‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 5)Chapitre 57 sur 314 · VISION DES TROIS GLOBES · texte numérisé non relu

VISION DES TROIS GLOBES

Nous, Vincent Depaul, supérieur général très indigne de la congrégation des prêtres de la Mission, certifions qu’il y a environ vingt ans que Dieu nous a fait la grâce d’être connu de défunte notre très digne Mère de Chantal, fondatrice du saint Ordre de la Visitation Sainte-Marie, par des fréquentes communications de parole et par écrit, qu’il a plu à Dieu que j’ai eues avec elle, tant au premier voyage qu’elle fit en cette ville, il y a environ vingt ans, qu’en autres qu’elle y a faits depuis, en tous lesquels elle m’a honore de la confiance de me communiquer son intérieur, qu’il m’a toujours paru qu’elle était accomplie de toutes sortes de vertus et particulièrement qu’elle était pleine de foi, quoiqu elle ait été, toute sa vie, tentée des pensées contraires, qu’elle avait une confiance en Dieu, la non semblable, et un amour souverain de sa divine bonté, qu’elle avait 1 es-

Document34. — Doc. aut. — ginal.

Arch. de la Visitation d’Annecy, ori-

prit juste, prudent, tempéré et fort en un degré très éminent, que l’humilité, la mortification, l’obéissance, le zèle de la sanctification de son saint Ordre et du salut des âmes du pauvre peuple étaient en elle en un souverain degré, bref que je n’ai jamai/s remarqué en elle aucune imperfection, ains un exercice continuel de toutes sortes de vertus, et que, quoiqu’elle ait joui en apparence de la paix et tranquillité d esprit dont jouissent les âmes qui sont parvenues à un si haut degré de vertu, elle a néanmoins souffert des peines intérieures si grandes, qu’elle m’a dit et écrit maintes fois qu’elle avait l’esprit si plein de toutes sortes de tentations et d’abominations quie son exercice continuel était de se détourner du regard de son intérieur, ne pouvant se supporter elle-même en la vue de son âme, si pleine d’horreur qu’elle lui; semblait l’image de l’enfer, et que, quoiqu’elle souffrît de la sorte, elle n'a jamais perdu la sérénité de son visage, ni ne s’est relâchée de la fidélité que Dieu demandait d’elle dans l’exercice des vertus chrétiennes et religieuses, ni dans la sollicitude prodigieuse qu’elle avait de son saint Ordre, et que de là vient que je crois qu’elle était une des plus saintes âmes que j’aie jamais connues sur la terre et qu’elle est maintenant bienheureuse au ciel et que je ne fais pas de doute que Dieu ne manifeste un jour sa sainteté, comme j’apprends qu’il fait déjà en plusieurs endroits de ce royaume et en plusieurs manières, dont en voici, une qui est arrivée à une personne digne de foi \ laquelle j’assure qu’elle aimerait mieux mourir que de mentir.

Cette personne m’a dit qu’ayant eu nouvelle de l’extrémité de la maladie de notre défunte, elle se mit à genoux pour prier Dieu pour elle, et que la première pensee qui lui vint en l’esprit fut de faire un acte de

i. Vincent de Paul lui-même. (Voir t. II, p. 212.)

contrition des ipéchés qu’elle a commis et commet ordinairement, et qu’ immédiatement après il lui parut un petit globe de feu, qui s’élevait de terre et s’alla joindre en la supérieure région de l’air à un autre globe plus grand et plus lumineux, et que les deux, réduits en un, s’élevèrent plus haut, entrèrent et se resplendirent dans un autre globe infiniment plus grand et plus lumineux que les autres, et qu’il lui fut dit intérieurement que ce premier globe était l’âme de notre digne Mère, le second celle de notre bienheureux Père et l’autre l’essence divine, que l’âme de notre digne Mère s’était réunie à celle de notre bienheureux Père, et les deux à Dieu, leur souverain principe.

Il dit de plus que, célébrant la sainte messe pour notre digne Mère incontinent après qu’il eut appris la nouvelle de son heureux trépas, et étant au second Mémento,. où l’on prie pour les morts, il pensa qu’il faisait bien de prier pour elle, que peut-être elle était dans le purgatoire à cause de certaines piaroles qu’elle avait dites il y avait quelque temps, qui semblaient tenir du péché véniel, et qu’en même temps il revit la même vision, les mêmes globes et leur union et qu’il lui resta un sentiment intérieur que cette âme était bienheureuse, qu’elle m’avait point besoin de prières; ce qui est demeuré si bien imprimé dans l’esprit de cet homme, qu’il la voit en cet état quand il pense à elle.

