‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 5)Chapitre 231 sur 314 · CONSEIL DU 21 JUILLET · texte numérisé non relu

CONSEIL DU 21 JUILLET

Monsieur Vincent, notre très honoré Père, ht assembler les sœurs anciennes pour la délibération qu’il avait à faire pour remédier aux peines que nos sœurs avaient à Chars, au sujet de leur conduite spirituelle et manière d’agir ,au service des pauvres et instruction des enfants, qui différait de beaucoup de leur conduite ordinaire et faisait craindre pour l’avenir quelque mauvais succès.

Sa charité dit :

Il s’agit ici de résoudre ce que nous avons à faire pour retirer nos sœurs de Chars, qui souffrent, il y a longtemps, plusieurs contradictions, pour quelque différend

Document 176. — Dossier des Filles de la Charité, original écrit en partie par sœur Mathurine Guérin.

entre Monsieur le curé et le confesseur qu’elles avaient, approuvé de lui comme son vicaire.

La première raison pour, c’est que depuis qu’elles sont là, on a toujours eu beaucoup de peine à les changer, comme il convient faire de temps en temps selon la coutume de la Compagnie. Une autre raison est la crainte que l’on doit avoir de ces nouvelles opinions, à causé du trouble que cela met dans les esprits. Ce bon curé* ne veut pas que nos sœurs se confessent que de huit jours en huit jours, quoiqu’elles communient plus souvent quand il arrive des fêtes, et l’avent et le carême, où vous avez coutume de communier et de vous confesser. Or, c’est l’opinion de tous ces messieurs qui enseignent cette nouvelle doctrine, qui est fort dangereuse et contraire à ce que le Saint-Esprit a fait, marqué dans l’Ecriture Sainte : « Encore que vos péchés vous soient par donnés, ne soyez pas sans crainte. » Ils veulent qu’il soit inutile de se confesser des péchés qui sont déjà pardonnés par la confession bien faite; cela contre ce que dit David pour les péchés passés : « Amplius lava me a b iniquitate mea 1; Seigneur, lavez-moi encore de mon iniquité. » Or, David savait bien que Dieu l’avait pardonné; car le prophète l’en avait assuré, et cependant il demande à être lavé derechef.

Saint Thomas d’Aquin, parlant du sacrement de pénitence, dit que la matière prochaine pour recevoir l’absolution, c’est l’accusation et la contrition d’avoir offensé Dieu.

Or, parce qu’ils estiment que les péchés des Filles de la Charité ne sont que véniels, ils n’approuvent pas qu’elles se confessent si souvent. Contre cette opinion le saint concile de Trente dit qu’encore qu’il n’y ait d’obligation que de confesser les péchés mortels, néan-

i. Psaume L, 4.

moins il conseille de se confesser des véniels pour plus grande pureté.

Une troisième raison, c’est la conduite de Monsieur le curé sur les écolières, ayant voulu faire donner le fouet en sa présence à une écolière.

Voilà les raisons pour le rappel; voyons celles qui sont contre.

La première est que nous avons sujet de croire que cet établissement a été fait par l’ordre de la Providence et et que, cela étant, il importe grandement de ne le pas détruire, sans qu'il paraisse que ce soit par ce même ordre.

Une autre raison est que, comme c’est Madame la présidente de Herse qui a procuré cet établissement, il est à craindre qu’elle ne prenne sujet de se mécontenter de nous, surtout si cela se fait sans son su.

La troisième raison est la crainte du scandale, que le monde ne die que les Filles de la Charité se rendent fâcheuses et difficiles à contenter et qu’il n’y a point de sûreté d’en avoir.

Monsieur notre très honoré Père prenant les avis, quelqu’une dit que l’on avait toujours eu grande peine à maintenir là des sœurs, tantôt pour la crainte que celles qui avaient esprit et quelque disposition à écouter leurs maximes ne s’y attachassent, et que d’autres, moins capables et l’esprit plus grossier, n’eussent pas la discrétion de s’arrêter aux maximes de la Compagnie et aux avertissements qui leur étaient donnés en ce sujet, et que faute de cela, elles ne vinssent à causer quelque désordre, comme il est arrivé en cette dernière occasion ; ce qui a obligé à changer souvent.

Il fut dit, sur la seconde raison pour le rappel, que la seule considération et crainte de ces nouvelles opinions était de nous porter à rappeler nos sœurs, par respect et obligation que nous avions à maintenir l’autorité de

l’Eglise. Et cela serait à édification plutôt qu’à mauvais exemple.

Monsieur notre très honoré Père s’informa si quelqu’une avait peine de la conduite de monsieur Je curé et ce que l’on en avait remarqué. A quoi il fut répondu succinctement sur plusieurs choses qui s'étaient passées, qui avaient beaucoup inquiété les paroissiens et auraient bien plus éclaté s’il n’y avait eu dans la paroisse un bon prêtre qui n’était point de son sentiment et en confessait la plus grande partie; qu’à la vérité les premières années qu’il fut curé, comme c’est un homme naturellement bon, doux et facile, nos sœurs n’en étaient pas inquiétées et vivaient assez en repos jusques à ce que les Pères de l’Oratoire du faubourg Saint-Jacques, auxquels monsieur le curé était attaché, en voulurent prendre la conduite et en envoyèrent un d’entr’eux, qui la prit entièrement; et ils donnèrent ensemble bien de l’exercice à nos sœurs, voulant prendre autorité absolue sur leur conduite, disant qu’elles n’avaient qu’à obéir à monsieur leur curé; et ainsi les troublant tantôt par maxime de conscience, tantôt par la manière de faire leurs vrais exercices, jusques-là de vouloir entrer dans leur chambre et s’y tenir tant qu’il leur plaisait.

Et un jour, comme quelques-unes de nos sœurs s’attachaient fortement aux maximes de la Compagnie pour ce sujet, ils firent telle violence que cela éclata jusque dans les rues; de sorte qu’encore qu’il pût y avoir de la faute de nos sœurs par quelque sorte d’indiscrétion, le monde ne laissa pas de blâmer les ecclésiastiques. Ce qui provoqua cesdits messieurs à faire plainte et nos sœurs à désirer leur retour de ce lieu.

— Voilà, dit notre très honoré Père, un zèle indiscret, quoiqu’ils pensent bien faire. Je crois que, tant que ces ecclesiastiques seront là, il ne faut pas espérer autre

chose, et il est à craindre qu’ils ne gagnent quelquesunes de nos sœurs, leur persuadant leurs opinions. C’est pourquoi il se faut disposer à quitter ce lieu 2.

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