écrit : « Instruction pour la confrérie de la paroisse Saint-Sauveur de Paris. » A la suite, une autre main a ajouté : « Ce titre est de la main de M. Portail. Ecrite toute de la main de Vincent de Paul, qui écrivait comme cela quand il était âgé de 3o à 40 ans. »
Pour la règle de la visite des pauvres et pour la confrérie instituée et les dames enrôlées, elles iront par l’obéissance de leur supérieure.
Il y en a qui font faire la visite par l’ordre du pain bénit Cette visite se doit faire tous les jours deux fois, qui est de leur porter à dîner et à souper, aux dépens de ladite confrérie, et les faire manger soi-même sans s’attendre à personne.
Les trois supérieures commenceront, le premier jour de cet Institut, à faire le pot au feu; et visiteront deux dames ensemblement ; l’une fera le pot un jour, et ensuite l’une après l’autre.
Pour chaque soldat, ils lui donneront deux ou trois bouillons, dix onces de viande, qui est veau et mouton, un pain, selon la prudence de ceux qui les visiteront, pource que l’on ne saurait dire aisément cela, car il y a des malades à qui il n’en faut point pour n’en pouvoir manger. Ceux qui ne peuvent manger de viande, on leur donne des œufs.
Pour le vin, on en donne demi-setier à chaque malade pour sa journée, pourvu que le médecin le trouve à propos.
Il faut prendre le pain, le vin et la viande à la taille,, et on le trouve bon.
Pour les jours maigres, on leur donne un potage aux herbes, trois œufs, un petit morceau de beurre et deux pommes pour ceux qui font maigre.
Quant à la visite des pauvres malades, elle est très utile pour leur salut et pour le nôtre, car, en cette visite, l’on peut instruire les pères, mères et leurs enfants et savoir bien de leurs nouvelles, qui est propre à leur conversion, et les inciter à se confesser et communier de mois en mois, à vivre en paix en leur famille, et les instruire en chrétiens.
Pour la supérieure, elle doit remarquer quand les ma-
lades sont, capables d’être ôtés de Ladite visite, et, deux ou trois jours auparavant elle les doit avertir que l’on les congédiera et qu’ils louent Dieu de ce qu’il leur a donné La santé, qu’ils ne passent point de temps en péché et qu’ils se relèvent promptement par une sainte confession.
141. — RÈGLEMENT DE LA CHARITÉ DE FEMMES DE LA PAROISSE SAINT-NICOLAS-DU-CHARDONNET A PARIS
La Compagnie des femmes de la Charité de Saint- Nicolas-du-Chardon;net sera instituée en la paroisse de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, unie à la confrérie du très Saint Sacrement, pour honorer Notre-Seigneur Jésus-Christ, patron d’icelle, et sa sainte Mère, pour assister les pauvres de la paroisse : spirituellement, en procurant que ceux qui tendent à la mort partent de ce monde en bon état, que ceux qui guériront fassent résolution de ne plus offenser Dieu; et corporellement, en leur administrant la nourriture et les médicaments.
Ladite Compagnie sera composée d’un nombre limité de femmes et de filles, lesquelles en éliront trois d’entre elles, à la pluralité des voix, qui seront colligées par M. le curé, dont l’une sera supérieure, l’autre trésorière et l’autre garde des meubles. Et oes trois auront l’entière direction de la Compagnie, avec M. le curé et un pieux paroissien par lui nommé. Et lesdites officières, lesquelles seront dix-huit mois en charge, en sortiront les unes après les autres le lendemain de (la saint Jean et du premier jour de l’an; auxquels jours il sera pro-
Document 141. — Bibliot. Ste-Geneviève, ms. 710, f° 7 et suiv.,. copie. Le règlement semble des débuts de la confrérie de Saint-Nicolas- (i63o)„:
cédé à nouvelle élection, à commencer par la garde des meubles, puis la trésorière et, après, la supérieure, lesquelles pourtant pourront être continuées le même temps de dix-huit mois, pour une fois seulement, s’il est jugé à propos.
La supérieure prendra garde à ce que le présent règlement s’observe, que chacune de ladite Compagnie fasse bien son devoir, recevra au soin d’icelle les pauvres malades, aura soin qu’ils se confessent et communient promptement et qu’ils soient assistés à l’heure de la mort, tant que faire se pourra, par un ecclésiastique, et les congédiera, de l’avis des autres ofhcières, après celui du médecin.
La trésorière servira de conseil à la supérieure, gardera l’argent dans un coffre à deux serrures différentes, dont la supérieure aura une clef et elle l'autre, excepté qu’elle pourra garder dix écus entre ses mains pour servir au courant de la dépense, fera recette par écus de tout ce qui sera donné et pareillement dépensé, dont elle rendra compte le lendemain qu’elle sortira de charge, en la présence de M. le curé et du paroissien par lui nommé et des deux autres officières.
La garde des meubles servira aussi de conseil à la supérieure, les gardera, fera blanchir et accommoder le linge, aura soin de les faire bailler et retirer des malades, comme aussi ce qui sera nécessaire pour accommoder dûment les chambres des pauvres malades quand on leur portera le très Saint Sacrement, où les dames de la Compagnie pourront assister quand elles en seront averties et quelles le pourront fort commodément; et rendra compte ladite garde des meubles le lendemain de sa déposition.