Ce qui peut faire douter de cette vision, c’est que cette personne a une si grande estime de la sainteté de cette âme bienheureuse qu’il ne lit jamais ses réponses sa'ns pleurer, dans l’opinion qu’il a que c’est Dieu qui a inspiré ce qu’elles contiennent à cette âme bienheureuse et que cette vision est par conséquent un effet de son imagination. Mais ce qui fait penser que c’est une vraie vision, c’est qu’il n’est point sujet à aucune et n’a jamais eu que celle-ci.

En foi de quoi, j’ai, signé la présente de ma main propre et scellé de notre sceau.

Vincent Depaul.

35. — RÈGLEMENT DES ECCLÉSIASTIQUES MEMBRES DE LA CONFÉRENCE DES MARDIS

Mémoire selon lequel se propose de vivre la Compagnie des ecclésiastiques de Paris, moyennant l’aide de Dieu, et sous le bon plaisir de Monseigneur l’archevêque, pour se conserver dans les dispositions qu’il a plu à Dieu leur donner pendant les exercices spirituels qu’ils ont faits pour se disposer à la réception des saints ordres.

I. La Compagnie de messieurs les ecclésiastiques qui s’assemblent tous les mardis à Saint-Lazare, ou au séminaire de la congrégation de la Mission * 1, a pour fin d’honorer la vie de N.-S. J.-C., son sacerdoce éternel, sa sainte famille et son amour envers les pauvres. Ainsi chacun d’eux doit tâcher de conformer sa vie à la. sienne, de procurer la gloire de Dieu dans l’état ecclésiastique, dans sa famille et parmi les pauvres, même parmi ceux de la campagne, selon l’emploi et les talents, que Dieu leur a donnés.

2: Elle sera composée seulement d’ecclésiastiques promus aux ordres sacrés, qui ne seront admis qu’après une suffisante perquisition de leurs mœurs.

3- Ceux qui désireront être admis en ladite Compagnie feront la retraite spirituelle à Saint-Lazare autant qu il se. pourra, et une confession générale de leur vie passée; et, s’ils l’ont faite autrefois, ils en feront une depuis leur dernière seulement.

Document 35. - Arch. de la Mission,

XVIIIe .

i. Le collège des Bons-Enfants.

copie du XVII* siècle ou du

4. Ceux de la Compagnie se confesseront au moins, une fois chaque semaine et toujours au même confesseur, autant quais pourront.

5. Les prêtres célébreront la sainte messe tous les jours, autant qu’ils le pourront faire commodément, et les autres communieront tous les dimanches et fêtes principales de l’année; et les uns et les autres tâcheront de faire la retraite spirituelle tous les ans.

6. Et afin de se lier davantage à Dieu, à Monseigneur notre prélat et au corps de la Compagnie, chacun fera une oblation, en manière de bon propos, tous les ans, le jour du jeudi saint, par laquelle on renouvellera les promesses qu’on a faites à Dieu au saint baptême, celle d’obéissance qu’on a faite à son prélat en prenant les saints ordres, et le bon propos qu’on a fait de mourir en la Compagnie et d’en observer les règlements.

Voici à peu près comme on peut faire cette oblation :

Vive Jésus, vive Marie! Sauveur du monde, Jésus- Christ, je... vous choisis aujourd’hui pour l’unique exemplaire de ma vie et vous offre le bon et irrévocable propos de vivre selon les promesses que j’ai faites au saint baptême et prenant les saints ordres, et me propose d’observer les règlements de la Compagnie des ecclésiastiques et de vivre et mourir en icelle, moyennant votre sainte grâce, que je vous demande par l’intercession de votre sainte Mère et de saint Pierre.

7. Ils se représenteront que N. -S. les a liés ensemble d’un nouveau lien de son amour et les unit très parfaitement; et ainsi ils s’entr’aimeront, s’entre-visiteront, s’entre-consoleront les uns les autres dans leurs afflictions et maladies, et assisteront à l’enterrement de ceux qui décéderont; et chacun des prêtres dira trois messes, s’il le peut, pour le soulagement de l’âme du défunt, et les autres communieront une fois à leur intention.

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