‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 5)Chapitre 283 sur 314 · DE L’HOTEL-DIEU · texte numérisé non relu

DE L’HOTEL-DIEU

1. Cette Compagnie a été instituée pour honorer celle de Notre-Seigneur et celle de sa sainte I^ère et des autres dames qui l’ont suivi et ont administré les choses nécessaires à sa personne et à ses disciples et parfois aux troupes qui le suivaient, et ce en assistant les pauvres de l’Hotel-Dieu, les enfants trouvés de Paris, les forçats destinés aux galères, et s’employant à d’autres œuvres de charité proportionnées à ce que la même Compagnie jugera pouvoir faire dans les nécessités les plus pressantes, le tout sans aucune obligation et péché, ni mortel, ni véniel.

2. Elle sera composée d’un nombre de dames veuves, mariées et filles, lesquelles en éliront trois d’entre ces veuves et filles seulement, et non pas d’entre les mariées; ce qui se fera de trois ans en trois ans, le lundi de la semaine sainte, dont Tune sera supérieure et les deux autres assistantes, ou trésorière et conseillère. Elles auront l’entière conduite de la Compagnie avec un prêtre de la Mission, et en sortiront les unes après les autres d’année en année, à commencer par la seconde assistante, puis par la première et ensuite par la supérieure,

Document 200. — Recueil de diverses -pièces appartenantes à la conduite et direction des dames de la Charité à R ans , ms. conservé aux archives de la Mission. Ce document a pour titre : Règlement pour les dames de la Charité de R ans, dressé par Ad. Vincent , de Vavis des dames , en 1660.

si ce n’est qu’on juge plus à propos d’en continuer plus longtemps une, ou deux, ou toutes trois, pour quelque raison particulière. Et quand on voudra les changer et faire les élections, il en sera choisi deux pour chaque office, et cela en la petite assemblée des officières, qu’elles feront huit ou dix jours avant la grande assemblée, tant pour cela, que pour montrer au prêtre de la Mission et aux officières les mémoires de leur recette et dépense, afin de voir s'ils sont en l’état qu’il faut pour en rendre compte à la prochaine grande assemblée. Les deux dames ainsi choisies en la petite assemblée pour chaque office seront ensuite proposées à toute l’assemblée, laquelle en élira une des deux, ce qui se fera à la pluralité des voix, chacune disant en particulier au prêtre de la Mission qui y assistera celle des deux qu’elle nomme pour officière.

3. La supérieure prendra garde à ce que le présent règlement s’observe, que chaque dame fasse bien son devoir, avertira celles qui y manqueront, admettra au corps celles qui le demanderont, qui seront bien connues pour personnes vertueuses et affectionnées aux exercices de la charité et qui auront toutes les qualités requises pour cela et pour se soumettre aux ordres et aux règles de la Compagnie, dont elle leur fera la lecture. Quand il y aura quelque dame au corps grièvement malade, elle en fera avertir toutes les autres, afin de prier Dieu pour elle et de la visiter, comme aussi de la communion des quatre-temps et des assemblées extraordinaires et particulièrement de l’assemblée qui se nomme des quatorze, qui se fera de trois mois et trois mois après les quatretemps, en laquelle seront invitées de se trouver les quatorze dames qui auront été les trois mois précédents à 1 Hôtel-Dieu, en la manière et pour les fins qui seront dites plus bas, comme aussi les autres dames qu’on croit avoir des dispositions pour succéder à celles des qua-

torze qui ne pourraient pas y aller les trois mois suivants. De plus, elle visitera elle-même les dames de la Compagnie malades qui le désireront, et .avertira la Compagnie de leur décès, afin que chaque dame ait soin de communier et de faire dire une messe pour celles que Dieu aura retirées de ce monde. Elle assemblera la Compagnie quand elle jugera expédient, et l’avertira du jour et du lieu de l’assemblée, et ordonnera cependant des choses qui interviendront. Bref, elle animera le corps de la Compagnie et le conduira par l’avis dudit prêtre de la Mission et de ses deux assistantes.

4. La première assistante ou trésorière servira de conseil à la supérieure, la représentera en son absence, recevra et gardera l’argent destiné pour la collation des pauvres malades de l’Hôtel-Dieu de Paris et pour les autres charités particulières que la Compagnie jugera à propos, hormis ce qui sera employé pour les enfants trouvés. Elle rendra son compte tous les ans à la Compagnie seulement.

5. La deuxième assistante ou trésorière servira aussi de conseil à la supérieure et la représentera aussi en son absence et en celle de la première assistante, et fera la recette et la mise pour les enfants trouvés, dont elle rendra pareillement compte tous les ans à la Compagnie seulement.

6. L’un des premiers et des principaux emplois de la Compagnie étant l’assistance corporelle et spirituelle des pauvres malades de l’Hôtel-Dieu, elle continuera de leur porter quelques petites douceurs pour leur collation et procurera que les malades soient instruits des choses nécessaires à salut, fassent une confession générale de leur vie passée, que ceux qui tendront à la mort partent de ce monde en bon état et que ceux qui guériront vivent chrétiennement le reste de leurs jours.

