‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 5)Chapitre 199 sur 314 · CONSEIL DU 25 OCTOBRE · texte numérisé non relu

CONSEIL DU 25 OCTOBRE

Notre très honoré Père, après avoir invoqué à son ordinaire l’assistance du Saint-Esprit par le V eni Sancte , demanda de quelles affaires on avait à traiter. A quoi Mademoiselle dit qu’il y avait une demoiselle d’Angers qui avait été dans la Compagnie près d’un an, laquelle, durant ce temps, avait été d’un très grand exemple à toutes nos sœurs, étant assidue à toutes les règles, affectionnée à toutes les pratiques, qui ne reculait point de se mettre aux offices les plus bas et servait les malades d’une singulière affection, et surtout fille de grande oraison, jusques au point que quelques-unes disaient qu’elle était trop retirée; laquelle était sortie de la Compagnie par un grand mal qui lui était arrivé, où elle avait eu l’imagination blessée. Et lui étant demeuré en l’esprit quelque fantaisie, elle aurait demandé à se retirer. Sur quoi on l’avait prise au mot, pour la crainte que l’on avait que cela ne lui durât, que, dès aussitôt qu’elle fut retournée dans son pays, elle regretta d’avoir quitté et fit paraître une forte envie de revenir, qu’elle communiqua à Monsieur l’abbé de Vaux, qui prend soin de nos sœurs à Angers, lequel en écrivit plusieurs fois. Même dans ses voyages à Paris, elle avait toujours témoigné le désir qu’elle avait d’être encore une fois reçue. Quelque refus qu’on lui ait fait, elle avait toujours persévéré et espéré. Finalement, Mademoiselle dit que, passant par Angers, cette bonne fille s’était encore présentée à elle avec d'extrêmes désirs. Depuis qu’elle était sortie, il

Document 158. — Dossier des Filles de la Charité, original écrit de la main de sæur Hellot.

s’était présenté des occasions pour se faire religieuse, à quoi elle ne s’était point .arrêtée, mais avait toujours persévéré au service des pauvres, allant volontairement dans l’hôpital, aux heures où elle savait qu’ils étaient servis, et demandait avec instance d’être de nouveau admise dans la Compagnie, soft à la maison de Paris, ou aux hôpitaux de Nantes ou d’Angers, pour y apporter son bien, y être surnuméraire et n’y être point à charge, faisant toutefois les fonctions comme toutes les autres, autant que sa santé le pourrait permettre.

Mademoiselle ajouta, s’adressant à notre très honoré Père, qu’elle lui avait promis d’exposer son dessein à sa charité pour voir ce qui se pourrait faire en sa faveur.

A quoi notre très honoré Père repartit :

Regardez, mes sœurs, voilà une affaire où il y a des raisons pour la recevoir aux hôpitaux de son pays, et d’autres pour lesquelles il semble qu’on ne la doit point recevoir du tout.

Les raisons qui portent à la recevoir sont qu’il semble que la charité le veut ainsi; elle le désire ardemment, et il semble que ce serait faire contre la charité de ne la pas recevoir.

Une autre raison c’est qu’elle n’est pas sortie par ellemême, ni par dégoût qu’elle eût de sa vocation, ni des emplois de céans, mais par maladie, et par une maladie qui lui ôtait la liberté du jugement.

Une autre, c’est quelle se repentit bientôt d’être sonde, à ce qu’il paraît en ce qu’elle témoigna à Monsieur de Vaux le désir qu’elle avait de revenir; à quoi elle a toujours persévéré depuis.

Il y a encore de plus le bon exemple qu’elle a donné à la Compagnie.

Or, il semble que, pour toutes ces raisons, on la doit recevoir ici.

Les raisons qui portent à la recevoir pour Angers ou pour Nantes sont presque les mêmes que pour ici.

Il y a le motif de charité que l’on doit avoir partout, sa persévérance, son exemple. Et de plus il semble qu’étant là dans son pays, il sera plus facile, s’il arrive qu’elle retombe dans son mal, de la remettre entre les mains de ses parents, qui seront tout proche, que non pas la renvoyer d'ici, qui serait encore lui faire faire des frais. De plus, elle pourrait, étant comme cela dans son pays, aller tout le jour à l’hôpital servir les malades et s’en retourner le soir coucher à son logis. De sorte que, p ouïr ces raisons-là, il semble qu’il soit plus à propos de la recevoir à Angers, ou à Nantes, que non point à Paris.

