CONSEIL DU 5 JUILLET
Le sujet de ce conseil, mes chères hiles, est de la modestie des habits et notamment de la coiffure. La modestie extérieure est comme la montre de tout ce qui est dedans. C’est par elle que Ton juge du règlement ou dérèglement de nos âmes, et c’est par elle que l’on peut connaître de quoi notre esprit est occupé.
Cela posé, il est question, mes hiles, de voir si celles qui sont dans la Compagnie usent bien de leur habit et de leur coiffure et si elles s’en servent de la façon qu’elles doivent, et s’il ne se glisse point quelque chose de ce qu’elles ne doivent pas. Car la Fille de la Charité qui se relâchera à ne point porter sa coiffure en la forme qu’elle doit être, et qui y aura complaisance, témoignera qu’elle a l’esprit rempli de quelque chose qui n’est point de Dieu, parce que, si elle en était vraiment et qu’elle n’eût point d’autre désir que de lui plaire, elle aurait soin de se tenir en la manière qu'il la demande. Au contraire, si, appliquant ses soins à s'accommoder de quelque façon qui ne lui est point convenable et qui lui est avantageuse, elle le fait souvent et même y continue, oh ! il est aisé à juger que c’est pour plaire à quelque autre; ce qui serait un grand, un très grand mal.
Dites-moi, ma hile, si vous en savez quelqu’une dans la Compagnie en qui cela paraisse.
A quoi la sœur répondit qu’il se voyait quelquefois des sœurs à qui il paraissait des cheveux, mais qu’elle croyait que c'était pour les avoir naturellement bas; ce qui pouvait être cause que leur coiffure ne tenait pas
Document 157. — Dossier des Filles de la Charité, original écrit de la main de soeur Hellot.
assez bien pour les resserrer. Elle ne put pas dire justement le nombre.
La suivante fut de même opinion et la troisième ajouta qu’en quelques-unes il y avait de la négligence.
A quoi Mademoiselle ajouta que le nombre était assez grand et même qu’elle avait eu avis qu’en quelques-unes il y avait de l’affectation.
Ce que notre très honoré Père ayant ouï, il reprit :
Or, il est question à cette heure de voir s’il est à propos de les avertir. Il y a des raisons qui semblent le vouloir et d’autres qui en détournent.
Les raisons qui sont pour, c’est qu’il semble que votre Compagnie tenant un rang en l’Eglise de Dieu, il ne s’y doit souffrir rien qui soit autre que modeste et bien réglé. Et comme nous avons dit, la modestie est la montre qui fait voir les mouvements de l’intérieur. Voilà une raison qui veut que l’on avertisse celles qui sont dans le relâche.
Une autre est que, si elles le font à dessein et qu’elles y aient complaisance, cela ne se doit point du tout tolérer.
Une troisième est que cela ferait tort à la réputation de la Compagnie de voir des filles à qui on verrait des cheveux. Mon Dieu! que peut-on en dire? Car entre les vanités il n’y en a point de plus dangereuse que celle qui se tire de la coiffure, comme étant celle qui donne l’ornement au visage. Ah ! non, il n’y en a point de pire.
Voilà donc les raisons qui semblent porter à les avertir.-
Contre cela, vous avez dit que peut-être ne pensentelles à aucun mal et que cela les y pourrait faire penser, qu’elles le pourront prendre de mauvaise part, s’en fâcher, faire bruit et se dégoûter. Et pour cela il semble qu’il vaut mieux les laisser aller leur train ordinaire et
ne leur point donner sujet de penser du mal, où elles n’en savent peut-être pas.
Vous semble-t-il, ma sœur, que Ton les doive avertir?
A quoi la sœur dit qu’il lui semblait que l’on le devait faire par quelque motif que ce fût qu’elles le fissent, parce que, si elles le faisaient dans l’innocence, elles ne le trouveraient pas mauvais ; si elles le faisaient par affécterie, elles ne voudraient pas que cela parût, et partant elles s’en corrigeraient.
Laquelle opinion fut suivie des autres.
