Date marquée au dos du premier projet
d’elles, c’est qu’elles l’aiment souverainement et qu’elles fassent toutes leurs actions pour l’amour de lui; et la seconde, qu’elles s’entre-chérissent entre elles, comme des sœurs qu’il a liées du lien de son amour, et les pauvres malades, comme leurs seigneurs, puisque Notre- Seigneur est en eux, et eux en Notre-Seigneur.
Elles seront infiniment reconnaissantes de la grâce d’avoir été tirées de la lie des filles et des veuves, et appelées de Dieu en un état divin auquel les rois et les reines ont cherché et trouvé leur sanctification.
Elles s'étudieront à avoir à mépris ce que le monde estime, et estimeront ce que le monde méprise, pour l’amour de Jésus-Christ, qui nous en a donné. l’exemple ; et pour cela, chacune cherchera tout mépris et se mortifiera en toutes choses et préférera les emplois vils et abjects aux honorables, et tiendront ferme contre toutes tentations qui leur arriveront au contraire.
Elles renonceront à l’affection charnelle de leurs parents et de leurs pays, et la changeront en spirituelle, selon le conseil de Notre-Seigneur, qui nous dit que nous ne pouvons être ses disciples, si nous ne haïssons pères et mères, et que nul prophète est sans honneur, sinon en son pays.
Elles seront fidèles à l’observance de leur règlement et à la façon de vivre propre de leur petite Compagnie et à l’acquisition des solides vertus, notamment à avoir une pure intention de plaire à Dieu en toutes choses et d aimer plutôt mourir que de lui déplaire; et, pour ce, travailleront incessamment au renoncement de leur propre volonté.
La pauvreté sera exactement gardée entre elles, comme un moyen qui les doit conserver dans leur vocation, avec l aide de Dieu; et pour cela chacune choisira toujours pour soi ce qui sera plus pauvre; n’auront argent,
ni autre chose en leur particulier, ni ailleurs ; ménageront le bien des pauvres comme le bien de Dieu 2 ; ne recevront, ni donneront aucun présent; se contenteront du vivre, du vêtir et du coucher qui leur sera donné; bref elles se ressouviendront qu’elles sont nées pauvres, qu’elles doivent vivre en pauvres, pour l’amour du pauvre des pauvres, Jésus-Christ Notre-Seigneur, et qu’en cette qualité elles doivent être extrêmement humbles et respectueuses envers tout le monde, et tenir la vue basse en parlant aux personnes.
Elles useront de toutes les précautions imaginables pour conserver leur chasteté et garderont leurs sens extérieurs et intérieurs; ne parleront seules aux hommes, non pas même aux prêtres ou aux religieux de la maison; garderont toujours la pauvreté de leur habit et de leur coiffure.
Elles obéiront à leurs supérieurs de cette ville de Paris pour la discipline et conduite intérieure, et à messieurs les administrateurs pour l’extérieur qui regarde leurs règlements de l’hôpital pour l’assistance des pauvres, et à la supérieure d'entre elles pour l’exécution desdits règlements, et généralement en tout ce qu’elle leur ordonnera; et leur obéissance sera prompte, gaie, entière, constante, persévérante en toutes choses, et avec soumission de leur propre jugement et de leur volonté, estimant toujours que ce qui est ordonné est le meilleur; et nulle ne parlera, écrira, ni recevra des lettres que de l’ordre de la supérieure, si ce n’est de leur supérieur.
Elles seront contentes que leur supérieure soit avertie de tous leurs manquements par celles qui les auront vus, diront tous les soirs les fautes qu’elles auront faites le long du jour, et cela bonnement, humblement et sim-
2. Ces mots « ménageront le bien des pauvres comme le bien de Dieu » se trouvent dans le second projet seulement.
plement, et recevront la pénitence que leur supérieure leur ordonnera à cet effet.
Se confesseront et communieront tous les dimanches; entendront la messe tous les jours; feront une demiheure d’oraison le matin, et autant le soir; feront un petit examen devant le repas, touchant la vertu qu’elles se seront proposé d’acquérir, et l’examen général le soir; liront chaque jour un chapitre de la lecture spirituelle qui leur sera ordonné, outre celle de table3.
Elles se lèveront précisément à quatre heures du matin, s’offriront à Dieu à leur réveil, l’adorant, le remerciant de la grâce qu’il leur a faite de bien passer la nuit; lui demanderont pardon, si elles l'ont offensé; lui offriront leurs pensées, leurs paroles et leurs œuvres du jour et lui demanderont la grâce de passer la journée en son amour, et diront à cet effet : Benedicta sit * sancta et individuel Trinitas , nunc et semper, et per infinita seculorum secula. Amen.
A quatre heures et demie, elles se rendront à leur petit oratoire, feront l’oraison mentale jusques à cinq heures, diront ensuite les litanies de Jésus et deux dizaines de leur chapelet, puis elles iront achever de s’habiller et faire leurs lits.
A six heures, elles se rendront à la salle des malades, videront les pots, feront les lits des malades, nettoieront les salles, donneront les médecines, prendront un peu de pain et un doigt de vin, avant d’y aller, au commencement de leur entrée dans ledit hôpital ; et les jours de communion elles prendront l’odeur d’un peu de vinaigre, ou s’en frotteront les mains.
A sept heures, elles feront déjeuner les plus malades
3. Dans son second projet, le saint a écrit en marge de cet alinéa : « Cet article sera le quatrième. »
d’un bouillon ou d'un œuf frais, et les autres d’un peu de beurre ou de pommes cuites.
Après cela, elles entendront la sainte messe, si elles ne l’ont entendue à cinq heures, et auront grand soin de faire prendre les bouillons aux malades qui auront pris médecine, aux heures précises.
Celles qui auront besoin de prendre quelque chose le feront après cela; puis reviendront aux malades, instruiront les ignorants des choses nécessaires à salut, les induiront à faire une confession générale de toute leur vie passée, et, après cela, à se confesser et communier tous les dimanches, tandis qu’ils seront malades et qu’ils le pourront, et recevoir l’extrême onction de bonne Tieure; consoleront ceux qui seront fort malades; leur feront faire des actes de foi, d’esperance, de charité, de contrition et de conformité au bon plaisir de Dieu; disposeront ceux qui tendront à la mort 4 à ce qu ils partent de ce monde en bon état, et ceux qui guériront à ne jamais plus offenser Dieu, et, au cas qu’ils le fassent, à se confesser au plus tôt.
Auront grand soin que les pauvres malades aient ce qui leur sera nécessaire, leurs repas aux heures ordonnées à boire quand ils auront besoin, et parfois quel- ^ ♦
ques petites douceurs à la bouche 5.
A dix heures, elles se rendront à l’infirmerie pour faire dîner les malades et les servir. La supérieure dira le Bénédicité et grâces tout haut, et avertira les malades d’élever leur cœur à Dieu à cet effet. Si cela dépend des sœurs, elles leur feront donner du veau et du mouton, avec, dans le pot, un peu de bœuf, au dîner 6, et
4. Le premier projet omet les mots intercalés entre «consoleront» et
« ceux qui tendront à la mort ».