Pour ce qui est de ne la point recevoir du tout, c'est qu’il y a apparence que, n’ayant su demeurer la première fois, elle ne fera rien une seconde. L’expérience nous apprend que de tous ceux qui sortent et qui reviennent après, pas un ne demeure. J’en ai bien vu sortir de chez nous, et beaucoup y sont rentrés, qui ont fait des instances non pareilles, qui en avaient des désirs merveilleux et qui, au partir de là, n’ont su demeurer. C’est qu’ils n’ont point de vocation; ils n'ont point de disposition à ce qu’il faut faire; ils ne peuvent être soumis et sont sujets à l’inquiétude. Et pour cela ils ne demeurent pas plus une fois que l’autre. De sorte que, pour cela, il semble qu’on se doit tenir heureux de ne plus avoir cette Elle. Si elle a ce désir, Dieu le lui donne peut-être pour la perfectionner dans les exercices qu’elle fait; et pour cela il semble qu’il serait meilleur qu’elle demeurât là que de venir ici, pour aller le jour servir les pauvres et le soir se retirer chez elle. Nous avons le règlement qui défend d’associer personne de dehors à la Compagnie. Si bien que pour obvier à tout ce qui pourrait arriver, il

semble que ce sera plutôt fait de ne la point recevoir du tout. Que vous en semble, ma sœur ?

La première sœur fut d’avis qu’on ne la reprît point davantage. La seconde opina pour la prendre à Angers. La troisième, quatrième et cinquième furent d’avis de la reprendre, à raison du bon exemple qu’elle donnerait dans la maison; joint à ce qu’y apportant son bien, elle ne serait point à charge. Il semblait être plus à propos de la recevoir à Paris qu’ailleurs, parce qu’elle pourrait donner de l’incommodité à nos sœurs, si son mal la reprenait, et qu’étant d’un naturel un peu inquiet, elle aurait conseil suffisant pour se remettre.

Notre très honoré Père demanda à son assistant ce qui lui en semblait. Celui-ci lui dit :

Monsieur, durant que vous parliez, il m’est venu en mémoire ce que Monsieur... me disait dernièrement d’un Jacobin, qui était dans un couvent d’une ville appartenant au grand Turc, lequel ayant un jour fait débauche de vin, en ayant pris par excès, et n’ayant plus l’usage de la raison, il dit qu’il se voulait faire turc. Ceux avec qui il était lui firent répéter cela plusieurs fois. Voyant qu’il persévérait, ils le menèrent au gouverneur, à qui il dit ce qu’il avait dit aux autres. Le gouverneur lui représenta qu’il était religieux. Il dit que c'était tout un, qu’il y renoncerait et qu’il se voulait faire turc. On le dévêtit sur l’heure et on lui mit une robe de turc avec le turban. Le lendemain, quand les fumées de son vin furent passées et qu’il se reconnut, qu’il se vit entre les turcs et habillé comme eux, il fut bien étonné et commença à demander : « Où suis-je? » On. lui dit : « Ne savez-vous pas que vous êtes turc? » — « Moi, dit-il, à Dieu ne plaise! Je mourrais plutôt cent fois. )> On lui remet en mémoire tout ce qu’il avait dit et fait. Il ne se souvint de rien, mais persista à dire qu’il était chrétien et religieux. Le gouverneur lui présenta les tourments et

lui donna deux jours pour penser à lui, au bout desquels il continua à se déclarer chrétien et mourut en cette confession.. Les Grecs, depuis deux on trois ans, ont acheté son corps, qu’ils ont payé deux cents écus.

Or, Monsieur, cette pensée-là m’est venue comme vous parliez de cette bonne fille, considérant que, quand elle a demandé à sortir, elle n’avait pas le jugement libre, et que, puisqu’elle a toujours persévéré à demander, il est à croire que ce n’était point de sa volonté, et partant que cela ne doit point faire qu’elle ne soit pas reçue. C’est pourquoi. Monsieur, je serais d’avis qu’elle le fût, et plutôt à Paris qu’ailleurs, pour les raisons qui en ont été données.

