‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 5)Chapitre 50 sur 314 · Interrogé comment il est possible que M. Vin · texte numérisé non relu

Interrogé comment il est possible que M. Vin

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cent, que ledit sieur Saint-Cyran a dit être homme de bien, homme d’honneur, fort avise, et fort discret, et qui, comme ledit répondant dit dans ladite lettre, fait « profession d’être si doux et retenu par tout », ait osé venir ■ en la maison dudit sieur Saint-Cyran pour lui reprocher cette proposition, que la pénitence remise à la fin de la vie et dans une maladie mortelle n’était pas fort assurée; laquelle' proposition, ainsi que ledit répondant a , dit ci-dessus, est si véritable qu’elle est tenue par les anciens Pères et par tous les docteurs de ce temps, et quelques autres propositions que ledit répondant a dit ci-dessus n’être pas moins certaines et qui ne l’empê- -ehaient pas davantage que la proposition ci-dessus ;

A dit que, quoiqu’il ait usé du terme de « reprocher » 'dans sa lettre, il n’a pas cru que ledit sieur Vincent lui

• était venu dire ces choses avec cette intention, mais qu’à son avis, étant venu pour lui dire adieu, étant ledit répondant sur le point d’aller en son abbaye, il les lui dit par occasion, plutôt pour se couvrir du reproche

• que ledit sieur de Saint-Cyran lui avait fait, de l’avoir abandonné, que pour l’accuser d’aucune erreur; et la suite fait voir que' ledit sieur Vincent avait désir d ôter au répondant tout sujet de plainte et s’accommoder avec lui, parce qu’à sa sortie il lui offrit un cheval en don pour son voyage, lequel lui répondant accepta, pour lui rendre au retour, afin de lui témoigner qu’il voulait vivre en amitié avec lui, comme de coutume. Et quant aux autres deux propositions oubliées, ledit répondant a dit qu’elles étaient frivoles et de nulle conséquence, parce qu’elles étaient semblables à la première ci-dessus mentionnée et qu’il était facile de les regarder comme étant ou des vérités catholiques, ou des erreurs faussement attribuées audit sieur Saint-Cyran.

27. — Interrogé comment lediit sieur Saint-Cyran peut croire' que ledit sieur Vincent, qui est homme discret.

loi

pour se remettre entièrement avec ledit sieur Saint-Cyran, ait condamné des propositions telles, que lui dit Saint-Cyran ait tenu les propositions contraires pour des mensonges et faussetés et les ait détestées comme des erreurs, ainsi que l’a dit ledit sieur Saint-Cyran, et que ledit sieur Vincent soit demeuré en ce sentiment et se soit départi d’avec lui en cet état;

A dit que, s’il est vrai que ledit sieur Vincent lui ait objecté la proposition ci-dessus mentionnée comme une erreur et qu’il ait inféré des avis que lui répondant voulait donner à sa Compagnie, quelque chose de mauvais, et qui fût au désavantage de la doctrine dudit sieur Saint-Cyran, il a pu de même se tromper dans les deux: autres; et néanmoins, comme il faisait cela de bonne volonté et innocemment vers ledit sieur Saint-Cyran, il s’arrêta tout court, après avoir entendu la première réponse de lui sieur Saint-Cyran, qui fut sans toucher les» points en particulier dont ledit sieur Vincent lui avait parlé. Et cela fut cause qu’icelui sieur Vincent ayant reconnu que (Ledit répondant était un peu ému, il voulut le rapaiser, et, à ce dessein, lui offrit un cheval pour faire son voyage en son abbaye.

28. — Interrogé s’il reconnut lors que ledit sieur Vincent changeât d’avis et se déportât des propositions qu’il avait crues auparavant;

A dit que l’offre que ledit sieur Vincent lui fit de son cheval lui fit croire que peut-être icelui sieur Vincent se repentait de les avoir avancées et d’avoir causé quelque émotion à lui répondant.

29. — Interrogé comment donc ledit sieur Saint-Cyran,, écrivant au sieur Vincent, lui parle comme à un homme qui est encore dans les mêmes erreurs par ces termes : « Il n’y a rien de plus facile que de vous faire consentir par le témoignage même de vos yeux à ce que vousdétestez maintenant comme des erreurs » ; et plus bas :

(( Je jugeai que ce n’était pas le temps de se défendre et de vous éclaircir, par des preuves mêmes sensibles et inartificielles, l’importance de ces choses que vous trouvez mauvaises jusqu’à les condamner hardiment sans les entendre » ;

A dit qu’après les propositions faites par ledit sieur Vincent audit sieur Saint-Cyran et le rebut qu'en fit en général avec quelque petite émotion ledit sieur Saint- Cyran, comme se tenant surpris, il ne fut dit rien en particulier pour l’éclaircissement de ces propositions, et ledit sieur Vincent, ayant fait une saillie extraordinaire à son humeur, se remit quant et quant en sa froideur et silence ordinaire ; ce qui fut cause que ledit sieur Saint-Cyran lui écrivit ladite lettre pour l’éclaircir avec tranquillité d’esprit de ses sentiments touchant lesdites propositions; et il est vraisemblable qu’il y avait quelque autre proposition semblable à la première', car, autrement, il n’eût eu garde de parler de cette façon, bien qu'il suffise que la première y soit, pour rendre véritables les paroles de sa lettre, dans laquelle il a usé du mot de « détester » par forme d’ironie, car ledit répondant sait assez que les mouvements dans ledit sieur Vincent ne sont pas si forts, ni les paroles si exagérantes.

