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AVIS DE SAINT VINCENT AUX SŒURS DE L’HOPITAL DE NANTES

(Avril 1649)

Nous renouvelons la recommandation que M. Lambert leur a laissée, d’observer les avis qu’il leur a laisses* 1.

Elles tâcheront de marcher en la présence de Dieu et s’élèveront de temps en temps vers sa divine bonté et vers sa justice, feront leur possible d’accomplir sa sainte volonté en toutes choses, qui consiste en 1 obser-

Document 148. — Doc. aut. — Minute chez les Filles de la Charité du boulevard de Courcelles, 9, Paris.

1. Lors de la visite faite précédemment en cette maison. (Voir t. III, p. 2l3.)

vance de ses commandements, à faire ce que la sainte Eglise ordonne, ce que leurs règles, Messieurs les pères ei leur supérieure leur ordonneront.

Elles seront exactes à se confesser tous les samedis, à communier tous les dimanches, sonneront une cloche pour avertir la venue du confesseur et se trouveront au confessionnal, chacune en son rang, sans se faire attendre.

Elles s’entre-honoreront et s’entre-chériront comme des épouses de Jésus-Christ, qu’il a tirées du sein de son amour et s 'entre- supporteront clans leurs petites infirmités. Selon cela, elles se garderont bien de se plaindre les unes des autres, de se contredire, notamment en la présence des externes.

Elles recevront les personnes qui visiteront les malades, avec respect, douceur et humilité, feront leur possible de les contenter et édifier, observeront le silence hors les heures de la récréation; s’il y a quelque chose qui presse, elles parleront courtement et très bas, marcheront et fermeront les portes sans bruit.

Elles honoreront la modestie de Notre-Seigneur par la leur, porteront la vue basse, ne s’arrêteront à parler aux domestiques, si ce n’est en cas de nécessité.

Elles serviront les pauvres malades avec la plus grande charité, promptitude et assiduité qui leur sera possible, instruiront des choses nécessaires à salut ceux qui guérirent, avant que de les renvoyer, et aideront à bien mourir ceux qui tendront à la mort.

A leur arrivée, elles procureront ciue les pauvres malades soient visités, couchés, après leur avoir lavé les pieds; les tiendront le plus nettement et proprement qu’elles pourront et videront leurs bassins et nettoieront les lieux souvent.

Et afin de mieux s’acquitter de toutes ces choses, elles liront ces avis tous les vendredis.

149. — APPROBATION DE LA COMPAGNIE DES FILLES DE LA CHARITE PAR LE CARDINAL DE RETZ

(18 janvier 1 65 5)

Jean-François-Paul de Gondy, cardinal de Retz, archevêque de Paris, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut.

Notre très cher et bien-aimé Vincent de Paul, supérieur général de la congrégation de 'la Mission, nous a exposé qu’une des principales fonctions des prêtres de ladite congrégation étant d’établir la confrérie de la Chanté, instituée pour l’assistance des pauvres malades, aux lieux où ils vont faire la mission, auxquels cet établissement est jugé utile, ainsi qu’il paraît par l’ érection de ladite congrégation faite par le Pape Urbain VIII, d’heureuse mémoire, et par les règles de ladite congrégation, approuvées par feu Monseigneur l’archevêque de Paris Jean-François de Gondy, comme délégué du Saint-Siège pour approuver lesdites règles, ladite congrégation a établi ladite confrérie dans la ville et diocèse de Paris et en plusieurs autres endroits de ce royaume pour l’assistance des pauvres malades des lieux; mais, d’autant que ladite confrérie est composée de femmes mariées, veuves et filles de piété, lesquelles prennent soin de visiter et assister lesdits pauvres malades, de leur administrer la nourriture et les médicaments et procurer l’assistance spirituelle d’iceux, pour porter à bien vivre ceux qui guérissent, et a bien mourir ceux qui tendent à la mort; et que l’experience a fait voir que les dames de condition de ladite confrérie ont difficulté de porter les vivres qu’il faut auxdits pauvres malades, comme aussi à faire leurs lits et

Docume.it 149. — Arch. nat. L io54, n° i, original.

à leur donner les remèdes et généralement à leur rendre les autres menus services.

