‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 5)Chapitre 237 sur 314 · CONSEIL DU 31 JUILLET · texte numérisé non relu

CONSEIL DU 31 JUILLET

Le 31e jour de juillet 1659 se traita à la petite assemblée de la réception de deux filles de Serqueux, l'une âgée d’environ 30 ans, et l’autre de 16 et quelques mois.

Mademoiselle Le Gras dit à Monsieur Vincent les qualités de l’une et de l’autre, et puis on les fit venir pour que sa charité les vît. La première était fort infirme depuis l’âge de douze ou treize ans qu’elle avait eu une fluxion à la cuisse, qui l’empêchait de se mettre à genoux que sur un pied et un genou. Son père avait premièrement proposé de la recevoir sur le lieu avec nos sœurs pour faire l’école, et promettait de lui donner, sa vie durant, cinquante livres de rente. Pour la plus jeune, il ne paraissait point de dif ficulté ; elle était de parents riches et était assez forte pour son âge.

Monsieur Vincent réduisit cela à deux questions, savoir si on recevrait la fille infirme en la Compagnie, ou si on la recevrait en qualité de pensionnaire. Ayant demandé les avis, ceux des sœurs furent qu’elle n 'était nullement propre pour la Compagnie, vu ses infirmités; qu’elle aurait sonvent besoin d’une sœur pour la soulager et que tout ce qu’elle pouvait faire était l’école, parce qu’elle savait lire et écrire; que si Monsieur notre très honoré Père jugeait à propos de la recevoir comme pensionnaire, ce serait charité, mais qu’il était à craindre qu’étant toujours avec nos sœurs, l’humeur de quelqu’une ne lui fît peine et que cela ne l’obligeât à témoigner au dehors les petits différends qu’elles pourraient avoir ; ce qui serait à mauvais exemple.

Mademoiselle dit que la fille appartenait à un des principaux de Serqueux, qui aimait beaucoup nos

Document 183. — Dossier des Filles de la Charité, original, écriture de sœur Guérin.

sœurs. Et comme elles avaient besoin de quelqu’un qui les soutînt en ce lieu, il semblait qu’on dût avoir égard à cela; que la fille était fort bonne fille et d’humeur douce; que ce serait grande charité si on pouvait faire quelque chose pour elle, parce qu’elle n’avait plus que son père, qui était sur le point de rompre son ménage, et qu’elle pourrait être reçue comme pensionnaire et serait propre pour instruire les enfants; mais qu’il y avait déjà une troisième sœur en ce lieu-là fort infirme.

L’avis de Monsieur Portail fut qu’on la pourrait laisser un an avec nos sœurs pour en essayer et qu’on verrait après ce temps-là.

Celui de Monsieur Vincent fut qu’il ne voyait point que cette fille fût propre en aucune façon; que, Dieu lui ayant envoyé le mal quelle avait, il y avait sujet de croire qu’il ne l’appelait pas à la condition des Filles de la Charité, puisqu’elle n’avait pas les qualités nécessaires, et qu’elle ferait son salut vraisemblablement chez ses parents, étant pieuse comme elle était; que, quant à ce que l’on proposait, de la recevoir pensionnaire, on savait la difficulté que la Compagnie avait toujours faite ide se charger de pensionnaires; qu’il croyait qu’elle ferait bien de garder cette coutume et que, si on venait à se charger d’elle, elle empêcherait autant une pauvre sœur qu’elle lui apporterait de soulagement, et qu’il était à craindre que, se voyant toujours là, elle ne voulût trancher de l’ancienne et faire la loi aux autres que l’on enverrait de temps en temps en ce lieu-là, et il se mettrait de la discorde entr’elles et ferait que l’on aurait peine à fournir ce lieu. Pour à quoi obvier, sa charité résolut qu’on la renverrait.

Monsieur Vincent s’étant informé de la plus jeune, tous furent d’avis qu’il n’y avait point d’inconvénient d’en essayer. Mais Mademoiselle demanda que si, au cas qu’elle voulût demeurer, elle devait demander à ses

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