AVEC LES JANSÉNISTES
Monsieur, lorsqu’un différend est jugé, il n’y a point d’autre .accord à faire que de suivre le jugement qui en a été rendu. Avant que ces messieurs fussent condamnés, ils ont fait tous leurs efforts afin que le mensonge prévalût sur la vérité, et ont voulu emporter le dessus avec tant d’ardeur qu’à peine osait-on leur résister, ne voulant pour lors entendre à aucune composition. Depuis même que le Saint-Siège a décidé les questions à leur désavantage, ils ont donné divers sens aux Constitutions pour en éluder l’effet. Et quoique d’ailleurs ils aient fait semblant de se soumettre sincèrement au Père commun des fidèles et de recevoir les Constitutions dans le véritable sens auquel il a condamné les propositions de Jansénius, néanmoins les écrivains de leur parti qui ont soutenu ces opinions et qui ont fait des livres et des apologies pour les défendre n’ont pas encore dit ni écrit un mot qui paraisse, pour les désavouer. Quelle union donc pouvons-nous faire .avec eux, s’ils n’ont une véritable et sincère intention de se soumettre? Quelle modération peut-on apporter à ce que l’Eglise a décidé? Ce sont des matières de foi qui ne peuvent souffrir d’altération, ni recevoir de composition, et par conséquent nous ne pouvons pas les ajuster aux sentiments de ces messieurs-là. Mais c’est à eux à soumettre les lumières de leur esprit et à se réunir à nous par une même créance et par une vraie et sincère soumission au Chef de l’Eglise. Sans cela, Monsieur, il n’y .a rien à faire qu’à prier Dieu pour leur conversion.
Document 52. — Abelly, of. cit ., 1. II, chap. xii, p. 438.
53. — DÉDICACE A SAINT VINCENT DE L OUVRAGE « DICTIONNAIRE DE LA LANGUE DE MADAGASCAR »
A Monsieur Vi,ncent de Paul, supérieur général de la congrégation de la Mission.
Monsieur,
Les pauvres insulaires de Madagascar auront à jamais obligation de leur conversion, après Dieu, à votre maison seule, et particulièrement aux soins, à la charité et au zèle que vous avez de leur procurer ce grand bien, en leur envoyant plusieurs de vos missionnaires, ainsi que vous avez fait, pour leur enseigner les mystères de notre religion, pour leur apprendre à prier et servir Dieu, et pour les adresser dans les voies de leur salut. Et de même que de la famille de l’illustre Compagnie de Jésus sont sortis les Ignace, les Xavier et tant d’autres grands personnages, qui ont employé leurs jours, ou par eux-mêmes, ou par leurs enfants, dans la conversion des hérétiques, dans la prédication de l’Evangile par toute l’Europe et dans la propagation de la foi parmi les nations les plus barbares et les plus reculées de la terre; aussi, Monsieur, par vos soins et par ceux de votre charitable congrégation, dans ses premiers commencements, l’on a déjà vu se disperser par toute l’Europe quantité d’excellents et zélés personnages qui ont travaillé depuis vingt ans et qui. travaillent incessamment au salut des fidèles, à l’instruction des peuples de la campagne et à rappeler les hérétiques dévoyés de la vérité. Témoins en sont non seulement la fi rance et 1 Italie, mais encore la Pologne, l’Hibernie,
Document 53. Cette dédicace se trouve en tête de l’ouvrage qui a pour auteur Etienne de Flacourt.
l’Ecosse, les Hébrides, la Barbarie et cette grande île Madagascar, où l’on voit déjà les fruits bien avancés qu’ont plantés, par leurs soins, veilles et fatigues, les feus sieurs Gondrée, Nacquart, Mousnier, Prévost et Dufour, qui y ont fini glorieusement leurs jours, et à quoi faire le sieur Bourdaise, qui, est le seul prêtre de cette congrégation resté en cette île, ne perd pas un moment de temps. Il instruit, il exhorte, il baptise et il administre les autres sacrements de l’Eglise journellement aux nouveaux convertis. Les peines sont si grandes qu’il est à craindre, s’il n’est promptement secouru, qu’il n’y succombe, ainsi qu’a fait feu Monsieur Nacquart, qui, se voyant seul missionnaire, se laissa emporter à son zèle et hasarda sa vie pour convertir ces pauvres insulaires, en sorte que, dans une année de temps, il baptisa plus de 400 personnes de tout sexe et de tout âge.
Comme îles mystères de notre religion, Monsieur, ne se peuvent exprimer que par la parole et concevoir que par l’ouïe, aussi est-il nécessaire que ceux qui désirent passer en cette grande île, afin d’y faire le progrès qu’ils souhaitent, tâchent au plus tôt et avec diligence à apprendre les mots les plus nécessaires de la langue et les termes les plus propres pour exprimer par icelles leurs pensées et conceptions aux originaires. Pour à quoi parvenir, j’aii mis en ordre ce dictionnaire et petit catéchisme et ces premiers bégaiements de la langue que je vous présente, afin que ceux que vous y enverrez, étant sur mer, commencent à apprendre à parler et s’y puissent exercer les uns avec les autres. C’est tout ce que, durant près de sept ans que j’ai conversé familièrement avec ces insulaires, j’ai pu recueillir et apprendre, tant par les Français mes interprètes, que par les livres que j’ai trouvés parmi les Ombiasses ou écrivains, desquels j’ai appris à lire les caractères arabes qui leur sont communs, où j’ai commencé à concevoir leur manière de par-
1er. Cette langue .ayant beaucoup d’affinité avec l’arabesque, tant en ses manières de parler qu’en ses phrases et en ses caractères, il est très nécessaire que les prêtres qui passeront en cette île apprennent au moins a lire en arabe, afin que, si quelques livres des Ombiasses leur tombaient entre les mains, ils puissent mieux apprendre, en les lisant, la façon de parler et de s’expliquer dont il faut user en instruisant ces pauvres insulaires.
Recevez, Monsieur, avec mes très humbles respects, ce petit livret, sorti de dessous la presse par les soins et la munificence de Monsieur de Belles, que je vous présente comme les prémices de mon labeur en cette île, en reconnaissance des obligations que je vous ai et de l’amitié dont vous m’honorez à tous moments; et agréez le zèle que j’ai de me qualifier toute ma vie du titre, Monsieur, de votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur.
De Flacourt.
54. régit D UNE CONVERSATION AVEC UN PRÊTRE FAVORABLE AUX JANSÉNISTES
Considérant devant Dieu ce que je devais faire en cette rencontre, je pensai que, selon la règle de l’Evangile, je devais dire la chose à Damasus * 1 en secret et par manière de parabole. Traitant donc un jour familièrement avec lui, je lui dis : « Monsieur, comme vous êtes grand prédicateur, j’ai un conseil à vous demander touchant une chose qui nous arrive à nous autres missionnaires, quand nous allons travailler à la campagne, où nous trouvons quelquefois des personnes qui ne
Document 54. — Abelly, op. cil., 1. III, chap. xvi, sect. i, p. 254, d’après l'original, écrit de la main du saint.'