‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 5)Chapitre 56 sur 314 · Interrogé si ledit répondant ne retint pas l’ori · texte numérisé non relu

Interrogé si ledit répondant ne retint pas l’ori

ginal ou la minute de Ladite lettre qu’il envoyait audit sieur Vincent, attendu que ladite lettre, qui est de cinq grandes pages toutes pleines, n’a aucune rature et que ladite lettre est bien formée en comparaison de ce qu’il écrit ordinairement en son particulier et pour lui seul ;

A dit avoir fait comme une espèce de minute de ladite lettre, laquelle iil étendit en la copie, et qu’il rompit ladite minute comme étant imparfaite, et que rarement lui. arrive-t-il de faire des minutes de ses lettres.

176. — Avons remontré audit répondant que, puisqu’il ne désirait autre chose de ladite religieuse que d’avoir une copie de ladite lettre par lui écrite, il ne devait pas déchirer la minute, quoiqu’ imparfaite, comme il dit, mais plutôt il devait la retenir et la remplir, car il l’eût plutôt faite que de la faire copier entièrement par une religieuse, attendu que le messager de Poitiers le pressait fort;

A dit qu’il était pressé d’aller dîner chez Monsieur de Poitiers et du messager, et que ce fut pourquoi il ne remplit pas ladite minute, et, au reste, qu’il paraît assez que lui répondant désirait que ladite religieuse la vît et en fît une copie.

177. — • Interrogé comment il vient de dire qu’il n’était pas curieux de garder les minutes de ses lettres, vu qu’il fut si soigneux d’avoir une copie de celle-ci, que même il veut faire croire qu’il ordonna à ladite religieuse qu’elle lui en fît et lui, en envoyât une copie;

A dit avoir voulu une copie de ladite lettre, à cause qu’il se défie beaucoup de sa mémoire et qu’il ne voulait pas oublier les points qui regardaient M. Vincent, et qu’il veut protester que personne du monde n’a vu ladite lettre depuis l’arrivée du répondant à Paris.

178. — Interrogé, puisqu’il était si curieux de conserver la mémoire des points qui regardaient M. Vin-

cent, comment il l’a sitôt perdue, ainsi qu’il a dit par ses réponses sur ce sujet;

A dit qu’il a conservé la mémoire des points qui regardent la maison de M. Vincent et que, pour le reste, il s’en rapporte à ce qu’il a dit auparavant.

179. • — Interrogé comme il a pu dire ci-dessus que les quatre points sur lesquels ledit sieur Vincent le fut trouver en son logis à Paris et touchant lesquels ledit sieur répondant, étant à Dissay, écrivit ladite lettre audit sieur Vincent, sont points sur lesquels tant les anciens Pères que les docteurs et directeurs de ce temps s’accordent et lesquels sont reçus d’un chacun, vu que ladite sœur Anne de Lage, dans sadite lettre audit sieur de Saint-Cyran, en parle tout autrement par ces mots : « Je vous dirai en vérité, mon Père, que ces ébranlements ne servent qu’à m’affermir davantage dans la créance que vos sentiments sont de Dieu, puisqu’ils sont si rudement persécutés par le monde ou, pour dire mieux, par des intérêts du monde qui se trouvent en des personnes dédiées à Dieu », et que même ledit sieur Saint-Cyran dit hier en ses réponses que ce sont choses qui ne sont pas reçues par les docteurs et directeurs de ce temps et qui ont cessé d’être gardées depuis que les religieux mendiants se sont mêlés d’administrer les sacrements, et un peu auparavant;

A dit qu’il ne peut pas empêcher ladite fille de parler et d’écrire ce qu’elle veut, surtout ayant une si grande facilité d’écrirê; et quant aux mendiants, lesquels il honore d’ailleurs, nie avoir dit qu’ils eussent introduit cette nouveauté, mais seulement l’avoir ouï dire.

180. — Interrogé quelles sont ces personnes dédiées à Dieu, lesquelles ladite sœuir Anne dit persécuter si rudement les sent liment s du répondant;

A dit que c’est Monsieur de Langres et le sieur abbé de Prières.

