‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 5)Chapitre 83 sur 314 · Nom de convention · texte numérisé non relu

Nom de convention

croient pas aux vérités de notre religion; et nous sommes en peine de quelle façon nous devons agir pour les leur persuader; c’est pourquoi je vous prie de me dire ce que vous jugez que nous puissions faire en ces rencontres, pour les porter à croire les choses de la foi. »

A quoi Dam asus me répondit avec quelque émotion : « Pourquoi me demandez-vous cela ? »

Je luf répliquai : « C’est, Monsieur, que les pauvres s’adressent aux riches pour avoir quelque assistance et charité; et comme nous sommes de pauvres ignorants, nous ne savons pas de quelle façon il faut traiter les choses divines, et nous nous adressons à vous pour vous prier de nous instruire sur cela. »

Damasus s’étant remis tout aussitôt, me répondit qu’il voudrait enseigner les vérités chrétiennes : premièrement, par la Sainte Ecriture; secondement, par les PèreS ; troisièmement, par quelque raisonnement ; quatrièmement, par le commun consentement des peuples catholiques des siècles passés; cinquièmement, par tant de martyrs qui avaient répandu leur sang pour la confession de ces mêmes vérités; sixièmement, par tous les miracles que Dieu avait faits en leur confirmation.

Après qu’il eut achevé, je lui dis que cela était fort bien et je le priai de mettre toutes ces choses par écrit tout simplement et sans façon et de me les envoyer. Ce qu’il fit deux ou trois jours après, me les ayant apportées lui-même. De quoi je le remerciai, lui disant : a Je vous suis bien obligé et je reçois une joie particulière de vous voir dans ces bons sentiments et de les apprendre de vous-même; car, outre le profit que j’en tirerai pour mon usage particulier, cela me servira même pour votre justification. Vous aurez peut-être peine de croire ce que je vais vous dire, qui est néanmoins très véritable : c’est qu’il y a des personnes qui sont persuadées et qui disent que vous n’avez point de bons sentiments touchant les

choses de la foi. Voyez doinc, Monsieur, d’achever ce que vous avez si bien commencé; et après avoir si dignement soutenu votre foi par votre écrit, donnez-vous à Dieu pour vivre d’une manière non seulement éloignée de l’ apparence de ce qu’on dit de vous, mais aussi qui puisse être à édification au public. » Je lui ajoutai que, d’autant plus qu’une personne était de grande condition, comme lui, elle était aussi plus obligée de s’adonner à la vertu; que c’était pour cette raison que ceux qui ont écrit la vie de saint Charles Borromée disaient que la vertu était d’autant plus vertu qu’elle se trouvait dans une personne de plus grande qualité; et qu’il en était comme d’une pierre précieuse, laquelle avait un éclat bien plus brillant étant enchâssée dans quelque bague d’or, que si cette bague n’était que de plomb.

Ce que Damas us ayant approuvé, et témoigné que dorénavant il voulait en user de la sorte, il se retira et me laissa fort satisfait de le voir dans une si bonne résolution.

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