Pour pourvoir à cet inconvénient, ladite congrégation de la Mission, de l’avis desdites dames de Charité, a disposé des filles et veuves de basse condition à se mettre dans ladite confrérie, pour s’employer aux choses, plus basses qu’il faut exercer vers lesdits malades, et, à cet effet, les a fait vivre par ensemble dans une maison à ce destinée, sous la direction de demoiselle Louise de Marillac, veuve de feu M. Le Gras, secrétaire de la feue reine mère, laquelle les instruit dans la piété, les dresse à bien servir les pauvres malades, à les soigner, à faire et administrer les médicaments, et ensuite elle les envoie dans les paroisses de la ville de Paris et des champs, et aux hôpitaux auxquels on les demande, les rappelle et change de lieu en autre, selon l’exigence des cas ; les emploie, sous sa conduite, à plusieurs autres bonnes œuvres, comme à l’élèvement des enfants trouvés de la ville de Paris, à l’assistance des pauvres criminels condamnés' aux galères et des malades des prisons, à l’instruction des pauvres filles, leur montrant à prier Dieu, à lire et écrire, et enfin à toutes les bonnes œuvres auxquelles elles peuvent être utiles, le tout de l’avis et par la direction dudit exposant et conformément aux règlements et statuts que nous avons ci-devant approuvés et qui ont été dressés pour le bon ordre et la direction de ladite confrérie par ledit exposant, auquel nous en donnâmes la direction, sa vie durant, le 20 novembre 1646.

Et pource que ladite approbation, qui était attachée aux lettres patentes qu’il a plu au roi donner sur icelle, adressantes au Parlement de Paris, pour y être enregistrées, a été égarée, par malheur, par le secrétaire dit sieur procureur général Méliand, lequel secrétaire est mort ensuite sans qu’on ait pu recouvrer ladite appro-

dation, attachée auxdites lettres patentes, quelque recherche qu’en a pu faire icelui exposant, soit parmi les papiers dudit sieur Méliand et de sondit secrétaire, soit, chez le sieur procureur général d’à présent et ses substituts, ledit suppliant a été obligé de recourir à nous, à ce qu’il nous plût approuver derechef ladite confrérie tout de nouveau et les statuts et règlements d’icelle cidessous contenus x, et de donner pouvoir audit exposant et à ses successeurs généraux de ladite congrégation de la Mission, de diriger ladite confrérie sous notre autorité et juridiction et de nos successeurs archevêques de Paris, comme étant un œuvre agréable à Dieu et un bon moyen par lequel nous pourvoirons aux besoins des pauvres malades de notre diocèse, donnerons moyen aux bonnes dames de la Charité et à ces pauvres veuves et folles, servantes des pauvres malades, de faire un œuvre qui est à la gloire de Dieu et à l’édification du peuple.

A ces causes, voulant favoriser un si bon œuvre, lequel nous espérons devoir réussir à la gloire de Dieu et au grand soulagement des pauvres, comme il a fait jusques à maintenant par sa miséricorde, et considérant que le meilleur moyen pour les faire subsister est d’unir par ensemble lesdites folles et veuves en quelque forme de société et confrérie, distincte de celle desdites dames de la Charité, laquelle est établie en notre diocèse, il y a longtemps, par ledit feu seigneur archevêque notre prédécesseur, nous avons derechef érige et érigeons par ces présentes tout de nouveau l’ assemblée desdites folles et veuves dans notre diocèse en confrérie ou société particulière, sous le titre de servantes des pauvres de la Charité ; voulons et ordonnons que celles qui y

i. Ces règles ne diffèrent de celles de 1646 (document 146, p. 557 et suiv.) que sur peu de points; nous avons signalé les variantes en note. Il est donc inutile de reproduire ici le règlement qui accompagnait cet acte d’approbation.

sont à présent admises et qui ci-après y seront reçues, puissent librement exercer tout ce qui pourra soulager et consoler les pauvres malades, à la charge que «ladite confrérie ou société sera et demeurera à perpétuité sous notre autorité et dépendance et de nos successeurs archevêques de Paris, et dans l'exacte observance des statuts et règlements ci-après spécifiés, lesquels nous avons derechef approuvés et approuvons par ces présentes.

Et d’autant que Dieu a béni le travail que no-tredit cher et bien-aimé Vincent de Paul a pris pour faire réussir ce pieux dessein, nous lui avons derechef confié et commis, et, par ces présentes, confions et commettons la conduite et direction de la susdite société et confrérie, sa vie durant, et, après lui, à ses successeurs généraux de ladite congrégation de la Mission.

En témoin de quoi nous avons signé cesdites présentes, fait contre-signer par notre secrétaire ordinaire et y apposer le sceau de nos armes.

Donné à Rome le dix-huitième jour de janvier mil six cent cinquante-cinq.

