‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 5)Chapitre 276 sur 314 · CANEVAS D’ENTRETIEN AUX DAMES · texte numérisé non relu

CANEVAS D’ENTRETIEN AUX DAMES

SUR L’ŒUVRE DES ENFANTS TROUVÉS

(Entre 1640 et iôSo1)

Pour l’assemblée générale des enfants trouvés.

Je vous parlai dernièrement succinctement de vos enfants trouvés, pource que nous avions plusieuis autres affaires à traiter et qu’il semblait que les ofhcières pourraient pourvoir à leur besoin sans en parler a la Compagnie. Et pource que l’expérience a fait voir que non, nous vous en parlerons aujourd’hui, et vous dirai qu ils sont en grande nécessité et qu’il ne reste plus que pour

Document 195. — Doc. autog. — Arch. de la Mission, original.

Cet entretien convient aux circonstances dans lesquelles se trouvait l’œuvre des enfants trouvés entre ces dates extrêmes.

les nourrir six semâmes, et qu'il est nécessaire d’aviser aux moyens de pourvoir à leur besoin :

[i.J Pource qu’ils sont en nécessité extrême et qu’en •ce cas vous êtes obligées d’y pourvoir. Non ftavisti , occidisti. L’on peut tuer un pauvre enfant en deux façons : ou par mort violente, ou en lui refusant la nourriture.

2. Pource que Notre-Seigneur vous a appelées pour être leurs mères; et voici l’ordre qu’il y a tenu : premièrement, il vous a fait rechercher pendant deux ou trois ans par messieurs de Notre-Dame; 2° vous avez fait diverses assemblées à cet effet; 30 vous en avez fait de grandes prières à Dieu; 40 vous en avez pris conseil de personnes sages; 50 vous en avez fait un essai; 6° vous l’avez enfin résolu.

Et voici les motifs qui vous y ont portées :

i° Qu’on était informé que ces pauvres petites créatures étaient mal assistées : une nourrice pour 4 ou 5 enfants !

20 Que l’on les vendait à des gueux huit sols la pièce, qui leur rompaient bras et jambes pour exciter le monde à pitié et leur donner l’aumône, et les laissaient mourir de faim ;

3° Que des femmes qui n’avaient point d’enfants de leurs maris et des misérables qui les entretenaient, en prenaient et les supposaient comme leurs; et d’effet nous en avons trouvé trois ou quatre depuis deux ans en çà;

4° Qu on leur donnait des pilules de laudanum pour les faire dormir, qui est un poison; que de tout cela est arrivé ;

5° Qu’il ne s’en trouve pas un seul en vie depuis 50 ans, si ce n’est que depuis peu il s’est trouvé que quelqu un des supposés a vécu;

6° Et enfin, qui était le comble de tous maux, c’est que plusieurs mouraient sans être baptisés.

\ oilà les motifs qui vous émurent à vous en charger.

La Providence vous a donc faites mères adoptives de oes enfants. Notez mer es adoptives . C’est un lien que vous avez contracté avec eux, de sorte que, ces pauvres enfants étant abandonnés de vous, il faut nécessairement qu’ils meurent. Qui les empêchera? La police publique ne l’a pu jusques à maintenant. Si vous ne le pouvez, qui le fera? Certes, personne. Et selon cela, Mesdames, vous êtes obligées de les assister en deux sortes en conscience :

i° Comme nécessité extrême;

2° Comme vous étant leurs mères.

Les moyens.

i° Prier Dieu pour cela;

2° Communier une fois à cette intention;

3° En parler à ses parents et amis;

4° Aux prédicateurs par messieurs les curés;

5° Enfin prendre résolution si l’on les doit quitter, ou si l’on se doit efforcer et faire un effort pour cette année.

1. Si vous les abandonnez, que dira Dieu, qui vous a appelées à cela?

2. Que dira le roi et le magistrat, qui, par lettres patentes vérifiées, vous attribue le soin de ces pauvres enfants ?

3. Que dira le public, qui a fait des acclamations de bénédictions de voir le soin que vous en prenez ?

4. Que diront ces petites créatures? « Hélas! mes chères mères, vous nous abandonnez ! Que nos propres mères nous aient abandonnés, baste, elles sont mauvaises; mais que vous le fassiez, qui êtes bonnes, c’est autant dire que Dieu nous a abandonnés et qu’il n’est pas notre Dieu. »

5. Enfin que direz-vous à l’heure de la mort, quand Dieu vous demandera pourquoi vous avez abandonné

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ces petites créatures? Tout cela, Mesdames, semble requérir que vous vous efforciez.

Objections.

1. La nécessité du temps, qui appauvrit un chacun, de sorte qu’on ne peut que vivoter simplement. — Je réponds, Mesdames, que vous n’en serez pas incommodées. Qui miseretu ? pauperis numquam ïndigebit 2 3 ; fencratur Domino qui miser etur pauperis z .

2. Vous êtes cent. Quand chacune s’efforcerait à cent livres, c'est plus qu’il ne faut. Si cinquante le faisaient et les autres de quelque chose, cela, suffirait avec ce qu’on a déjà.

3. Je n’ai point d’argent. — Hélas! combien de nignoteries a-t-on au logis, qui ne servent de rien ! O Mesdames, que nous sommes éloignées de la piété des enfants d’Israël, dont les femmes donnaient leurs joyaux pour faire un veau d’or.

Et puis cela ira à l’infini et chacun exposera ses enfants. — A cela l’on répond que non. Une dame donnait, ces jours passés, tous ses joyaux pour cela. Cinq ou six dames nourrissent une province.

Cette pauvreté accablera la Compagnie ci-après aussi bien qu’à présent. — Il y a deux affaires d’importance sur le bureau, qui nous délivreront de ce malheur.

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