‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 5)Chapitre 221 sur 314 · CONSEIL DU 27 FÉVRIER · texte numérisé non relu

CONSEIL DU 27 FÉVRIER

Le dimanche 27 février, on s’assembla à Saint-Lazare, pource que la précédente conférence n’avait pas ete achevée à cause de la venue d’un évêque, où les mêmes personnes étaient, et Monsieur Portail.

Après que notre très honoré Père eut demandé l’assistance du Saint-Esprit, il demanda à Mademoiselle Le Grais de quoi il était question, laquelle rendit compte de ce qu’elle avait voulu faire pour exécuter ce qui avait été résolu pour la sortie de la hile dont il a été parlé ci-dessus, et dit :

Mon Père, c’est que voulant faire ce que votre charité avait ordonné la dernière fois touchant la hile a laquelle on faisait difficulté de donner l’habit, il s’est trouvé qu'elle n’avait pas été trépanée:; au moins l’a-t-elle désa-

Document 170. - — Dossier des tilles de la Charité, écriture de sœur Guérin.

voué. Et comme la résolution de la renvoyer avait été principalement sur cela, nous avons différé jusques à cette heure, selon ce que vous dites à ma sœur Julienne, qui vous vint demander ce que nous ferions sur ce sujet.

Depuis quelle a eu cet avis, elle s’est rendue plus exacte au travail, paraît de bonne volonté et même fut fort touchée quand on lui dit qu’elle ne nous était pas propre, avoua qu’il était vrai quelle avait eu une jambe démise et qu’elle ne se pouvait tenir assise dessus, mais que cela ne l’empêchait pas de marcher. Pour le mal de tête, auquel elle a dit être sujette fort souvent, on ne s’est pas aperçu qu’elle s’en soit plainte depuis, bien qu’ auparavant elle l’avait fait. Il n’y a que ses légèretés qui paraissent toujours en de certaines rencontres. S’il plaît à votre charité, mon Père, que nos sœurs vous disent ce qu’elles ont reconnu, elles le pourront mieux dire que moi.

Les sœurs étant interrogées par notre très honoré Père, trois dirent qu’elles avaient remarqué bien du changement en elle, qu’elle s’était employée fort volontiers à toutes sortes d’ouvrages, qu’elle était plus retenue à 1 égard des sœurs anciennes, mais qu’elles craignaient que ce fût seulement de crainte d’être renvoyée, pource que ce respect n’était pas en général et qu’elle paraissait fort hardie à parler aux sœurs avec lesquelles elle était employée; qu’encore qu’elle travaillât assez bien, on voyait bien qu’elle s’efforçait et ne laissait pas de sentir de l’incommodité; qu’il paraissait quelque duplicité en ses paroles et qu’elle ne ferait peut-être pas grand’chose quand elle aurait l’habit ; ce qui était fort à craindre, puisque, dès le commencement, elle avait paru d’humeur à ne se pas beaucoup peiner ; et que, pour toutes ces raisons, elles pensaient qu’elle n’était pas propre.

Une autre sœur fut du même avis, ajoutant que, lui

demandant pourquoi elle n’avait pas l’habit, elle lui avait répondu que Dieu ne le voulait pas et qu’elle avait été si mal avisée que d’aller dire qu’elle avait été trépanée; ce qui la faisait trouver n’être pas véritable, puisqu’elle avait dit le contraire à Mademoiselle.

Une autre sœur dit qu’elle avait peine de penser au renvoi, à cause de sa bonne volonté.

Mademoiselle dit que sa pensée était de préférer pour cette fois la miséricorde à la justice et de lui donner l’habit, à condition que, si ses infirmités ne lui permettaient pas de faire les exercices que les Filles de la Charité sont obligées de faire, elle ne trouverait pas mauvais si on la renvoyait. Voilà, mon Père, mon sentiment, dit Mademoiselle, quoique je craigne fort cette légèreté d’esprit ; car les filles qui y sont sujettes ne sont propres à rien et on ne les oserait envoyer, ni exposer au dehors, à cause de cela. Or, celle-ci est une personne qui a fort lu, dans le Vieil Testament et dans le Nouveau, quand elle était en son particulier. Ce qu’elle faisait -le plus souvent était d’aller au sermon, aux églises; et, pour avoir cette satisfaction, il est à croire qu’elle ne faisait pas grand’ chose; se passait de peu pour sa nourriture. Ce qui fait juger cela, c’est qu’elle n’a rien épargné du tout pour ses habits. Elle n’en a qu’un, qui est plus propre à une demoiselle qu’à une fille de la sorte. C’est là, ce me semble, une grande marque de légèreté.

— Remarquez, M a demoiselle, dit notre très honoré Père, que jamais vous n’avez vu de filles de cet esprit qui aient bien réussi, ni été fermes dans leur vocation. 11 n’y a point sujet d’en espérer grand’chose. Tantôt elles veulent et puis elles ne veulent pas.

Mademoiselle dit encore :

Mon Père, ce qui me fait douter si c’est une bonne vocation, c’est que, quand je La voulus renvoyer, elle fit pa-

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