Après quoi, Monsieur Vincent reprit :
Je loue Dieu de tout mon cœur, mes filles, des lumières qu’il vous donne et de ce qu’il vous a fait connaître qu’il fallait corriger cela. Oh! non, cela ne se doit point souffrir pour tout. Il faut que chacun soit comme il doit être, et l’Eglise l’ordonne ainsi. Les canons portent de ne point permettre à un prêtre de dire la messe qu’il n’ait le poil fait comme il le doit avoir, et même elle veut qu’on le leur fasse malgré eux. Oh bien! Dieu soit béni! tenons-nous-en là. Il faut que nous montrions à qui nous appartenons. Oh! il est donc bon qu’elles soient averties. Il reste à voir de quelle façon on le doit faire.
Comment vous semble-t-il, ma sœur, qu’il se faille prendre pour cela?
A quoi la sœur dit qu’elle pensait que cela se devait faire doucement et sans leur donner aucunement à penser que" l’on juge qu’elles le font exprès, mais présupposant qu’elles n’avàiént pas la commodité d’une bandelette pour tenir leurs cheveux.
La seconde dit qu’il serait à propos de les avertir familièrement qu’elles ne se coiffent pas bien et leur dire qu’on le leur veut apprendre.
Lesquelles opinions furent suivies de la troisième.
A quoi Mademoiselle ajouta que quelquefois on leur disait ce qui avait été dit dans une conférence exprès pour cela, savoir que c’étaient des serpents, et s’il n’était point à propos de le leur dire encore; ce qui fut trouvé bon; comme aussi s’il ne serait point expédient que ce fût quelqu’une des sœurs du conseil qui, dans le rencontre, les avertît, parce qu’elles pourraient avoir créance en elle; ce que Monsieur Vincent dit qu’il pouvait se faire parfois, mais que néanmoins, autant que faire se pouvait, les avis se devaient réserver à la supérieure.
Mademoiselle dit de plus qu’il y avait encore une immodestie, qui est de n’avoir pas les manches de chemise attachées; ce qui est cause que souvent à plusieurs l’on voit les bras jusque bien avant.
A quoi Monsieur Vincent dit qu’il fallait bien prendre garde et qu’il serait nécessaire, quand on a aperçu comme cela quelque défaut, d'en faire quelque conférence.
La seconde proposition qui fut faite, ce fut de savoir si deux de nos sœurs devaient aller tous les jours l’aprèsdînée visiter les malades. Ce que notre très honoré Père proposa en cette sorte :
Mes hiles, il y a à voir s’il est expédient que deux d’entre vous aillent tous les jours, l’après-dîmée, visiter les pauvres malades de la paroisse pour les consoler. Il y a des raisons puissantes pour nous exciter à cet exercice, et il y en a . d’autres qui semblent nous détourner de l’entreprendre.
Nous avons pour vous induire à cela que la visite des pauvres en soi est une action très agréable à Dieu ; que ces visites peuvent apporter beaucoup d’utilité aux malades, qui peuvent souvent manquer d’instruction et à qui nos sœurs qui portent les remèdes le matin ne se
peuvent pas beaucoup arrêter à parler, pour en avoir un très grand nombre à servir; que cela peut même nous être bien utile, parce que nos sœurs se feront à voir les malades et à leur parler, qu’elles pourront même s’informer si celles qui ont charge de les servir s’acquittent bien de leur devoir.
Voilà quatre raisons qui semblent convier d’embrasser cet exercice, et pour la gloire de Dieu et pour 1 utilité du prochain et pour notre intérêt, considéré en la même gloire de Dieu et service du prochain.
Contre cela vous avez qu’il semble qu’il ne soit pas convenable à des filles d’aller visiter et consoler les malades, que l’Eglise même réserve cela aux ecclésiastiques, que les autres paroisses ne l'ont pas et se contentent des sœurs qui servent ordinairement, que monsieur le curé ou ses ecclésiastiques s’en pourraient mécontenter et croire que l’on voudrait anticiper sur leur charge. Ils pourraient dire : « C'est trop s’émanciper. N’est-ce pas assez que celles qui doivent servir les pauvres aillent, le matin, leur porter les remèdes, et, à dîner, leur portion, sans qu’il en aille d’autres, l’aprèsdînée, pour les consoler? » Ils pourront dire cela, mes filles, et encore d’autres choses que je ne sais pas. Il y en a chez nous de députés pour cela, et il me souvient qu’au commencement nous apprîmes que monsieur le curé ou ses gens d’église en avaient pris alarme, de sorte qu’il nous fallut envoyer demander permission de continuer.
