DÉDICACE DU MANUSCRIT « DIX MÉDITATIONS » DE LOUIS MACHON
(i5 avril 1645)
A Monsieur Monsieur Vincent, général des prêtres de la Mission.
Monsieur,
Voici une partie des dépouilles que j’emporte de chez vous pour me faire' plus riche, sans appauvrir personne. Mon procédé ne serait pas sans blâme, ni sans ingratitude, si, après avoir reçu tant de consolations favorables, je sortais très satisfait, sans vous témoigner l’obligation que je vous en ai. Votre vertu a beaucoup de réputation ; mais tous ceux qui en parlent ne font que bégayer, et jamais ils ne pourront se la représenter qu’en la voyant et en l’admirant. Votre zèle à l’autel, votre charité envers tout le monde, votre modestie partout, votre égalité d’esprit en tout temps et votre humilité en toutes vos actions m’ont plus persuadé que tous les livres que j’ai lus, ni que tous les prédicateurs que j’ai jamais entendus. Si les anges se faisaient hommes, assurément ils vivraient comme vous, et s’il se trouve des saints mortels, certainement ils sont faits comme vous. Je ne vous flatte point, Monsieur, je dis ce' que j’ai vu, et* si mes yeux n’étaient témoins des choses que je mets en avant, je serais le premier qui les révoquerait en doute. Dieu vous réservait, non pas pour réformer son Eglise, mais pour faire connaître à ses ministres la grandeur de leur caractère et la pureté avec (laquelle ils
Document 36. — Le manuscrit, conservé à la bibliot. nat. (f. fr. 17 109), a pour titre : Dix méditations faites far le sieur Louis Machon , archidiacre de Fort et chanoine de l’Eglise cathédrale de T oui, pendant les dix jours de sa retraite dans la maison de Saint-Lazare , au faubourg Saint- Denis-lez-Paris.
s’en doivent acquitter. Vous êtes merveilleux à changer les hommes sans rien innover. Une retraite de dix jours fait un exemple de sainteté de celui-là même qui portait le scandale partout. On quitte le vice auprès de vous avec plus de joie et de contentement qu’on ne l’embrasse aux lieux où ses charmes et ses appâts sont les plus puissants; et je crois qu'il vous est plus facile de faire un homme de bien qu’à tous les débauchés de la terre de se conserver leur semblable qui voudrait vous écouter. La vertu est si belle entre vos mains qu’elle semble vous avoir choisi pour se faire connaître des yeux du corps; et quand on vous regarde, on ne peut aimer que ce qui vous rend si vénérable et si recommandable. J’aimerais mieux être privé du peu de bien qui me reste, que des fruits précieux que j'ai cueillis dans votre solitude; et si Dieu me fait la grâce de me conserver dans l’innocence que je crois y avoir recouvrée, vous aurez mis au rang des plus heureux, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Machon.
De votre maison de Saint-Lazare, ce i5 avril 1645.