‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 5)Chapitre 22 sur 314 · SERMON DE SAINT VINCENT SUR LA COMMUNION · texte numérisé non relu

SERMON DE SAINT VINCENT SUR LA COMMUNION

Qu il ne faut recevoir le corps de N otre-Seigneur in -

Document 15. Doc. aut. — Arch. de la Mission, original. Ce sermon semble n être qu’un premier jet du suivant; ils sont écrits à la suite 1 un de 1 autre. L’écriture a beaucoup plus de traits de ressemblance avec les deux premières lettres de saint Vincent qu’avec les suivantes.

■dignement . Il faut réserver la démonstration en son lieu.

Le Père éternel a témoigné avec quel soin nous nous •devons disposer pour recevoir notre Créateur en nos âmes, puisque lui-même, l’envoyant en ce monde, lui a voulu disposer un palais rempli de toutes perfections, qui est le ventre virginal de sa bienheureuse Mère Le Saint-Esprit a voulu aussi démontrer ce même respect qu’on doit au corps de Notre-Seigneur, puisqu’ ayant rejeté les moyens de la nature pour la formation de ce •corps, iil a voulu lui-même être l’ouvrier en prenant le plus pur du sang de la Vierge. Si le Père et le Saint- Esprit Oint tant voulu contribuer à cette disposition, que •doit avoir l’homme qu’il n’y contribuât, lorsqu’il lui veut faire cette grâce de se communiquer à lui, eu égard même aux conditions de l’un et de l’autre, de celui qui reçoit et de la chose reçue, celui-ci infini et tout-puissant, celui-là, au contraire, étant un pauvre ver de terre et une simple vapeur! Et ne faut pas que nous nous excusions sur quelque grand attirail qu’il semble que la chose requiert, et quelque extraordinaire soin qui réponde à cette action tant extraordinaire. Non, il n’y faut que la disposition du cœur, un oubli des vanités passées, une vive appréhension du grand amour que Dieu nous a témoigné en ce sacrement et une réciprocation et correspondance d’amour de notre côté; ce qui se fait sans se remuer d’une place. Partant il ne faut point aller aux Indes, se faire couvrir de poussière et de cendre pour la conquête de ce grand bien. Le pauvre laboureur, faut qu’il gagne sa pauvre vie à la sueur de son visage. Le méchant passe la mer pour gagner un peu d’argent, qu’il perd le plus souvent d’un coup de mer. Mais ici où il s’agit d’un gain, non d’un peu de pain, non d’un peu de terre blanche décuite, comme est l’ argent, mais de tous les trésors du monde, il n’est nécessaire que de la pure application de son cœur; car ce

n’est pas recevoir un breuvage médicinal, qui peut faire aussitôt mal que bien; ce n’est pas prendre un dîner, qui* ne regarde que cette misérable carcasse du corps, mais la nourriture de lame, qui doit vivre éternellement.

Notre-Seigneur a institué à cet effet cet auguste Sacrement, vraie base et centre de la religion, la nuit avant sa passion, par un testament solennel qu’il fit en la présence des apôtres, où il estima ne pouvoir assez exprimer l’amour qu’il a pour l’homme qu’en lui laissant son corps; ce qu’il a fait afin que, comme nous sommes réconciliés à Dieu par sa mort et passion, nous en ressentions les effets tous les jours par la réception de son corps, la misère de l’homme étant telle que, s’il n’a quelque antidote pour son âme, il se laisse facilement emporter à ses mauvaises inclinations et à son sens corrompu et dépravé. O digne et admirable institution, qui passez la capacité de l’entendement humain, que les anges ne peuvent qu’admirer et que nulle langue ne peut exprimer, ni nul entendement comprendre, combien tu es digne de grande vénération, qu’un Dieu infini se veuille tant rabaisser que de se laisser contenir par une créature finie, que celui que le ciel ne peut comprendre, qui est porté sur les ailes du vent, veuille abréger son admirable grandeur dans une pauvre? chétive âme, que le soleil même retire sa splendeur dans un petit antre creux de la poitrine humaine! Non, c’est chose qui ne se peut, ni ne se doit seulement penser; car qui a-t-il de si extraordinaire au monde! L’on voit bien le père laisser son bien à ses enfants, s’exposer au danger de la mort pour leur conservation; mais de leur donner son corps à manger, il ne s’en trouve point.

Ces choses donc considérées, quel châtiment médite celui qui le reçoit indignement! L’enfant qui a mis des poids sur un degre pour faire tomber son père, qui descend de bonne foi, est déshéritable selon la loi, et

•ceux qui ont seulement conspiré la mort du roi sont coupables de mort. A combien plus forte raison le doit être celui qui voudrait recevoir son Dieu dans son âme remplie d’ordures et vilenies! Les anciens tyrans attachaient un corps vivant à un mort pour le fai/re mourir mille fois en un moment. Celui[-là] fait le même qui veut mettre son Créateur vivant avec son âme morte par le péché. Oh ! que ceux[-là] sont donc grandement heureux qui le mangent comme il faut. Car, premièrement, le mérite de la passion de Notre-Seigneur leur est infiniment appliqué. Ladite âme, d’immonde et sale, est devenue nette et agréable à Dieu, et, de hôtesse qu’elle était des démons, elle est venue île temple du Saint-Esprit et le siège de la divinité. Mais, au contraire, ceux qui le reçoivent indignement sont coupables de la moirt et passion de Notre-Seigneur, et partant dignes du feu éternel en l’autre monde, et, en celui-ci, de la peine que saint Paul dit, savoir de maladies et pauvreté, et mort avant le temps. Car quelle indignité fait-on, je vous supplie, à Notre-Seigneur et aux anges qui l’assistent de les vouloir loger partiquote avec le diable ! Oui est icelui d’entre nous qui ne recevrait un extrême regret si, allant voir un ami qui l’aurait convié, il le mettait dans une chambre avec un sien ennemi qui y serait déjà avec: des épées et des poignards !

Le même traitement fait celui qui le veut loger avec le diable.

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