Or, voyez, mes filles, si, pour toutes ces raisons, il ne serait point plus à propos de ne le pas faire. Que vous en semble, ma sœur ?
A quoi la sœur répondit qu’il lui semblait expédient de le faire, pour les raisons qui avaient été dites, et que, pour celles qui semblaient y contrarier, il y en avait
deux qui se pouvaient fort facilement résoudre, savoir celle qui dit n’être pas convenable aux femmes, par une autre qui est que c’est notre profession; et une autre, qui est que les autres paroisses ne l’ont pas, par une autre, qui est que le corps de notre communauté est sédentaire sous celle-ci. Quant à l’ordre de l’Eglise et aux intérêts de monsieur le curé, elle n’avait rien à dire là-dessus.
A quoi Monsieur Vincent reprit que l’Eglise ne l’ordonnait pas, mais qu’elle ne le défendait pas aussi. Et il demanda à la sœur qui suivait ce qui lui en semblait, laquelle ht réponse qu’il lui semblait très utile de le faire, par toutes les raisons déjà dites; et que, comme on a toujours des remèdes à porter l’après-dînée, ce pourrait être les sœurs qui auraient charge d’aller à la visite, qui les porteraient, et que, comme cela, il ne paraîtrait point qu’elles allassent pour autre chose et ne laisseraient de consoler les malades, s’apprendre à leur parler et s’informer si celles qui les servent les ont contentés.
La sœur qui suivait ajouta à cela que, pour faire que la chose ne parût point, il lui semblait à propos que ce ne fût pas tous les jours, mais seulement quelquefois la semaine.
Monsieur Vincent ayant demandé à Mademoiselle ce qu’elle en pensait, celle-ci dit qu’elle avait envisagé cet exercice comme d’une grande utilité tant pour les malades que pour les sœurs, et n’avait pensé qu’il y dût avoir d’empêchement à le faire tous les jours, parce que, dans les autres paroisses, il y a des dames qui vont tous les jours visiter les malades et que, n’y en ayant point en celle-ci, les visites de nos sœurs tiendraient lieu de cela; que néanmoins, pour les raisons qui avaient été dites, elle trouvait à propos qu’il fût comme il avait été
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proposé et que l’avis qu’avait donné une des sœurs de porter les rernedes en visitant les malades, lui semblait bien expédient, et qu’il serait bon qu il en allat toujours une nouvelle et une ancienne ensemble, et que, changeant fort souvent de sœur, on ne s’apercevrait point qu il y en eût d’autres que celles qui sont pour servir les pauvres.
A quoi notre très honoré Père, reprenant son discours, dit :
Je loue Dieu, mes filles, et j’ai toujours sujet de le louer de plus en plus des lumières qu’il vous donne pour vous conduire toujours à ce qui est meilleur. Ah! oui, il sera très utile que l’on visite les malades, et il est très bon que celles qui les visiteront leur portent les remèdes qui se doivent porter les après-dînées. Et je suis bien aise encore de cette modération que vous avez apportée à ne le pas faire tous les jours. Cela pourrait incommoder la maison, qui ne pourrait pas toujours fournir des hiles. Et puis les malades mêmes s’en pourraient ennuyer. Il vaut mieux qu’il soit ainsi. Il est très à propos aussi que ce soit une nouvelle avec une ancienne. La nouvelle écoutera et se formera sur ce que dira l’ancienne, pour s’en servir quand elle sera députée pour y aller avec une plus nouvelle qu’elle.
Et de tout ce que dessus, Monsieur Vincent ayant demandé l’avis à Monsieur Aimeras, son assistant, celui-ci trouva tout fort à propos et dit qu'il ne croyait pas que, le faisant en la manière qui était résolue, monsieur le curé, ni ses gens d’église en pussent prendre aucun ombrage, mais qu’au contraire ils auraient sujet d’être plus satisfaits de l'assistance que l’on rendrait à leurs malades, voyant que ce serait encore un nouveau soin que d’envoyer voir Laprès-dînée s’ils étaient contents de la sœur qui les avait servis le matin.
