XIII
de la Croix susnommée, laquelle, se trouvant étonnée par son humilité, demandait à en être exemptée, ne sachant encore ce que c’était.
Après le Vent , Sancte et avoir mis les mémoires ès mains de Monsieur Vincent, il nous dit .
Mes soeurs, il est nécessaire que vous sachiez que, dans •ces petites assemblées, nous devons parler en la vue de Dieu, avoir grande attention a ce qui s y dit, pour pouvoir mûrement donner son avis et pour ne pas user de redites; ce qui sera facile quand, retenant ce qu une sœur aura dit et étant d’un même avis, l’on pourra dire : « Il me semble que ce qui a été dit se peut faire pour les raisons que l’on a dites. » Et de plus : a J’ai pensé telle et telle chose pour telle et telle raison » ; car, voyez-vous, mes sœurs, où il s’agit de la gloire de Dieu, il ne faut point de respect humain, quoiqu’il ne faille pas manifestement contredire, mais aussi faut-il simplement donner son avis quand nos supérieurs nous le demandent.
La première chose qui fut proposée, ce fut si nous devions envoyer des sœurs en Picardie pour assister notre sœur Guillemine et trois autres qui étaient parties, il y avait longtemps, pour assister les pauvres affligés et malades en ces quartiers-la a cause de la ruine des guerres de l’année précédente, qui avait tout réduit en grande misère.
— - Mes sœurs, nous dit notre très honoré Père, pour bien juger des choses, il est nécessaire que la personne qui les propose dise la chose et ensuite les raisons qu il y a pour la faire, et les inconvénients qu il y a delà faire ou de la laisser. Je vous dirai donc, mes sœurs, qu il semble qu’il serait bien à propos d’envoyer de nos sœurs en ce lieu-là : premièrement, parce que ma sœur Guillemine le souhaite; secondement, parce que ce n’est pas la coutume de la Compagnie de laisser des sœurs seules,
comme elles sont, étant éloignées l’une de l’autre d’une lieue et demie; en troisième lieu, les messieurs qui sont en ces quartiers-la pour la meme assistance des pauvres, ont ju§é à propos de bailler à chacune de nos sœurs une fille, qu ils ont fait venir de Reims, qui n’est pas bien accordante, quoiqu’il y ait de sa faute, ou de celle de notre sœur, tellement qu’il serait à souhaiter, pour toutes ces raisons, d’y envoyer plutôt de nos sœurs que de les laisser.
D’autre côté, pour y envoyer il y a cette difficulté, que vous n’en avez pas. L’on vous en demande en plusieurs endroits et vous n’y sauriez entendre. Une autre raison pour n’y en envoyer pas, c’est que c’est une chose passagère et qui ne saurait plus guère durer. Mais la plus forte raison est que, comme elles ne sont pas beaucoup éloignées, elles se peuvent consoler et entr’aider de conseil l’une l’autre en se voyant.
Et ensuite, commençant par ma sœur Jeanne, il lui dit :
Votre avis, ma sœur?
Notre sœur faisant difficulté de parler la première, vu que c’était la première fois qu’elle se trouvait à la petite assemblée, Monsieur Vincent lui dit :
Ma sœur, c’est à vous à parler; l’on en use de la sorte de commencer par celle que l’on a fait asseoir à main droite.
Par là il évitait de lui dire que c’étaient les dernières que l’on faisait parler les premières. D’où nous devons tirer exemple de ne pas humilier les personnes à qui nous parlons. Ce qui s’est toujours remarqué dans les entretiens et conférences de notre très honoré Père, comme aussi, pour l’ordinaire, dans les communications particulières.
Notre sœur dit :
Monsieur, ce n’est donc pus un etablissement a quoi nos sœurs sont employées; car, si cela était, il semblerait bien à propos de ne pas laisser nos pauvres chères sœurs si seules, et je sais que c’est une grande peine d’avoir à vivre et s’employer avec des personnes qui ne sont pas de notre sorte.
A quoi Monsieur Vincent répondit que non et que l’on n'était là que pour un temps.
Et vous, ma sœur, que vous en semble?
— Monsieur, je crois qu’il n’est pas beaucoup necessaire d’envoyer une de nos sœurs, pour les raisons dites, quoique ce soit une très grande peine d’être seule en un lieu.
Et vous, ma sœur ?
— Monsieur, selon les besoins que ma sœur Guillemine fait paraître avoir d’une sœur et toutes les autres raisons que vous avez remarquées, , il me semble y avoir nécessité d’envoyer une de nos sœurs pour sa satisfaction.
— Et votre sentiment? dit notre très honoré Père à celle qui était proche de lui 2.
— Il me semble, mon Père, que le désir que notre sœur a d’avoir une sœur, est juste en quelque façon, mais que, nous voyant en la grande difficulté dans laquelle nous sommes, il est bon de différer de lui en envoyer; car d’être avec une autre, ce lui sera un sujet de pratique de vertu, étant obligée, pour l’exemple du prochain, de souffrir beaucoup de choses. Ce qui presserait le plus est la crainte que, notre coutume n’étant pas de laisser une sœur seule en un lieu, cela pourrait tourner à conséquence. Mais, ainsi que notre sœur a très bien remarqué, comme ce n’est pas un établissement, il n’y a point d’inconvénient.