‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 5)Chapitre 213 sur 314 · Louise de Matillac · texte numérisé non relu

Louise de Matillac

Monsieur Vincent dit :

Oh bien ! mes sœurs, il faut donc différer.

Et sur la proposition qui lui fut faite, savoir si elle ne pourrait pas avoir d’aide de nos sœurs qui sont à Sedan, sa charité prit résolution d’en écrire aux messieurs de la Mission qui sont en ces quartiers-là.

Une autre proposition fut d’envoyer une de nos sœurs à Hennebont, en Basse-Bretagne, en un hôpital de malades et d’autres pauvres, auquel sont deux de nos sœurs, savoir ma sœur Anne Hardemont et ma sœur Geneviève. Et comme il y a beaucoup plus d’ouvrage qu’elles n’en peuvent faire, et que l’on avait été contraint d’accorder qu’il demeurât une fille avec elles, tant pour leur donner intelligence du parler bas-breton, que pour leur donner d’autre adresse, nosdites sœurs n’y furent guère de temps sans reconnaître l’incompatibilité d’avoir des personnes autres que de notre Compagnie pour associées ; et pour cette raison elles demandaient avec grande instance une sœur.

A quoi Monsieur Vincent, après avoir, par son ordinaire charité et humilité, pris l’avis de nos sœurs, dit :

Te vous prie que la résolution que nous prenons soit effectuée au plus tôt; j’ai promis à ces messieurs qu’il leur serait envoyé une sœur.

A quoi repartit la sœur servante :

Mon Père, les difficultés que nous trouvons d’envoyer une sœur seule un si long voyage, et la peine d’en avoir de propres pour cela en toute manière a été cause du retardement.

- — - Or, savez-vous, ma sœur, ce qu’il faut faire? Il faut prendre garde quand le coche d’Orléans partira et qu’il y aura dedans quelque personne de ccnna s ance et quelque assurance qu’elles seront en bonne compagnie, les recommander au cocher et lui donner plutôt quelquechose; étant arrivée à Orléans, elle y tardera plutôt quel-

ques jours pour se mettre sur l’eau avec personne assurée. Et après toutes ces précautions, il se faut fier en la conduite de la divine Providence, qui ne nous manque jamais en nos besoins. Je ne pense pas que, dans les voyages que nos sœurs ont faits, il leur soit rien arrivé, par la grâce de Dieu, qui nous puisse donner sujet de crainte. N’est-ce pas, mes sœurs?

A quoi il fut répondu que la bonté de Dieu nous avait toujours protégées.

Qu’il en soit béni, mes sœurs !

ETne autre proposition, qui portait nécessité d'envoyer une sœur d’intelligence à Chars, auquel lieu était décédé depuis un an un curé très homme de bien et qui avait eu toujours grand soin de nos sœurs, lesquelles l’honoraient beaucoup et y avaient grande confiance. Mais celui qui occupait sa place, quoique très homme de bien, mais fort exact et rempli des maximes des jansénistes, voulait les obliger à rendre compte en particulier de leur intérieur et de toutes leurs actions, voulait qu’elles fissent des confessions générales et plusieurs autres choses. A quoi nos sœurs ne se pouvaient résoudre. Et quoique sans rien gâter, quelques esprits accordants et discrets auraient pu le contenter. Bien au contraire, elles étaient tellement aigries que véritablement nous ne saurions nous exempter de donner le tort à nos sœurs, eu égard à 'la condition de pasteur et aussi en toute matière. Ces bonnes sœurs avaient besoin d’une visite très exacte, joint aussi que, Madame la marquise d’O étant trépassée, ce lieu-là appartenait à Monsieur de Luynes.

Ce qu’entendant, notre très honoré Père dit :

Il faut bien au plus tôt y envoyer, pour plusieurs raisons, dont la première est qu’il ne faut pas que nos sœurs aient aucun différend avec messieurs les curés, que Monsieur de Luynes est extrêmement exact et qu’in failli-

blement ce bon monsieur et monsieur le curé sont de ces opinions nouvelles; et c’est pour cela, mes chères sœurs, que nous devons choisir une sœur de grande prudence : premièrement, pour connaître le tort de nos sœurs, car il est bien à croire qu’il y en a de leur part; et puis il sera bon de nous donner avis de ce qui serait extraordinaire, pour y donner ordre.

Après les avis pris de nos sœurs sur ce besoin, Monsieur Vincent, notre très honoré Père, dit :

Il sera bon que ce soit ma sœur Julienne, étant aussi nécessaire, pour quelque raison, qu’elle allât à la campagne, et que ce soit le plus tôt que ce pourra.

Ensuite fut proposé s’il fallait recevoir une bonne religieuse sortie d’un couvent avec quelques autres qui en furent ôtées à cause de la possession de plusieurs, très bonne hile, qui souhaitait ardemiment être de notre Compagnie.

— Cela est de très grande importance, mes sœurs, pour plusieurs raisons. C’est une religieuse sortie d’un couvent où elle était il y avait longtemps ; et par conséquent sa manière de vie a été bien différente de la vôtre. On ne saurait la recevoir sans dispense du Saint- Père. Elle a des parents qui la veulent mettre ailleurs et qui sont personnes de condition, quoique ce ne soit pas là un sujet de refus. Que vous semble, ma sœur?

A quoi ma sœur dit :

Monsieur, cela serait un peu étrange de voir une religieuse parmi nous, et peut-être que nos sœurs en seraient peinées. Cette bonne hile a grande peine à marcher.

Et vous, ma sœur?

— - Il me semble, Monsieur, que cela ne nous serait guère propre. Elle n’est pas accoutumée au travail; et puis, si l’on voyait une religieuse parmi nous, il ne faudrait plus que cela pour faire dire que nous le serons bientôt toutes.

Ma sœur julienne :

Il me semble, Monsieur, que pour toutes les raisons que vous avez dites, et nos sœurs, qu’il ne serait guère à propos de recevoir cette bonne religieuse.

Ensuite sa charité demanda à la sœur servante ce qui lui semblait que l’on dût faire, et elle dit :

Mon Père, il est vrai que cette religieuse a grand désir d’être de la Compagnie, dit avoir assurance qu’elle peut sans dispense quitter son habit et entrer en telle religion et Compagnie qu’elle voudra, à cause que les raisons qui l’ont fait sortir de la maison religieuse où elle était font que sa sortie est tenue pour régulière, que l’on n’y reçoit plus aucune fille et qu’il y a grand maléfice dans la maison, même plusieurs religieuses encore possédées. Néanmoins, mon Père, sans...

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