La dessus, notre très honore Père fit appeler nia sœur Elisabeth Martin et ma sœur Henriette, de Saint-Germain, et les ayant fait asseoir, il s’adressa à la première : « Eh bien! ma sœur Elisabeth, lui dit-il, pourquoi êtes-vous venue? » A quoi elle répondit : « Pour faire la volonté de Dieu. » Et Monsieur Vincent, tout joyeux de cette réponse, se tourna vers Monsieur Alméras : « Eh bien! Monsieur, lui dit-il, en voulez-vous davantage? » Et se retournant vers elle, il lui dit : et Oh bien! ma fille, Dieu soit béni de ce que vous êtes venue pour faire sa volonté! Il s’en présente une grande occasion, qui est 1 établissement qui se doit faire de votre Compagnie pour servir un hôpital dans une des fameuses villes du royaume, et la Providence divine vous a choisie pour être sœur servante. » A quoi elle répondit qu elle en était bien incapable. Et notre vénérable Père, reprenant la parole, dit :
Il est question a cette heure de voir si une Fille de la Charité qui va etre sœur servante dans un pays éloigné, avec six ou sept filles, dans un nouvel établissement, a besoin d’une ou deux filles pour lui servir de conseil. U y a des raisons pour cela et d’autres qui sont contre.
Vous avez pour cela qu’étant éloignée de Paris, elle n’a personne de qui elle puisse prendre conseil comme elle se comportera, tant à l’égard des pauvres, de ses sœurs que de messieurs les maîtres. Il arrivera une affaire imprévue, dont elle n’aura jamais ouï parler; elle sera en perplexité et ne saura que faire. Il en arrivera plusieurs à la fois; elle sera encore plus empêchée. Un esprit ne peut pas suffire à tout. Quand elle aura communiqué de cela avec une ou deux, qui auront confirmé
son avis, elle en sera plus assurée et son esprit sera en repos.
D’ailleurs, elles sont là pour obéir aux maîtres. Il
n’est point nécessaire de conseil pour cela. Une servante dans une maison ne va pas prendre conseil si elle fera ce que son maître lui dit. De plus, prenant conseil d’une ou deux de ses sœurs, elle ne trouverait pas leur avis convenable et ferait d’une autre façon; car il faut remarquer que, la supérieure prenant avis, il est à elle de ne pas faire ce qui lui est conseillé, si elle trouve qu’il soit mieux fait d’une autre façon. Ce qui arrivant, les filles seraient peut-être mécontentes de voir leur avis méprisé. De plus, les autres sœurs pourraient avoir jalousie contre celles qui seraient du conseil, et cela pourrait être cause de quelque division ; tellement qu’il semble que, pour toutes ces raisons, il vaudrait mieux qu’il n’y en eût point. Que vous en semble, ma sœur?
A quoi la sœur répondit quelle pensait être expédient qu’il y en eût, pour les raisons qui avaient été dites, et qu’il n’était pas à craindre que les autres sœurs portassent envie à celles qiii seraient nommées pour cela, sachant bien que ce serait par le choix de nos supérieurs.
Les autres dirent qu’elles avaient eu la même pensée et que ce serait un grand repos pour la sœur servante.
Il fut question de savoir si une suffirait, ou s’il en fallait deux.
Une des sœurs dit qu’elle pensait que pour l’ordinaire une pourrait suffire et que, s’il arrivait quelque affaire où il fût besoin de plus, elle en pourrait appeler une seconde.
Celle qui la suivait dit qu’il lui semblait être assez d’une, parce que, n'étant que le nombre de six, s'il fallait que la sœur servante en appelât deux, la moitié de la communauté serait du conseil.
Les deux autres opinèrent comme la première, à n’en avoir qu’une pour l’ordinaire et deux pour les grands besoins. A quoi Mademoiselle inclina aussi.
Et Monsieur Aimeras ayant été invité d’en dire sa pensée, dit qu’il lui semblait fort bon que, dans les affaires plus importantes, qui n’arriveraient peut-être pas en six mois une fois, la sœur appelât une troisième. Ce qui se pourrait même faire sans que les autres s’aperçussent que c’était pour lui demander conseil.
La cinquième proposition fut de savoir si leur conseil se tiendrait à un jour réglé, on si ce serait seulement quand il en serait besoin.
Les deux sœurs premières interrogées dirent qu’il leur semblait à propos que ce fût plutôt dans l’occasion, que non pas un jour exprès, parce qu’il se trouvait quelquefois des affaires qu’il fallait résoudre promptement et que l’on n’avait pas pu prévoir auparavant.
