‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 5)Chapitre 23 sur 314 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

Dieu, créateur et souverain architecte de toutes choses, ayant créé l’homme à son image et semblance, composé de corps et d’âme, a, par même moyen, créé un aliment peur h entretien du corps et en a institué un autre pour le nourrissement de l’ame. L’aliment du corps est le pain et le vin, celui de 1 ame le corps de Notre-Seïgneur, parce que, tout ainsi que le corps ne pourrait subsister sans nourriture matérielle, ainsi l’âme ne pourrait être en état de grâce sans la nouiriture. Cet aliment a été institué de Notre-Seigneur, lequel, voyant qu’il lut fallait subir le supplice de la croix, prit du pain, après avoir soupé, le soir avant sa passion, en la présence des apôtres, le bénit et rompit et en donna à ses apôtres,, leur disant : « Tenez, ceci est mon corps; faites ceci en mémoire de moi. » Il accomplit, ce soir, ce qu’il avait prédit longtemps auparavant en saint Jean, c. 6, où il déclara en vérité que, s’ils ne mangeaient la chair du Fils de l’homme et ne buvaient son sang, qu’ils n’auraient point vie en eux, que qui mangera sa chair et boira son sang, il aura la vie éternelle et le ressuscitera au dernier jour, que le pain qu’il devait donner serait la chair qu’il donnerait pour la vie du monde; par où nous concluons que nous ressusciterons et aurons la vie éternelle par le mérite de sa chair, et que partant nul ne peut ni avoir la grâce, ni la vie éternelle, s’il ne nourrit son âme de cette céleste pâture. Mais, parce que ce n’est pas tout de la recevoir, mais qu’il faut la bien recevoir, et que ceux qui la reçoivent indignement sont coupables de sa mort, ainsi que dit saint P)autl, c’est ainsi qu’il faut que tous chrétiens sachent et soient avertis de quelle importance il est de le recevoir dignement ; ce qui se verra clairement par ce qui s’ensuit.

Le Père éternel, ayant prévu de toute éternité la chute de l’homme, au moyen de laquelle il se rendrait indigne du paradis, tout bon et miséricordieux comme il est, se

proposa d’envoyer son propre Fils en ce monde pour se charger de la nature humaine et se rendre caution et responsable de ses péchés, tant afin d’apaiser la justice divine, que pour montrer aux hommes quelle manière d’être lui serait la plus agréable. Mais, comme ainsi soit que Dieu soit le père de la providence et que l’office de la providence ne soit pas seulement de penser à la fm, mais de désigner les moyens pour y parvenir, c’est ainsi qu’en prévoyant et décrétant qu’il enverrait son Fils ici-bas, il détermina aussi les moyens pour y parvenir.

Il prévit donc que, comme il fallait que son Fils prît chair humaine par une femme, qu’il était convenable qu’il la prît par une femme digne de le recevoir, femme qui fût illustrée de grâces, vide de péchés, remplie de piété et éloignée de toutes mauvaises affections. Il se ramena donc déjà pour lors devant les yeux toutes les femmes qui devaient être et n’en trouva pas une digne de ce grand ouvrage que la très pure et très immaculée Vierge Marie. C’est pourquoi il se proposa donc de toute éternité de lui disposer ce logis, de l’orner des plus rares et dignes biens que pas une créature, afin que ce fût un temple digne de la divinité, un palais digne de son Fils. Si la prévoyance éternelle a jeté la vue si loin pour découvrir ce réceptacle de son Fils et, l’ayant découvert, l’a orné de toutes les grâces qui pouvaient embellir la créature, comme il le fit lui-même déclarer par l’ange qu’il lui envoya pour ambassadeur, à combien plus forte raison devons-nous prévoir le jour et la disposition requise à le recevoir! Combien, d’ailleurs, devons-nous soigneusement orner notre âme des vertus requises à ce grand mystère et que la dévotion nous peut acquérir ! Le Saint-Esprit ne voulut pas que cette action se passât sans y contribuer du sien et voulut choisit le plus pur du sang de la Vierge pour la conception de

ce corps. Les anges firent résonner l’air de chants et de louanges, lorsqu’il vint au monde; saint Jean lui fit hommage, étant encore dans le ventre de sa mère; les mages, qui représentent la science humaine, y contribuèrent aussi leur reconnaissance; les bergers, symbole de la simplicité, y rapportèrent aussi leur révérence. Mais, ô chose étrange! que dirons-nous des animaux îrraisonnables : Ils n ont pas voulu etre exiles de cette reconnaissance. Alais, ce qui est plus étrange encore, c est que les choses inanimées, qui n’ont point de reconnaissance, ont fait un effort en la nature pour en avoir, afin dy contribuer aussi leur foi et hommage.

Si Dieu le Père, si le Fils, si le Saint-Esprit, si les anges, les petits enfants, les hommes grands en dignité et rares en savoir, sii les simples, si les animaux îrraisonnables et les choses inanimées ont contribué les uns a la prévoyance, les autres au faire, les autres à l’œuvre, et chacun [selon] son savoir-faire, à la naissance du Fils de Dieu, a combien plus forte raison doit l’homme prévoir, travailler et se disposer à la réception de ce même créateur. Devons-nous pas bander à cela tous nos sens? Ce faisant, il faut bannir à cette heure-là de la mémoire tout ressouvenir que celui de Dieu, de notre entendement toute connaissance et de notre volonté tout amour que celui de Dieu, considérant qui nous sommes et quel est celui que nous recevons, comme nous ne sommes que des vers de terre, qu une vapeur, qu’un sac rempli d’or-

<v|me ct spélonque de mille mauvaises pensées; et Cotre Seigneur, au contraire, un être éternel et infini la splendeur de la gloire et la fontaine et source de toute grâce et beauté. Et cependant, ô bonté divine!

^le rï ne demandé pas les appareils du banq et d ssuerus, ni la disposition qu’il requérait de ses crames, qui était de six mois avant qu’elles dussent ,iur lui, mais il demande seulement que nous

lui donnions notre cœur, n’espère d’autre amour que du sien et de celui de notre prochain. Il n y a donc point de La difficulté pour ceux qui s’y disposent, ni aucune sorte de peine. La penne est pour ceux qui, ayani 1 ame cautérisée et remplie d’affections caduques et périssables de la chair et des biens de ce monde, ont un extreme regret et comme un Prométhée qui leur ronge 1 âme à cause de leur indignité, indisposition et in dévotion qu’ils ont lorsqu’ils s’approchent de ce sacré banquet.

Celui qui a à recevoir un plus grand que soi est en une peine et un soin extrême a penser à le recevoir dignement. Il accommode son logis, le nettoie, le tapisse, le range, donne ordre que rien n’y soit de vilain. P aut qu’il envoie à la boucherie pour de la chair, a la chasse pour la venaison, et mille autres soins qu’il a. Mais, pour Notre-Seigneur, rien n’est nécessaire de tout cela : point de travail, ni d’embarras; mais, sans se mouvoir, chacun se peut disposer, pensant seulement en son cœur à vider les ordures de son âme par une contrition et à faire une ferme proposition de ne plus offenser Dieu.

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