Cardinal de Retz, archevêque de Paris.

Par Monseigneur.

Gaultray.

150. - ACTE D ÉTABLISSEMENT DES FILLES DE LA CHARITÉ ET NOMINATION DES OFFICIÈRES

(8 août 1 65 5)

Vincent de Paul, général de la congrégation de la Mission, supérieur et directeur de la confrérie des servantes des pauvres de la Charité, savoir faisons qu’ayant plu à Dieu de se servir de ladite congréga-

Document 150. — Doc. signé. — Arch. nat. L 1054, original. Nous respectons à dessein, dins les signatures, l’orthographe des noms de famille.

tion de la Mission pour établir les confréries de la Charité en plusieurs endroits de ce royaume, de 1 Italie et de la Savoie, de l’autorité de notre Saint-Père le Pape, de nosseigneurs les archevêques et évêques des lieux, pour l’assiistance des pauvres malades, et que l'expérience ayant fait voir que les dames qui composaient ladite confrérie dans les paroisses de la ville de Paris ne leur pouvaient rendre les assistances nécessaires elles-mêmes, comme leur porter la nourriture, faire leurs lits, composer et leur administrer les remèdes, et le reste, l’on aurait associé à ladite confrérie quelque nombre de filles et veuves pour suppléer au défaut de ce que lesdites dames ne pouvaient faire elles-mêmes pour l’assistance desdits malades, lesquelles filles et veuves on aurait fait vivre ensemble sous la direction de demoiselle Louise de Marillac, veuve de feu M. le Gras, secrétaire de la feue reine, mère du Roi Louis 13e, et sous certaines règles tendantes a les faire bien vivre et bien assister les pauvres malades corporellement et spirituellement, en sorte qu’il a plu à sa divine bonté de bénir ce petit ouvrage de ses mains, a feu Monseigneur J [ean-]Fr[ançois] de Gondy, archevêque de Paris, de l'approuver, et à Monseigneur le Cardinal de Retz, pour lors son coadjuteur, de donner son approbation, qu’il a réitérée depuis, ainsi qu il appert par les lettres patentes qu’il a données a cet effet, par lesquelles il approuve ladite confrérie et les règles d icelle, et nous a institués, notre vie durant, et nos successeurs supérieurs généraux de ladite Mission, supérieurs et directeurs de ladite confrérie des servantes des (pauvres de la Charité.

Et quoiqu’il ait plu à Dieu d’instituer ladite confrérie en cette ville de Paris, il y a environ vingt-cinq ans, sans qu’on ait fait l’acte de l’établissement d’icelle, ayant jugé à propos de voir auparavant 1 entière obser-

vance desdites règles dans ladite confrérie et la conduite ddcelle en la manière qu’on a pu désirer par la miséricorde de Dieu; et étant, d’un autre côté, sur le point d’envoyer plusieurs desdites filles et veuves dans les établissements nouveaux, tant de ce royaume qu'en celui de Pologne, nous avons jugé nécessaire de faire à présent ledit acte d’établissement; et avons, à cet effet, convoqué celles qui sont en cette ville et se sont trouvées en l’assemblée qui en a été faite en la maison de leur communauté de ladite ville, où nous avons pris les noms de celles qui ont déjà été reçues et désirent persévérer en icelle; et ce après leur avoir fait lecture desdites règles et de l'approbation d’icelles, dont est fait mention ci-dessus.

Et cela fait, avons procédé à la nomination des officières; et quoiqu’il soit dit qu’on la doit faire à la pluralité des voix, néanmoins à cause que pour la première fois c’est affaire à celui qui établit ladite confrérie à nommer lesdites officières, nous avons nommé les suivantes.

Premièrement, nous avons prié ladite demoiselle de Marillac de continuer la charge de supérieure et directrice de ladite confrérie sa vie durant, comme elle l’a fait, et avec grande bénédiction, par la miséricorde de Dieu, depuis l’établissement d’icelle confrérie jusques à présent. Et pour ce qui est des autres trois officières, nous avons nommé : pour première assistante, Julienne Loret; pour seconde assistante et trésorière, Mathurine Guérin; et pour dépensière, Jeanne Gressier. Ce qu’étant fait, nous avons exhorté lesdites filles et veuves de ladite confrérie à rendre grâces à Dieu de leur vocation, à bien vivre en icelle et à se rendre exactes à l’observance desdites règles et de leurs charges; ce qu’elles ont toutes promis de faire, moyennant la grâce de Notre- Seigneur.