Après cela, Monsieur Vincent demanda à Mademoiselle de quoi elle était d’avis. Elle dit :

J’avais pensé, mon Père, qu’il eût été plus à propos de la recevoir aux hôpitaux proches de son pays. Mais, pour les raisons qui ont été dites, je pense qu’il sera plus à propos que ce soit ici, non pas qu’il fût à craindre que dans ses maladies elle retournât chez ses parents, parce que même à présent elle n’y va pas, mais seulement parce que, s’il arrivait qu’elle fût malade, cela pourrait incommoder nos sœurs. Ici nous la pourrons exercer tantôt à un village, tantôt à l’autre. Je n’ai point reconnu qu’ePe eût d’inquiétude qui donnât de la peine, hors sa maladie. Elle était quelquefois un peu abstraite, et je pense que c’était pour s’appliquer un peu plus fortement à l’oraison que la force de son esprit ne requérait. Maison dit que cela est passé à présent. Cela était venu d’un Père qui la gouvernait, qui portait la dévotion extrêmement haut et faisait aller tout de même celles qui étaient sous sa conduite; et c’était trop pour l’esprit de cette bonne hile. On m'a dit quelle a quitté cela et du depuis s’est beaucoup modérée; si bien que j’espère, avec l’aide

de Dieu, que son exemple servira beaucoup dans la Compagnie et qu’elle fera bien ici.

Après cela, notre très honoré Père dit :

J aurais été du côté de nos sœurs qui ont été à l’exclusion. Mais, puisque la plus grande partie est d'avis qu'elle revienne, je m’y rends très volontiers et prie Dieu qu’il bénisse la résolution qui a été prise et qu’il donne à cette bonne hile toutes les grâces qui lui sont nécessaires.

Voyons maintenant une autre affaire, s’il vous plaît.

A quoi Mademoiselle dit qu’il était nécessaire de changer une des sœurs des Galériens, parce que ce sont deux humeurs opposées qui ne s’accommodent pas. Mais, ditelle, parce qu’il est besoin qu’il y en ait une qui sache écrire, je pense qu’il nous y faudra laisser ma sœur Nicole, qui est la sœur servante à présent. Il n’y a pas plus de huit mois qu’elle est dans la Compagnie et n’a été que fort peu de temps céans. Elle a été aux Enfants, où elle faisait assez bien. Mais, depuis qu’elle s’est vue la première, elle s’est rendue absolue et ne fait qu’à sa tête. C’est pourquoi j’ai pensé que, pour l’observer, pour voir comment elle se gouverne et pour lui apprendre à être soumise, nous y pourrions mettre ma sœur Marguerite Guyon, qui a, ce me semble, assez d’esnrit et de conduite pour faire tout cela sans bruit.

Notre très honoré Père dit sur cela :

Il est à regarder en cette affaire deux choses : l’une, s’il est nécessaire de changer; et l’autre, si ma sœur Marguerite Guyon est telle qu’il la faut pour la mettre là. A-t-elle été sœur servante quelque part P

Sur ce qu’il fut répondu que oui et qu’elle avait fort bien fait, « eh bien! ma sœur, dit-il, que vous en semble ? »

Une sœur répondit qu’elle le trouvait fort bien; une autre, pareillement, mais qu’il était à craindre que l’autre, qui était auparavant sœur servante, ne se voulût pas

soumettre. Une autre dit que celle d’entre nous qui ne se voudrait pas soumettre ne serait pas vraie Fille de la Charité et que, pour cela, il serait 'bon, celle-ci étant de cette humeur-là, de lui en donner une au-dessus d'elle pour essayer de la dompter, et qu’elle estimait la sœur proposée propre pour cela.

Les autres furent de même avis, et aussi l'assistant de notre très honoré Père et Mademoiselle, et il fut ainsi conclu :

Je remercie Dieu, mes filles, de vous voir toutes d'un même avis et de suivre le côté de la raison; car il est raisonnable de séparer ces deux sœurs-là. L’inconvénient qui peut arriver de cela, c'est que cette sœur ne se puisse soumettre et qu'elle ne manque de discrétion. Essayonsen pourtant, sans préjudice toutefois de la changer quand il sera reconnu qu’il en est besoin. Ou’ avez-vous encore, Mademoiselle?

