‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 5)Chapitre 78 sur 314 · Vraisemblablement l’abbé de Saint-Cyran · texte numérisé non relu

Vraisemblablement l’abbé de Saint-Cyran

messe, qu’il célébrait auparavant tous les jours, et que son autre lui-même 14 n’a jamais fait aucun acte extérieur de vertu aux yeux de ceux qui l’ont fréquenté.

Voici ce qu’ils objectent :

Selon saint Augustin, Deus agit animant inflexibiïiter , insuper abiliter et indeclinabüiter ; donc notre libéral arbitre ne se peut défendre de cette motion de Dieu.

— Je réponds que, ex parte gratiae , elle agit de la sorte, maiis que, ex parte voluntatis , il n’est pas de même, comme le soleil agit facultatem videndi insuperabiliter , etc., mais qu’il a beau que d’opérer de la sorte,, que l’homme, en fermant ses paupières, il empêche l’effet de la splendeur du soleil.

Saint Augustin dit que Dieu ne donne point à présent aux hommes la grâce de vouloir et de non-vouloir, comme il a fait à Adam, à cause de son péché et du déchet de la vertu du libre arbitre. — Maie je réponds qu 'encore que nous n’ayons pas cette grâce inhérente en nous, pour la raison alléguée, que Dieu nous en donne au besoin. Car, comment le concile de Trente dirait-il, autrement, que l’homme contribue au mouvement de la grâce et la refuse, s’il veut, et fulmine anathème contre ceux qui disent le contraire?

Saint Augustin établit la liberté dans la délectation à faire le bien et fuir le mal, et non en l’indifférence.

Je réponds que les autorités ci.-dessus d’Esaü et des deux rois qu’il allègue, font voir qu’ils peuvent faire le bien et fuir le mal.

Ils disent que le volontaire nécessaire est 15 la liberté qu’on entend toujours d’indifférence. - — Je réponds que cette opinion est condamnée, et cette autre qui, dit que

14. Saint Vincent aurait-il en vue Antoine Arnauld, ou Barcos, neveu de l’abbé de Saiut-Cyran ?

15. Texte de l’original : « Ils disent que le volontaire le nécessaire et... »

cette sorte de liberté ne se trouve point dans les Ecritures. Qui potuit transgredi et non est transgressas, facere mala et non fecit 16. Ecce posui ignem et aquam : porrige tnanum ad quemcumque volueris

Saint Augustin est formellement contre les opinions anciennes de l’Eglise touchant la grâce. — Il semble ainsi à ceux de ce parti-là; les passages sus-allégués font voir le contraire.

Quis te discernit 18 P C’est une autre objection. Je réponds que. non ego , sed gïcitia Dei mecum

La justification est œuvre de Dieu, et non des hommes : Non est volentis neque , etc. 20. — Je réponds que cela est vrai de nos propres forces, mais non avec ]a grâce de Dieu, avec laquelle nous contribuons à notre justification.

L’opinion moderne est plus humble, et T ancienne tient de la gloire. — - Je réponds ce que diît saint Paul : Qui gloriatur , in Domino glorïetur 21 , que nous ne pouvons chose quelconque sans la grâce, et par ainsi que toute la Moire lui en est due, comme au maître écrivain qui tient et mène la main de l’enfant pour le faire écrire.

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