30. — Interrogé quelle ironie il peut trouver aux derniers mots par lesquels lui répondant dit que ledit sieur Vincent tenait les propositions de lui répondant « mauvaises jusqu’à les condamner hardiment sans les entendre » ;

A dit qu'étant des vérités et non des erreurs, c’est une moquerie de les détester ; et néanmoins ledit répondant écrivait audit sieur Vincent en ces termes, parce qu'icelui sieur Vincent né s’était pas ouvertement départi de ces propositions qu'il avait faites au répondant, n’ayant

été rien avancé de part ni d’autre pour l’éclaircissement de la vérité ou fausseté desdites propositions.

31. — Interrogé s’il a reconnu que ledit sieur Vincent pensât que les avis que lui répondant voulait donner à la Compagnie dudit sieur Vincent étaient mauvais et au désavantage de la doctrine de l’Eglise, comme ledit sieur Saint-Cyran semble insinuer dans une réponse qu’il a faite ci-dessus;

A dit qu’une des choses qui offensa davantage ledit sieur Saint-Cyran était de ce qu’après que ledit sieur Vincent lui eut parlé de la proposition touchant la pénitence des mourants, il ajouta aussi qu’autrefois ledit sieur répondant avait dit audit sieur Vincent qu’il voulait lui donner un avis touchant sa Compagnie; ce qui donna sujet audit sieur répondant de croire que ledit sieur Vincent pensât qu’il pourrait y avoir quelque chose de mauvais dans lesdits avis; ce que lui répondant dit laisser à ce qu’en dira ledit sieur Vincent.

32. — Interrogé s’il ne se souvient pas, au moins confusément, qu’entre les points dont il a été parlé ci-dessus, il y eût quelque chose de contraire à la doctrine ou pratique commune de l’Eglise ;

A dit que non.

33. — Ledit sieur Saint-Cyran, averti de dire vérité et déclarer naïvement et sincèrement ce qu’il entend par ces quatre points dont il dit ledit sieur Vincent lui avoir parlé, n’étant pas du tout vraisemblable, par tout ce que dessus, qu’on puisse entendre ces points ainsi qu’iladit;

A dit qu’il a dit la vérité comme devant Dieu et comme ayant parlé autant qu’il lui a été possible par mouvement de Dieu, ayant toujours dans le cœur ces paroles de l’Apôtre : Corani Deo in Christo loquimur ; devant, il professe qu’il s’est mis en prières, tâchant de se ressouvenir de ces propositions et qu’il est très marri de les avoir oubliées, s’assurant qu’elles ne contenaient

rien <de contraire à la vérité catholique et à la pratique de l’Eglise.

24. — Interrogé si ledit sieur Vincent n’a point depuis parlé à lui répondant de ces quatre points, ensemble de la lettre écrite par ioelui répondant audit sieur Vincent;

A dit que, ledit sieur Vincent l’étant venu voir à son retour, icelui sieur Vincent dit au répondant qu il n’avait jamais reçu un plus grand témoignage d’amitié de lui sieur Saint-Cyran que lorsqu’il lui a écrit ladite lettre, et lui demanda ledit sieur Vinoent si ledit sieur Saint-Cyran avait fait voir ladite lettre à quelques autres personnes. A quoi ayant répondu que non, ledit sieur Vinoent lui en fit remerciement, lui en témoigna grande obligation ; et croit le répondant que ledit sieur Vincent dîna ce jour-là avec lui.

35. — Interrogé si, en cette entrevue, ils ne parlèrent point de ces points ;

A dit qu’ils n’en parlèrent point du tout, autant qu’il s’en peut souvenir.

36. — Interrogé quels sont ceux qu’il dit « aimer mieux la lueur et l’éclat que la lumière de la vérité et de la vertu » ;

A répondu qu’il a dit cela en général, sans avoir personne en particulier dans l’esprit, et que cela lui est demeuré de la lecture de l’Evangile de saint Matthieu, chapitre XXIII, et de saint Luc, chapitre XI, où le Fils de Dieu reproche aux juifs qu’ils ont plus soin d’embellir le dehors que le' dedans, et les compare à des sépulcres blanchis; et ailleurs, parlant des vierges folles et sages, qui figurent toute l’Eglise, il nous apprend que tant les bonnes que les mauvaises avaient leurs lampes, omnes\ mais les unes les avaient sans huile dedans.

37. — Interrogé quel est « le bon office b qu’il dit avoir voulu rendre audit sieur Vincent et à toute sa

maison b ;

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A dit que sous ce mot de « bon office » il a entendu parler des avis ci-dessus mentionnés; à quoi il s’estimait obligé tant par l’inclination qu’il a d’assister toutes les communautés qui sont de sa connaissance, que par l’obligation qu'il avait de servir ledit sieur Vincent et sa Compagnie, à cause qu’il était venu lui-même le premier demander au répondant son amitié peu après la mort de M. de Montbelon, ami dudit sieur Vincent, et aussi à cause du bonheur qu’il a eu de l’assister à son établissement de Saint-Lazare; ce qu’il n’eût jamais fait, comme n’étant qu’une chose temporelle, dont il ne se mêla jamais, et ne s’y fût mêlé s’il n’eût cru le servir aussi dans le spirituel, comme il avait été engagé par les mémoires que ledit sieur Vincent envoya à Rome, par l’avis du répondant, sans vouloir maintenant parler de ce que ledit répondant a voulu donner audit sieur Vincent.

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