Le bourgeois de Paris qui avait fondé l’hospice
Voyez s*' ce n’est pas la un puissent motif pour bien apprendre, et estimez le grand bien que ce vous est que Dieu vous ait mis, par sa bonté, dans un lieu où vous en avez tant de moyens et en aurez encore davantage, comme je l’espère.
Mes enfants, il faut donc faire votre possible pour bien retenir les instructions que l’on vous fera, dans la croyance que vous y êtes obligés en qualité de chrétiens et d’enfants de Dieu. Le docteur angélique, saint Thomas, dit que personne ne peut être sauvé sans savoir et croire qu’il y a un Dieu en trois personnes. Et les théologiens en donnent la raison : parce que ce sont moyens nécessaires à salut. Or, qui néglige les moyens qui aident à se sauver ne le peut être.
Voilà donc les deux principales raisons que vous avez de bien apprendre. Je m’en vais commencer à vous interroger; et encore que vous ne puissiez pas bien répondre, ne vous troublez pas pour cela. Je vous demanderai si vous savez bien faire le signe de la croix; et quand vous ne le sauriez pas, il ne faut pas que cela vous fasse peine. Vous n’êtes pas seuls. Combien y en a-t-il dans la cour, peut-être des présidents, qui ne le savent pas faire! Cela vous doit encourager à surmonter la vergogne que nous .avons d’ordinaire quand nous ne savons répondre à ce que l’on nous demande. Et c’est l’orgueil qui nous cause cette honte, parce que nous voulons toujours paraître quelque chose. Il vous faut faire comme ces bonnes gens des champs qui témoignent tant de désir d’apprendre qu’ils se viennent présenter à nous et disent : « Monsieur, j’ai bien peur que je ne bâche pas ce qu’il faut que je sache. Je n’ai pas été instruit. Interrogez-moi, s’il vous plaît, pour voir ce que je sais. » \ oyez, mes enfants, comme ces bonnes gens ne sont pas honteux de paraître ignorants. C’est ainsi qu’il faut faire.
Monsieur Vincent, après avoir dit ce que dessus, commença à interroger ccs bonnes gens les uns après les autres touchant le signe de la sainte croix et à leur montrer comme il le faut faire, le faisant lui-même plusieurs fois pour enseigner autant par exemple que par parole. Il dit :
Le signe de la croix, qui. est le signe des chrétiens, a toujours été fort usité depuis le temps des apôtres et disciples de Notre-Seigneur, lesquels se donnèrent ce signe pour se connaître les uns les autres, de sorte que, quand deux chrétiens se rencontraient en quelque lieu, pour savoir s’ils étaient disciples de Notre-Seigneur ils faisaient le signe de la croix, et par ce signe ils se reconnaissaient, sans mot dire, parce qu’ils ne s’osaient pas découvrir ouvertement. Mais, comme ils s’étaient donné ce signe pour se connaître, personne ne s’en apercevait qu’eux, qui: voyaient aussitôt que c’étaient des chrétiens. Et pour lors ils s’embrassaient, ils se caressaient et se disaient des paroles de consolation. Voilà comme les chrétiens de la primitive Eglise en usaient.
Après que Monsieur Vincent eut enseigné à bien faire le signe de la croix, il demanda s’ils savaient le mystère de la très Sainte Trinité, les interrogea tous les uns après les autres, et, pour leur faire mieux comprendre, il leur dit :
Mes enfants, je vais vous donner, une comparaison qui a été enseignée par saint Augustin, et c’est du soleil. Tout de même qu’au soleil il y a trois choses et que ces trois choses ne font pas trois soleils, ainsi dans la Sainte Trinité il y a trois personnes, qui toutes trois ne font qu’un seul Dieu. Il y a donc trois choses au soleil, qui sont le corps du soleil, la lumière, la chaleur.