— Mon Père, dit Mademoiselle, l’autre affaire que nous avons à voir est qu’il y a céans une sœur qui est de Touraine, demoiselle de bon lieu, qui appartient à des parents qui ont réputation d'être riches, laquelle est venue dans la Compagnie par quelque considération, ou sans savoir ce que c'était. Elle parut avoir de la répugnance dès le commencement, quand il fut question de prendre l’habit, et a toujours continué depuis à avoir à dédain la manière de vivre de céans. Mais, comme elle a du cœur et est bien nourrie, elle ne fait pas paraître tout ce qu’elle pense. Néanmoins, quand elle est avec quelqu'un à sa liberté, elle fait assez connaître qu’elle n’est pas contente. Je lui fis offre de la ramener, quand je partis pour aller en Bretagne, et lui dis qu’elle pouvait en assurance s'en revenir avec moi, et qu'elle le devait si elle n’était dans le dessein de travailler tout de bon. Elle avait été malade auparavant et le redevint après et l’a toujours été depuis. Elle est fort difficile dans sa nourriture, et

on ne peut presque lui rien faire prendre. Elle ne s’en tremet d’aucune chose et ne fait rien si ce n’est un peu de couture. Du reste, on ne sait à quoi l’employer. Nous en avons essayé à l’école. Elle n’y faisait rien. Nous l’avons mise quelque temps aux Enfants, et je pensais l’y remettre, mais elles m’ont prié de ne la leur point renvoyer. De sorte, mon Père, que je la propose pour savoir si vous trouverez bon de la renvoyer.

Il y a une autre raison qui semble en devoir empêcher, qui est que ses parents sont gens d’autorité, qui feront grand bruit de cela. Il y a encore Monsieur de Mondion, curé de Saché, qui nous est fort affectionné et qui est celui qui nous l’a envoyée, que je crains de mécom tenter.

Sur quoi Monsieur Vincent dit :

Vous avez à regarder, mes sœurs, que c’est une fille en qui il ne paraît point de vocation, qui peut-être, sans la crainte de ses parents, qui sans doute auront été bien aises de s’en défaire, n’eût pas tant arrêté à s’en retourner. Si elle ne fait pas paraître qu’elle est tout à fait mécontente, elle fait toujours voir qu’elle est non contente et quelle ne se plaît pas parmi vous. Pour moi, je vous dirai que, de l’humeur que je la connais, elle y est pour avoir rendu son père et sa mère bien aises de ne l’avoir pas avec eux. Je ne crois pas, vivant de la manière quelle vit, qu’elle fasse jamais rien avec vous. Elle pourra faire quelque chose et se sauver dans le monde.

Il y a contre cela ce que Mademoiselle a dit. Ses parents tiendront à affront qu’on la leur rende et Monsieur de Mondion se pourra mettre en colère, parce qu’elle a été baillée de sa part. Le mécontentement qu’il en aura pourra même faire qu’en d’autres occasions qui se pourraient présenter il ne s’entremette pas si volontiers. C’est pourquoi vous avez ces deux choses-là à regarder : l’une.

que c’est une fille en qui il ne paraît point de vocation; et l’autre, que ses parents et Monsieur de Mondion pourront être mécontents. Que vous en semble, ma sœur?

La sœur lui répondit qu’il lui semblait que, la fille n’ayant point de vocation et ne pouvant ni ne paraissant vouloir rendre aucun service à la Compagnie, on ne devait point avoir égard au mécontentement des uns et des autres, m,ais la renvoyer. A quoi toutes les autres conclurent, trouvant seulement que, parce que ses parents pourraient dire que l’on 1 aurait faite malade, il serait bon de les faire avertir qu’elle l’était, et que peutêtre la redemanderaient-ils eux-mêmes.

L’assistant de notre très honoré Père et Mademoiselle conclurent au renvoi. Sur quoi notre très honoré Père dit :

Je rends grâces à Dieu, mes filles, de voir que vous concluez toutes à une même fin, et que c’est du côté qu’il faut. Je le remercie encore de ce que vous n’avez point d’égard au respect humain quand il s’agit de la gloire de Dieu et du bien de la Compagnie. O mes filles, il n’en faut point avoir aussi. Regardons toujours Dieu et jamais à ce que l’on dira, où il y va de l’intérêt de Dieu. Or sus, Mademoiselle, je suis donc d’avis que vous la renvoyiez et que ce soit au plus tôt. Oh! non, ne gardez point cela davantage; le plus tôt est le meilleur.

