Evangile de saint Matthieu XVIII
les; et cela étant, il le faut laisser faire, car vous pouvez bien croire qu’il n’y sera pas comme une pierre. Il y est pour opérer lumière et grâce dans les cœurs ; il y est éclairant les entendements et affectionnant les volontés. Venez-y donc pour vous laisser conduire à ce qu’il vous dira, et n’ayez aucun intérêt en vue que de sa plus grande gloire en l’avancement de la Compagnie.
Un troisième fondement, qui est absolument nécessaire, c’est le secret inviolable. L’âme des affaires de Dieu, c’est ce secret; car dès que l’on parle au dehors de ce qui se passe, tout est ruiné et s’en va en désordre. De sorte qu’il faut ici un secret, sans comparaison pareil à celui de la confession. Il ne faut pas que jamais on sache non seulement les choses résolues, mais non pas même celles qui s’y sont proposé; il ne faut pas que jamais, ni directement ni indirectement, vous donniez à connaître rien du tout de ce qui s’y est traité; il ne faut pas même que vous en parliez entre vous, comme il se pourrait dire : « Mais que vous semble de telle chose? Mais ne serait-il pas mieux comme cela? Mais disons telle chose. » Oh ! non, mes filles, jamais, jamais
entre vous n’en ouvrez seulement la bouche; jamais ne parlez de ce qui s’y sera traité.
La manière que Mademoiselle y tiendra, car c’est à la sœur servante, comme elle est à présent, à proposer les affaires. Or, en une affaire il y a toujours du pour et du contre. C’est donc affaire à elle, en proposant l’affaire, de dire, premièrement, les raisons qui portent à la faire; et puis ensuite celles qui en empêchent, comme, par exemple : « On doit faire telle chose pour telle et telle raison; mais il y en a d’autres qui les combattent, qui sont telles et telles. »
Pour demander leur avis, elle s’adressera premièrement à celle qui sera à sa main droite, et puis à la suivante, et puis à celle d’après.
La sœur à qui elle aura demandé son avis fera une inclination avant de commencer, et puis dira : « Mademoiselle, il me semble que, pour telles et telles raisons, il est à propos de faire, ou de ne pas faire cela. » Car il faut toujours dire les raisons. Puis, ayant fini, elle fera encore une inclination. Quand le supérieur y sera, il sera bon de se lever; comme aussi, quand la sœur servante se lèvera, il me semble qu’il est bien à propos que toutes les autres se lèvent aussi.
Si la seconde sœur n’est pas de l’avis de la première, elle pourra dire : « 11 me semble que, pour telles et telles raisons, cela ne devrait pas être ainsi » ; et cela sans nommer la sœur de qui elle parle. Et elle dira celles qui portent à faire d’une autre façon.
Si la troisième n’est de l’avis ni de l’une ni de l’autre, elle pourra dire : « Il me semble que, pour telle et telle raison, il ne serait pas expédient de faire cela de cette sorte, ni de celle-là, mais de cette manière, et, pour une telle raison qui semble l’empêcher, il me semble qu’elle se peut résoudre par celle-là. »
C’est, après cela, à la sœur servante qui aura recueilli les voix, à suivre celle quelle trouvera le plus à propos. Et si elle ne veut suivre ni les unes ni les autres, c'est à elle à dire : « Nous ne terminerons point cela aujourd'hui; il y faudra penser devant Dieu. » Ou bien, si elle veut prendre avis, elle peut dire : « J’en parlerai à Monsieur Vincent; nous verrons ce qui sera le meilleur. ))
Vous avez encore à observer, mes filles, de ne point contester pour vos opinions et de les dire simplement, sans vous empresser de vouloir qu’elles soient suivies. Au contraire, vous devez toujours souhaiter que les autres soient plutôt crus que non pas vous.
Maintenant, mes hiles, il se présente une affaire en
laquelle il est nécessaire d’avoir vos avis : c’est pour cette pauvre Jacqueline, que vous avez céans. C’est un esprit mal fait, qui cause beaucoup de petits désordres, pour lesquels il serait bien nécessaire quelle ne fût plus dams la Compagnie. Elle fait beaucoup de plaintes, qui peuvent causer du trouble dans les esprits faibles qui ne la connaissent pas encore. Et comme elle ne goûte rien de ce qui se pratique, elle fait, où elle se trouve, des contes ridicules qui peuvent beaucoup nuire. Si on s’oppose à quelque chose de ce qu’elle veut, elle est insupportable et n’est point capable de correction; et ce qui est plus encore, c’est qu’il me semble que, n’y étant qu’à regret, comme il paraît, elle n’y puisse faire son salut, et qu’elle le fera mieux quand elle sera en son particulier. Enfin, mes filles, elle n’a point le sens commun.
Vous avez à regarder, drautre part, que c’est une fille qui a rendu beaucoup de services aux pauvres et qui est des plus anciennes, et même, comme je pense, quasi des premières qui ont commencé à les servir dans la Compagnie. Pour cela, il semble qu’il vaudrait mieux la garder.
Que vous en semble, ma sœur?
A quoi la sœur répondit qu’il lui semblait être nécessaire de la séquestrer de la Compagnie, pour les désordres qu’elle y cause. Mais, eu égard aux services qu’elle a rendus, il serait bon de ne la pas délaisser.
— Et comment vous semble-t-il, ma fille, que cela se peut faire?
La sœur dit :
La mettant à quelque village où il pourrait suffire d’une pour assister les malades, et là l’aider en ce que l’on pourrait. De cette façon, elle serait séparée de la Compagnie sans en être tout à fait dehors; ce qui serait un grand bien pour la Communauté.
— Et vous, ma sœur, que vous en semble?