Le corps du soleil, c’est ce bel astre que nous voyons au ciel. La lumière, c’est ce qui nous éclaire et tous ceux qui sont sur la terre, qui dissipe les ténèbres de la nuit
et enfin qui réjouit tout le monde; car, si 1 on était dans les ténèbres, quel contentement aurait-on? La troisième chose qu’il y a .au soleil, c’est la chaleur, une grande chaleur, qui procède du corps du soleil et de la lumière. C’est cette grande chaleur qui cuit les fruits et autres choses dessus la terre. Quand vous voyez un temps chaud, étouffant, comme il faisait quand nous sommes entrés ici, c’est du soleil que procède cela.
Par cette comparaison vous voyez comme il n’y a qu’un Dieu et trois personnes en Dieu, qui sont inséparables les unes des .autres, comme le soleil est inséparable d’avec la lumière et la lumière d’avec la chaleur. Ces trois choses ne se quittent point; ce que vous savez par expérience. Pourquoi ne fera-t-il pas si chaud ce soir qu’il fait à cette heure? C’est parce que le soleil se sera retiré; et comme la chaleur est inséparable d’avec le soleil, l’on me la sentira plus, parce que le soleil se sera retiré.
Il commença à interroger les hommes, et, s’adressant à un petit garçon, il lui demanda :
Qu’est-ce que Dieu, mon enfant?
— • Monsieur, c’est le Créateur du ciel et de la terre et le seigneur de toutes choses.
— Bon, voilà qui est bien répondu. C’est le Créateur du ciel et de la terre. Qu’entendez- vous par ces mots : Créateur du ciel et de la terre?
— J’entends celui qui a tout fait.
Oui, quand l’on dit : « Créateur du ciel et de la terre », c est à dire celui qui a tout fait. Il faut bien retenir cela, mes enfants. Quand vous l’entendrez prononcer, vous vous souviendrez que Créateur vaut autant a dire que celui qui a tout fait. Mais vous pourrez dire : « Quoi!! Dieu a-t-il tout fait ce qui est sur la terre? » Oui, il a tout fait. « Mais, Monsieur, Dieu a fait tant d( di\ erses créatures que nous voyons? » Il a fait tout
cela, et pour le service de l’homme. Il n’y a si petite créature qu’il n’ait faite, jusqu’à un ciron, qui est bien petit; il a créé cela. « Quoi! Monsieur, est-il possible que Dieu ait créé cela? » Oui, cela est vrai qu’il a créé ce ciron qui court entre la chair et la peau, et ces petites fourmis que vous voyez courir ; il a créé tout cela.
Ceux qui sont allés instruire ces pauvres sauvages qui ne savaient ce que c’était que Dieu, quand l’on leur a enseigné qu’il y avait un Dieu en trois personnes, ils ne savaient comprendre cela, ni répondre. Quand l’on leur demandait : « Qu’est-ce que Dieu ? » ils ne savaient que répondre, ni comprendre, sinon quand on leur disait que c’est le Créateur du ciel et de la terre, celui qui a tout fait. Quand on leur demande ce que c’est que Dieu, ils disent : « C’est celui qui a tout fait. » Voyez, mes enfants, quel bonheur vous avez d’être nés dans un pays chrétien, où l’on connaît Dieu autant que 1a. faiblesse de nos esprits le peut permettre.
Mon enfant, combien y a-t-il de dieux?
— Il n’y en a qu’un, mon Père.
— Et combien il y a de personnes en Dieu ?
- — Il y en a trois, qui toutes trois ne font qu’un seul Dieu.
— Me donneriez-vous bien un exemple, qui fasse connaître cela.
— Monsieur, celle d’un cierge me servira, parce qu’il s’y trouve trois choses : la cire, la mèche et le feu, et toutes ces trois choses ne font qu’un cierge.
— Dieu vous bénisse, mon fils ! Le petit garçon donne l’exemple d’un cierge où se trouvent trois choses, qui ne font qu’un cierge allumé. Tout de même, encore qu’il se trouve trois personnes en la Sainte Trinité, ce ne sont pas trois dieux, mais un seul. Souvenez-vous de cela, qu’il n’y a pas trois dieux, qu’il n’y en a pas six, qu’il n’y en a pas dix ni. vingt, comme tiennent les païens,