Mademoiselle lui ayant demandé de quelle façon, il continua :

Il faut en écrire à ses parents et à monsieur le curé de Saché, qui vous l’a envoyée, et ne point attendre de réponse. Mandez que vous la renvoyez dans quatre ou cinq jours, et ne manquez pas de la faire partir. A la mère mandez-lui l’indisposition, et à monsieur le curé mandez-lui tout ce qui en est.

Ceci ayant été objecté que, si c’était si promptement,

il fallait que ce fût à nos dépens, parce qu’elle n’avait rien apporté céans, il fut d’avis que nous lissions plutôt ces frais-là que de la garder davantage, et demanda s’il y avait encore quelque chose à voir.

Mademoiselle proposa qu’il y avait une hile à Angers, qui assistait les malades sous les dames de la Charité, qui commençaient à être établies, laquelle avait un grand désir de se donner à Dieu dans la Compagnie; que c’était une hile forte et adroite, de bon esprit et de bonne espérance, mais qu’elle était sujette à un mal qui était une sorte d épilepsie, dont elle 11’était pourtant pas souvent, ni rudement travaillée.

Notre très honoré Père dit :

Vous avez à voir en ceci que c’est une maladie fâcheuse et qui peut bien causer des incommodités et même augmenter avec l’âge, maladie qui exclut des ordres et fait que celui qui en serait entaché ne peut les prendre sans dispense. Quoique, comme c’est une hile, cela ne soit pas de si grande importance, je sais toutefois qu’une communauté bien réglée ne la recevrait point. Pour cela il semble qu’on ne la doit pas non plus recevoir.

Voilà quant aux raisons. Il y a de plus qu’étant déjà employée dans un exercice où elle fait bien,, il semble qu’il vaut mieux l’y laisser, parce que la plus ordinaire tentation de ceux qui font quelque chose de bien dans le monde, est la pensée que ce qu’ils ont quitté valait mieux que ce qu’ils ont pris. Et cela les fait souvent quitter.

Vous avez pour, que c’est une hile de bon sens, de bon jugement, de force et d’adresse, qui sont des qualités bien nécessaires à une Fille de la Charité et à l’égard desquelles il semble que son indisposition ne soit pas •considérable. Que vous en semble, ma sœur?

La sœur dit qu’il lui semblait ne nous devoir point charger de ces maladies-là. Une autre ajouta que nous avions éprouvé depuis peu qu’une d’entre nous n’avait

pas réussi pour avoir cru qu’elle faisait mieux en son particulier. Les autres sœurs furent de même avis.

L’assistant de notre très honoré Père dit que, pour l’indisposition, il n’estimait pas qu’elle dût en rien empêcher ; mais, puisque la hile faisait bien où elle était, il lui semblait bon de l’y laisser, de crainte qu’elle ne fît pas de même ici.

— Et Mademoiselle Le Gras, que dit-elle?

A quoi elle répondit :

Mon Père, il me semble que, pour le mal, il n’y a rien qui empêche; mais, pour 1 autre raison qui a ete dite, ie crois qu’il est plus à propos de la laisser encore la quelque temps, parce qu’étant occupée au service des pauvres et voyant ici que peut-être elle n’y serait pas, cela la pourrait dégoûter. De plus, elle a l’applaudissement de tout le monde, et elle verrait que l’on ne la considérerait pas. Si Dieu la veut, il lui conservera son désir et la fortifiera par le temps. C’est pourquoi je pense, mon Père, qu’il est bon de la laisser là.

A quoi notre très honoré Père dit :

Je suis bien consolé, et il y a grand sujet d’espérer et de croire que Dieu a présidé à ce petit conseil par 1 uniformité qu’il a donnée à vos sentiments dans le choix des choses les plus raisonnables. Oh bien! nous la laisserons là pour le présent et nous prierons Dieu qu il lui plaise de plus en plus donner bénédiction à ce conseil. Le conseil est un don du Saint-Esprit. Il le lui faut demander et que jamais vous ne donniez vos avis qu’après vous être adressées à lui. Quand on proposera une affaire, élevez votre esprit à Dieu pour lui demander ce qu’il veut que vous y fassiez et ce que vous direz. Oh l demandons-le-lui tous ensemble et rendons-lui actions de grâces.

Sub tuum praesidium. ..

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