La suivante fut de même avis pour la même raison et ajouta que, telles affaires arrivant, l’on ne pourrait pas attendre le jour du conseil pour les décider. La dernière fut de même avis.
Et Mademoiselle, étant requise de dire le sien, dit qu’il lui semblait que, pour rendre la chose plus authentique, il serait bon que ce fût un jour réglé que l’on s’y assujettirait, que l’on pourrait prévoir une^partie des choses qui pourraient arriver et que cela n’empêchait pas, s’il en survenait quelqu’une de pressée, que l’on ne s’assemblât pour voir ce qu’il serait bon de faire, que celles qui verraient la sœur servante et les sœurs souvent parler ensemble ne penseraient pas toujours que ce fût pour affaires, et, au contraire, quand on verrait qu’elles auraient jour préfix pour cela, elles y donneraient plus de créance.
Monsieur Vincent ayant demandé son avis à Monsieur Alméras, celui-ci dit que jusqu’alors il n’avait pas vu qu’il fût nécessaire de le tenir plus souvent que dans les rencontres, mais que, pour les raisons alléguées par
Mademoiselle, il trouvait bien à propos que ce fût toutes les semaines; que, quand les sœurs seraient assemblées, si elles avaient quelque chose à dire, elles le feraient, que, si elles n’avaient rien, la supérieure pourrait dire : « Mes sœurs, nous sommes venues ici parce que c’est notre jour et que la règle nous le commande, mais je ne sache rien pour le présent; remettons, s’il vous plaît, à la huitaine. »
Sur quoi, Monsieur Vincent commença :
Il est donc arrêté que pour l’ordinaire il n’y aura qu’une fille pour le conseil de la sœur servante, ou, celle-là n’y étant pas, elle en pourra appeler une autre, qui lui sera nommée ; et ayant quelque chose de bien important, elle les pourra prendre toutes deux, c’està-dire qu’elle pourra appeler la troisième, sans que cela paraisse, et lui demander : « Ma sœur, que vous semble de telle chose? » sans que les autres s’aperçoivent que c’est pour lui demander conseil ; et il n’est pas à craindre que les autres en soient jalouses; oh! non, il ne‘ faut pas croire que nos sœurs soient si imparfaites. Il ne faut pas penser non plus que les opinions diverses causent de la division, car Dieu y présidera pour y faire opiner selon sa volonté.
Mais je ne suis pas encore résolu si ce doit être un jour arrêté, ou si ce sera seulement aux rencontres. Il est à craindre, à un jour nommé, que cela ne paraisse trop. Les administrateurs pourraient dire : « C’est aujourd’hui votre jour de conseil; qu’avez-vous résolu? » ou quelqu’autre chose qui ne serait pas à propos. Nous ne conclurons point celui-là; et même je rétracte ce que j’avais dit dernièrement, que l’on le tiendrait céans toutes les semaines. Il y a des communautés où ce n’est que tous les quinze jours, ou moins encore, et nous aviserons à cela. Il faut aussi ôter ce mot de conseillère .
Cela est un peu fastueux. Cela s’appelle ordinairement aide 1.
Oh ! Diieu soit béni ! Mais que donnerons-nous à ma sœur Elisabeth pour faire son voyage? Car il faut que chacune lui fasse un présent. Voyons quelle vertu nous avons à lui bailler.
La première lui donna l’amour de Dieu. La seconde lui donna la charité, qui ne consiste pas seulement en l’amour de Dieu, mais aussi en celui du prochain, et particulièrement des pauvres qu’elle aura à assister, et des sœurs qu’elle aura à conduire. La troisième lui donna l’humilité, comme lui étant très nécessaire. La quatrième lui donna la patience dans toutes les traverses qui lui pourraient arriver. Mademoiselle lui donna le support cordial envers les sœurs. Monsieur Alméras, requis de lui faire son présent, dit qu’/il avait eu pensée de lui souhaiter la charité, que, voyant qu’elle avait été prise, il avait jeté les yeux sur la patience, qui avait été prise aussi, mais que ce qu’il lui souhaitait de plus était une patience gaie et sans aucun chagrin, contente de souffrir toujours tout ce que Dieu voudrait.