1 88. - — • Interrogé s’il n’a point dit ou cru que les Pères Jésuites sont grandement nuisibles à l’Eglise et qu’il serait bon pour le bien d’icelle de les ôter, ou choses semblables;

A dit n’avoir jamais dit cela; au contraire, il a dit souvent à ses amis qu’il lui pourrait naître quelque occasion de servir lesdits Pères Jésuites, où ceux qui se qualifient leurs amis les abandonneraient, sans parler des services que le répondant a déjà rendus auxdits Jésuites, dont il a reçu des remerciements par le Père Jacquinot, provincial.

189. — Interrogé si, au moins, il n’a point dit qu’il serait bon d’empêcher que les Pères Jésuites enseignassent la théologie, et que, si cela dépendait de lui, il les empêcherait ;

A dit n’avoir point dit cela, mais être vrai que quelquefois lui répondant s’est plaint à ses amis de ce que lesdits Jésuites permettaient qu’on mît de certains livres en lumière, composés par quelqu’un de leur Compagnie, sans les vouloir garantir, et qu’à dessein ils n’y mettaient pas l’approbation qu’on avait accoutumé de mettre aux livres.

190. — Interrogé quel sentiment il a du concile de Trente et s’il le tient pour un vrai et œcuménique concile ;

A dit qu’il tient ledit concile pour vrai et œcuménique et qu’il n’en a jamais douté, qu’il l’a ainsi témoigné et publié en une prédication que lui répondant fit en l’église des Pères de la Doctrine Chrétienne, le jour de saint Charles Borromée... Plus ledit répondant a enseigné le catéchisme du concile à trois personnes... Et outre ce, le répondant dit avoir un acte public passé devant notaire, qui contient la profession d’un religieux, à condition que ledit religieux vivra avec les autres selon la forme prescrite par le concile de Trente...

igi. — Interrogé s’il croit que lui et tous les fidèles soient obligés de recevoir tous les canons dudit concile •comme des décisions et articles de f oi ;

A dit qu’il reçoit les canons de foi comme de foi et ceux de discipline comme de discipline, sans s’être jamais mêlé de distinguer les chapitres dudit concile d’avec les canons dudit concile.

193. — Interrogé s’il n’est pas vrai qu’il a dit que l’Eglise n’est pas, comme on croit ordinairement, l’assemblée des fidèles, composée du Saint-Père, des prélats, curés, et telle que nous la voyons à présent, et que l’Eglise est autre chose que ce qu’elle était devant les six cents ans derniers, ou pour le moins devant quelques siècles, et que, depuis ce temps, la corruption s’étant mise non seulement ès mœurs, mais aussi en plusieurs points de la doctrine, tel corps ne peut être censé Eglise en un autre sens, ni pour une autre raison, que pour avoir succédé à la place de la véritable Eglise, de même que si une eau bourbeuse et corrompue, occupant la place et le lit d’une rivière dont l’eau aurait été autrefois claire, vive et salutaire, on donnait à cette dernière eau le nom de la même rivière, quoique changée par la corruption qui s’y serait mise;

A dit n’avoir rien dit de tout cela.

194- — Interrogé si, par cette Eglise, qu’il dit devoir durer toujours et être infaillible, il entend l’assemblée des fidèles, composée du Pape, des prélats, etc., telle que nous l’avons pour le présent;

A dit qu’il n’entend autre chose.

*95- — Interrogé s’il n’a pas dit qu’il y avait quelque corruption en l’Eglise, non seulement quant aux mœurs,

mais aussi quant à quelques points de la doctrine de la foi ;

A dit n’avoir jamais dit cela.

*96- Interrogé s’il a toujours tenu ce qu’il vient

de dire, tant du concile de Trente que de l’Eglise, et n’a jamais avancé ou cru le contraire;

A dit qu’il l’a toujours tenu et n’a jamais varié en

cela.

igg. — Interrogé s’il n’a pas dit que Dieu meme détruit l’Eglise, ou permet qu’elle se détruise, que le temps d’édification est passé et que celui de destruction est venu, alléguant souvent à ce sujet ce passage : tempus aedificandi , tempus destruendi ;

A dit ne se souvenir pas à qui il a pu dire cela, et que, si lui répondant l’a dit, ç’a été en un autre sens que celui qui) est ci-dessus rapporté.

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