7. Pour cela les dames se partageront pour aller tour à tour servir les malades; ce qu’elles feront en deux manières :

i° Il en sera nommé 14 de 3 en 3 mois en l’assemblée extraordinaire d’après les quatre-temps, dont il y en aura deux chaque jour qui instruiront les femmes malades des vérités chrétiennes nécessaires à salut, les disposeront à faire une confession générale de toute leur vie, diront les motifs et la manière de la bien faire et les exhorteront à se servir de tous les moyens possibles pour se sauver, avec l’aide de Dieu, soit qu’elles meurent, ou qu’elles guérissent de cette maladie.

2° Celles qui seront destinées pour distribuer la collation se rendront à deux heures à P Hôtel-Dieu, prendront le'ur devantier, distribueront aux malades les. douceurs et rafraîchissements préparés à cet effet, selon l’ordre de celle qui en aura la charge, prenant occasion de consoler les malades par quelque parole d'édification appliquée selon leur besoin.

8. Toutes adoreront Notre-Seigneur en entrant dans la chapelle dudit Hôtel-Dieu, lui offriront le service qu’elles lui vont rendre, le prieront de l’avoir agréable et de leur donner à cette fin la charité et l’humilité dont il a honoré saint Louis au même lieu.

Elles se retireront à 5 heures en été et à 4 heures en hiver, après avoir remercié Dieu de la grâce qu’il leur a faite de servir ses pauvres membres, lui demanderont pardon des manquements qu’elles y auront faits et la grâce de s’en amender, puis offriront les pauvres malades à Dieu, le priant qu’il les sanctifie et ceux qui les assistent.

9. Outre les soins et la peine des dames pour ces choses-là qu elles ont entreprises, ou pourront entreprendre, elles contribueront toutes à ila dépense qu’il y conviendra

faire, donneront chacune par mois selon leur dévotion et procureront de tout leur pouvoir que d’autres contribuent, soit en argent, soit en linge, lits, étoffes, habits et confitures, soit en autres choses qui peuvent servir tant aux pauvres de l’Hôtel-Dieu et aux enfants trouvés, qu’aux autres œuvres de charité dont la Compagnie aura pris le soin.

10. Elles s’assembleront une fois la semaine chez la supérieure, ou en tel autre lieu qui sera marqué, et les premières venues s’entretiendront de quelque chose d -édification, en attendant les autres.

1 1 . Elles rapporteront par ordre à l’assemblée ce qu’elles auront fait, les difficultés qu’elles auront trouvées et les succès qu’elles auront eus chacune à l’égard de l’emploi où elle aura été appliquée, et proposeront aussi les nouveaux besoins qu’elles auront découverts, pour tâcher d’y remédier. Sur quoi les autres dames donneront leur avis, et le prêtre de la Mission qui y assistera, recueillera les opinions, prononcera à la pluralité des voix, et les résolutions seront écrites dans un registre et ensuite exécutées par celles à qui la commission sera donnée.

12. Elles auront pour maxime de n’interrompre jamais celles qui parleront et de ne proposer aucune chose hors du- sujet qu’on traite, qu’après qu’il sera résolu.

13. On dira courtement sa pensée sur chaque affaire. On agira toujours pour le pur amour de Dieu, regardant seulement le plus grand bien à faire et non pas les lieux et les personnes qui auront été recommandées.

14. Lesdites dames, tant les offfcières que les autres, s’étudieront à acquérir la perfection chrétienne requise à leur condition, feront oraison mentale une demi-heure pour le moins chaque jour, entendront la sainte messe, liront un chapitre de quelque livre spirituel, feront l’exa-

men général au soir et se confesseront et communieront au moins une fois tous les [mois *].

15. Et afin qu’elles se conservent et perfectionnent en l’esprit, outre leurs communions ordinaires et particulières, elles communieront ensemble tous les samedis des quatre-temps, auxquels jours se donnent les saints ordres, afin qu’il plaise à Dieu de donner de bons prêtres à son Eglise et de nouvelles bénédictions à la Compagnie.

Elles honoreront le silence de Notre-Seigneur en toutes choses qui regardent la Compagnie, parce que le prince du monde se joue des choses saintes qui se divulguent légèrement. Elles auront des Filles de la Charité, tant pour avoir soin de la nourriture et de l’éducation des enfants trouvés que pour apprêter les petites douceurs et les apporter chaque jour, à deux heures, audit Hôtel-Dieu, faire entendre aux dames à qui et comment elles doivent distribuer, leur montrant les moribonds et les guéris qui sont prêts à sortir, et enfin pour faire même l’office des dames, lorsqu’il y aura du bruit de contagion et que lesdites dames ne pourront aller sans danger audit Hôtel-Dieu.

Et afin qu’il plaise à Dieu de perpétuer la Compagnie, les dames disposeront pendant leur vie quelqu’une de leurs parentes, ou autre qui ait les qualités requises, pour leur succéder en l'exercice de ces œuvres de miséricorde, et, après que les offioières l'auront agréée, la présenteront à l’assemblée ordinaire.

1. La copie porte « une fois tous les ans »; mais elle est certainement fautive.

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