Les femmes de la Charité s’estimeront bien heureuses d'être choisies de Dieu pour servantes des pauvres, qui le représentent si efficacement; et pour se rendre capa-
blés de les servir dignement, feront tout leur possible d’apprendre à vivre en bonnes chrétiennes, ce qui leur sera facile, assistant le plus qu’elles pourront, elles et leur famille, au prône, catéchisme et service de leurs paroisses, communieront du moins les premiers dimanches du mois, s'agenouilleront, avant de se coucher et incontinent après être levées, pour adorer Dieu, rendront, en tout ce qu elles pourront, honneur au très Saint Sacrement de l’autel, assistant le plus qu’elles pourront au service qui s’en fait en la paroisse, et toujours porteront respect aux églises, où elles se doivent tenir avec la décence d’un chrétien.
Les dames de la Compagnie servirent les pauvres malades chacune leur jour deux à deux ; quêteront tour à tour à l’église les fêtes solennelles; assisteront à la messe basse les premiers jeudis des mors, ou les seconds, quand il arrivera fête au premier, qui se fera dire des aumônes des dames de la Charité, tant pour les pauvres qui seront déoédés chaque mois, comme pour prendre nouvelle force et courage pour servir les malades, s’unissant toujours plus fortement par les mérites du saint sacrifice, communiant à pareil jour, si la commodité leur permet; s’entre-chériront comme des sœurs que Notre- Seigneur a alliées de l’alliance de son saint amour; s’entre-visiteront et consoleront en leurs afflictions et maladies; feront leur possible de mettre quelqu’une à leur place avant de mourir; assisteront en corps à l’ enterrement de celles qui mourront, en tant qu’elles pourront. Y en aura quelque nombre qui assistera à celui des pauvres malades qu’elles auront servis en leurs maladies; procureront que lesdits pauvres qui mourront soient toujours portés à l’église, et sur leur corps chantée quelque prière avant les enterrer; feront dire, à leurs dépens, un service pour chacune des dames de la Compagnie, après la mort; se confesse-
ront et communieront pour elles le jour de leur décès, ou le plus tôt qu’elles pourront, comme aussi pour M. le curé et la personne par lui nommée, arrivant leur décès.
Elles auront soin de faire visiter les pauvres malades par un médecin ou chirurgien, avant de les admettre au soin de la Charité, desquels seront averties lorsqu’il y aura danger de peste.
Et à cause que ladite paroisse de Saint-Nicolas-du- Chardon.net est remplie de pauvres de toutes sortes, quand, après les provisions des malades faites, le médecin, apothicaire, chirurgien et garde étant payés, le fonds excédera la somme de onze cents livres, le surplus sera distribué aux autres pauvres, préférant toujours les pauvres honteux valétudinaires à ceux qui prennent peine à gagner leur vie.
Les dames ofhcières de la Charité choisiront une femme pour garder les pauvres malades, en cas de nécessité, pour porter la marmite, donner les lavements et pour avertir la Compagnie, quand il sera besoin, des assemblées; ce que l’on fera, pour le moins, de trois en trois mois.
Il sera donné à chaque pauvre autant de pain qu’il en pourra manger, cinq onces de veau et de mouton a chaque repas, avec un potage, excepté que, pour le souper, on s’accommodera au goût des pauvres malades en ce qui ne pourra préjudicier à leur santé; et quand ils auront besoin de vin, par l’avis du médecin, il leur en sera donné au plus un demi-setier par jour; et lorsque les malades ne pourront user de viandes solides, il leur sera baillé plus de bouillon et quatre œufs pour leur journée, et autant pour les jours maigres, avec un potage au beurre, auquel il y aura quelque peu de jaune d’œuf.
Et finalement les dames de la Charité auront un grand soin et désir du salut des âmes des pauvres, au-
quel elles aideront tant par ileurs prières que petites instructions, et moyenneront, si faire se peut, que Dieu soit honoré dans les familles de la paroisse et qu’il puisse pour l’avenir y avoir une maîtresse d’école qui enseigne parfaitement les pauvres.
Prendre le nom de servantes des pauvres.
Faire élection des ofhcières à la pluralité des voix; et, après que les ofhcières seront élues, quelles demandent à M. le curé un paroissien pour leur servir de conseil au besoin.
Délibérer quand les dames de la Charité visiteront les malades et s’il ne sera pas à propos que ce fût plus tôt que plus tard, à condition qu’on n’entrera pas dans maisons où il y aura eu depuis Pâques de la peste, laissant l’ordinaire à la porte.
Supplier M. le curé de nommer un médecin et convenir avec les ofhcières de ce qui lui sera donné, comme aussi au chirurgien.
Avertir les dames qu’il n’y a point de linge pour les pauvres, sans en demander pourtant, mais leur nommer la garde des meubles, à qui elles pourront bailler ce qu’elles voudront, pour peu que ce soit; et quand quelques-unes auront dévotion de donner pour ensevelir les morts, qu’elles le disent précisément en le baillant.
Ne point nommer les personnes qui baillent a 1 assemblée, pour ne point faire peine aux autres.
Bien recommander que chacune, visitant son jour, ne donne point d’argent et ne mette point plus au pot que l’ordinaire, leur étant permis néanmoins de donner pour subvenir aux nécessités qu’elles reconnaissent, quand elles en auront dévotion, mais en un autre jour.