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LETTRE DES ÉGHEVINS DE RETHEL AUX DAMES DE LA CHARITÉ

De Rethel, ce ier mars i652.

Mesdames,

La présente ne devait être à autre fin que pour vous témoigner, par un humble remerciement, les grandes obligations que nous; avons à vos bontés des charitables aumônes que nous en avons reçues. Mais les nécessités causées par une suite de malheur, qui s’augmente de jour en autre, nous contraint, pour le salut des pauvres de notre ville et lieux circonvoisins, à redoubler nos prières, afin qu’il vous plaise de continuer envers eux les actions de piété que vous avez, avec des fruits si inconcevables, si heureusement pratiquées. Elles sont d’autant plus morales et méritoires que la distribution s’en fait aux nécessiteux avec un ordre accompagné de si grande prudence par le directeur de la Mission, envoyé par deçà pour cet effet, qu’un chacun a sujet d’y rendre grâces à Dieu, non point seulement pour l’assistance des biens temporels, qui ont retiré du tombeau un nombre infini de personnes, mais pour l'administration des sacrements en l’extrémité de la vie à une milliasse d’autres, qui, sans ses soins et sa bonne conduite, fussent morts comme des bêtes brutes, sans confession et sans aucune assistance spirituelle. Tant de bienfaits reçus donneraient trêve à nos importunités; mais les abandonnements déplorables des pères et mères de leurs enfants, les maris de leurs femmes, la banqueroute des filles à leur honneur, accablées de misères, les exactions tyranniques de ceux qui s’arrogent l’autorité de lever les subsistances et les tailles par des voies indues, les dé-

Document 201. — Arch. mun. de Rethel GG 80.

portements des partisans qui casseraient volontiers les os du peuple pour en vendre la moelle, à ce joints les brigandages et désordres universels des gens de guerre sans discipline, nous font naître de si grandes compassions et des regrets si sensibles, que nous sommes obligés par la loi de nécessité d’avoir recours à la continuation de vos charités. La seule persévérance perfectionnera l’œuvre que vous avez avec tant d’ édification si généreusement commencé. C’est pourquoi, Mesdames, autant que la bienséance et le respect le peut permettre, de toute l’étendue de nos cœurs, humblement, les larmes aux yeux, nous vous supplions, par les mérites de la passion de Jésus-Christ, d’avoir pitié de nos misères. Vos vertueuses actions seront récompensées d’une vie comblée de bénédiction en ce monde, et en l’autre de l’immortalité bienheureuse. C’est ce que d'une voix commune vous désire le pauvre peuple du pays, et nous particulièrement, qui sommes, Mesdames, vos très humbles et très obéissants serviteurs.

Les Echevins.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, supérieur général des prêtres de la Mission, à Saint-Lazare, pour faire tenir, s’il lui plaît, à l’assemblée des dames de la Charité à Paris.

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