Monsieur Vincent, reprenant la parole, dit :
Voilà bien des richesses, ma hile, dont je vous souhaite la plénitude. Ce que je vous désire très particulièrement est l’accomplissement de la volonté de Dieu, qui ne consiste pas seulement à suivre ce que nos supérieurs nous prescrivent, quoique, comme vous avez dit, ce soit un chemin assuré pour le faire, mais à répondre à tous les mouvements intérieurs que Dieu nous envoie. C’est à quoi notre sœur Marie Despinal était bien fidèle et c’est ce que je demanderai à Dieu pour vous.
Nous avons encore un mot d’avis à demander, savoir
i. Une croix indique qu’ici devrait se placer le passage ajouté en appendice par sœur Hellot sur le choix du confesseur de Nantes.
si nous devons faire revenir à la maison une sœur dont
une dame ne se contente pas.
Ayant été dit qu’une sœur la connaissait, il s’adressa à elle. Elle dit la connaître pour être entière en ses volontés, de telle sorte qu’il n’était pas possible de la faire relâcher; de plus, qu’elle était un peu mondaine.
Monsieur Vincent, ayant ouï cela, reprit :
Voilà des raisons pour la faire revenir à la maison. Mais il y a contre cela que, les dames, voyant que, sur ce qu’elles ont témoigné ne la pas agréer, car ce n’est pas qu’elle ne soit bonne fille, mais c'est que cette dame n’est pas personne à qui toutes sortes de visages plaisent, voyant, dis-je, que pour cela on l’a retirée, elles pourront prendre sujet, à La moindre chose qu’elles verront en une autre qui ne leur sera pas agréable, d’en faire plainte et de prétendre que l'on leur doit ôter. Voyez, ma fille, s’il vous semble à propos, cette raisonlà posée, de la retirer.
La sœur qui dit la connaître répondit que oui et qu’il servirait beaucoup à corriger ses humeurs de la remettre au logis, où elle n'aurait pas tant de liberté de contrarier qu’avec une sœur toute seule.
Celle à qui il fut demandé ensuite dit que, pour toutes ces raisons, il était bien expédient qu’elle revînt et que, ne le faisant pas si promptement et la dame ne l’ayant pas dit ouvertement, elle ne pourrait pas prétendre que c’est à cause d’elle qu’on l’a retirée.
Toutes les autres conclurent de même.
Mademoiselle dit que cela se‘ pourrait faire si à propos que ladite dame n’en apercevrait rien.
Ce que notre très honoré Père trouva très bien. Et voulant en proposer quelqu'une pour mettre à sa place, il s’aperçut qu’il était trop tard et dit :
Oh bien ! Mademoiselle, vous jetterez votre vue sur quelqu’une.
Et se mettant à genoux, il dit le Sub tuum 'praesidium, , et ensuite :
je prie Jésus-Christ, mes filles, qu’il soit lui-même le remerciement à son Père de toutes les grâces qu’il départ à votre Compagnie et qu'il lui plaise encore nous donner la connaissance et P accomplissement de sa sainte volonté.
Benedictio Domini Nostri J esu Christi...
En ce lieu, j’avais oublié de mettre la proposition d’un confesseur pour nos sœurs de Nantes. Monsieur Vincent dit là-dessus qu’il y avait un honnête homme, autrefois lieutenant général à Nantes2, lequel s’était fait ecclésiastique, sans aucun bénéfice, mais seulement par dévotion, qui s’était offert à servir nos sœurs en tout ce qu’il pourrait.
Voyez donc, mes Elles, dit-il, s’il est à propos ou qu’il soit leur confesseur ordinaire, ou que d’ordinaire elles aillent à un autre et que de temps à autre elles se servent de celui-ci. C’est un grand homme de bien, homme d’oraison et très affectionné à votre Compagnie.
Toutes les sœurs se trouvèrent d’accord, que, s’il en voulait prendre la peine, il serait bien avantageux à nos sœurs.
Mademoiselle proposa qu’en le faisant il serait bon que quelquefois l’année elles allassent à un extraordinaire. Ce que notre très honoré Père dit être nécessaire et permis aux religieuses, quatre fois l’année, par le concile de Trente.
J’avais encore oublié de dire, au commencement de cet entretien, que Monsieur Vincent, voyant Mademoiselle se lever pour lui parler, et toutes les sœurs avec elle, dit :
Cela est fort bien, et je pense qu’il est bon, quand la