CONSEIL DU 27 NOVEMBRE
Petite conférence du 27 novembre 1659, où les sœurs anciennes étant assemblées, il fut traité s’il fallait recevoir à fa Compagnie une fille qui y avait été envoyée, pour être instruite, par quelques personnes qui n’avaient pas grande connaissance d’elle. Elle témoignait avoir dessein d’y demeurer, ou bien de se mettre en condition.
Monsieur notre très honoré Père résolut qu’on la mettrait en condition, parce qu’il y a trop d’inconvénients à prendre en la Compagnie des hiles, sans être assuré de leurs mœurs.
Il fut encore traité si l’on recevrait une hile qui se présentait. Après avoir demandé l’avis des personnes assemblées, Monsieur Vincent dit :
Mademoiselle, vous en ferez donc comme vous trouverez bon, puisqu’elle paraît être propre.
Une autre chose qui fut proposée, c’est s’il était à propos que les sœurs qui étaient à une petite paroisse de Paris et n’avaient guère de malades, en sorte que cela n’était pas capable de les occuper, s’il était convenable qu’elles s’employassent à blanchir le linge de la sacristie de leur paroisse, comme elles avaient déjà fait jusques à maintenant. Mais il avait été remarqué que cela donnait une trop grande familiarité avec les prêtres et avec leurs valets. C’est pourquoi nos supérieurs avaient jugé à propos de l’abolir.
Notre très honoré Père proposant la question, comment l’on y devait procéder, sa charité apporta des raisons contre :
Document 184. — Dossier des Filles de la Charité, original écrit de la main de sœur Barbe Bailly.
La première raison, mes sœurs, pour ne point permettre de blanchir ainsi le linge, c’est que cela donne une trop grande communication entre les prêtres, ou leurs garçons, s’ils en ont. Une autre raison, c’est que pour l’ordinaire aux personnes qui blanchissent les grandes maisons, à moins que ce soient des personnes bien craignant Dieu, il en arrive de grands inconvénients. Il y hante des hommes de chambre. Cela n’est pas bien.
Mais contre cela : ce que nos sœurs blanchissent, c’est du lmge de l’église et qui doit servir pour Dieu; c’est pourquoi il semble que nos sœurs qui se sont dédiées à Dieu, s’y doivent employer. Une autre raison c’est que en cette petite paroisse, où elles n’ont guère à faire, il semble qu’elles le doivent faire.
Reste à voir en quelle manière elles s’y doivent comporter.
Puis sa charité s’adressant à nos sœurs :
Mes sœurs, comment fait-on aux champs?
— Mon Père, on blanchit le linge des églises en plusieurs endroits.
— - Ma sœur, les prêtres vont-ils chez nos sœurs? En avez-vous connaissance ?
— - Mon Père, depuis que votre charité a tant recommandé cela, je crois qu’ils n’y vont point.
Une autre sœur dit :
Mon Père, en un tel endroit nous blanchissions le linge de l’église et les surplis et rabats des prêtres, avec la permission de Mademoiselle, à cause qu’ils étaient pauvres ; mais ils ne venaient point du tout chez nous; nous le reportions à l’église le matin, ou nous le renvoyions par des écolières.
— • Voilà qui est bien, ma hile. Voyons si l’on en pourra user en cette paroisse de cette manière.
Et demandant l’avis de toutes les personnes présentes, ils se trouvèrent tous semblables.
Et enfin notre très honoré Père résolut que les sœurs de cette paroisse et de tous les lieux où il serait permis de blanchir le feraient en cette manière, à savoir de ne point prendre le linge des prêtres, mais seulement les corporaux et les purificatoires 1, et qu’on le prendrait sale à la porte de la sacristie, sans entrer dedans, le reportant tout de même le matin, en allant à la messe, et le rendant au sacristain à la porte de la sacristie.
i. Première rédaction : ce qui sert à l’église.