En foi de quoi nous avons signé de notre main le présent acte et fait apposer le sceau de notredite congrégation, lequel ont aussi signé ladite demoiselle et les autres officié res et quelques autres des plus anciennes qui font pu.

Fait en ladite maison de la Charité de Paris le huitième d’août mil six cent cinquante-cinq h

Louise de Marillac. Mathurine Guérin.

Jeanne Gresier. Julienne Loret.

Barbe Bailly. Geneviève Doinel.

Barbe Fouins. Jeanne Goirar. Marie Creste. Madeleine Raporteble. Louise Dalbel.

Marie Vigneron. Marguerite Chétif.

Marie Jolie. Françoise Noret.

Geneviève Poisson. Antoinette Labitte.

Geneviève Cailloux. Anne Hardemont.

VlNCENCE DaUCHY. JEANNE BAPTISTE.

Toussainte David.

Jeanne Luce.

Françoise Fanchon, Philippe Bailly.

Anne Rose.

Andrée Mareschales.

Etiennette du Puis.

Françoise Cabry.

Marie Robdé. Renée Pescheloche.

Marie Cugny. Marguerite Ménage.

Madeleine Garnier. Gabrielle Gabarret.

Françoise Geseaume. Geneviève Gautier.

Marie La Ruelle. Madeleine Ménage.

Françoise Roseau. Jeanne Le Meret.

Vincent Depaul.

Suivent les noms de toutes les autres sœurs qui ont

i. Le copiste du document a écrit ici, probablement sur l’ordre de Louise de Marillac : « Ce vide avait été laissé pour la signature de Monsieur Vincent ; mais il a voulu signer tout le dernier. » Les neuf ou •dix sœurs qui ne savaient pas écrire ont tracé un signe quelconque, à côté duquel leur nom a été ajouté par une autre sœur.

été reçues depuis la première institution de ladite confrérie et société jusques à aujourd’hui huitième août mil six cent cinquante-cinq 2 : Jeanne Provost, dite Christine, Gillette Joly, Louise Gausset, Cécile Angibout, Jeanne Lepeintre, Henriette Jesseaume, Marie-Marthe Treumeau, Claude Carré, Marie Le Soin,» Nicole Georget, Louise-Christine Rideau, Jeanne de S. -Benoist, Catherine de Jesse, Anne Vallin, Barbe Angibou, Jeanne Coignart, Marguerite Le Soin, Perrette Chedeville, Jeanne Paon, Françoise Carsireux, Jeanne St-Albin, Jeanne Huiot, Charlotte Rayé, Marguerite Moreau, Madeleine Drugeon, Françoise Douelle, Marguerite Laval, Madeleine Riquet, Marthe Baudouin, Jeanne Goirard, Charlotte Prou, Anne Véron, Catherine Pain d’Avoine, Nicole Biledé, Françoise Goupy, Barbe Claude Chantereau, Claude Laurent, Toussainte ..., Marie Navain, Françoise Menaige, Jeanne Esnaux, Laurence Dubois, Jeanne Huiot, Perrine de Bouhery, Nicole Haran, Elisabeth Jousteau, Nicole Fouillet, Marie Gaudoin, Marie Poulot, Nicole-Colette Bouget, Marguerite Menessier, Michelle Le Coutre, Etiennette Massé, Anne Tacaille, Catherine Bauchet, Anne Devaux, Claude Tacaille, Jeanne Bonvilliers, Anne Le Lièvre, Jeanne-Marie Boule, Suzanne Charlotte Moreau, Marie Quinville, Jeanne Turet, Jeanne La Biche, Geneviève Vigneron, Antoinette Le Roy, Marie Railleard, Claire Jodoine, Françoise Bouhery, Radegonde L’Enfantine, Claude La Mucette, Marie Rat, Julienne Allot, Mauricette Villain, Claude Tibau, Louise Chomon, Louise Corbe, Claude Parcollet, Françoise Gouin, Claude Blanchar, Marie Allet, Pétronille Gillot, Anne Bocheron, Anne Levies, Antoine

2. Ne se trouvent pas dans cette liste les noms des sœurs défuntes ou sorties de la Compagnie et même quelques autres.

Richevillain, Jeanne La Mère, Mathurine Brillehaut, Jeanne Devau, Marie Damé, Sulpice Dubois, Elisabeth Morancy, Marie Papillon, Marie Petit, Michelle Mestayer, Marie Roger, Jeanne Blot, Clémence ..., Marguerite ..., ... de Fîmes.

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