‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 5)Chapitre 85 sur 314 · AU PARLEMENT · texte numérisé non relu

AU PARLEMENT

(2 novembre 16 58)

M. Vincent ayant été obligé de parler à M. Loger, notre procureur au parlement, pendant la retraite que mondit sieur Vincent faisait cette année 1658 , entr autres choses dont il l’entretint, après lui avoir parlé de l’affaire pour laquelle il l’avait envoyé quérir, qui concernait la maison de Saint-Lazare, il lui fit quelque dis-

Document 56. — Manuscrit des répétitions d’oraison, conférences et

entretiens aux missionnaires, f° 82 v°.

1. On lit en marge du manuscrit : « Nota que Monsieur Vincent commença sa retraite spirituelle le samedi 2.5 octobre i658 et la finit le lundi 4 novembre audit an. »

cours sur le sujet de son état et vocation de procureur, et lui dit qu’il pouvait aussi bien faire son salut dans sa condition de procureur qu’un Capucin dans la sienne;, car, dit-il, qui résiste à l’ordre résiste à Dieu, et qui garde et observe l’ordre adhère à Dieu. La justice est établie de Dieu; et comme il est invisible, il a établi icibas sur la terre des personnes visibles pour rendre la justice à un chacun; et entre ces officiers ainsi établis il y en a qui sont élevés à divers ordres, les uns seulement pour juger, les autres pour aider, disposer et éclaircir les choses qui se présentent à juger, comme font les avocats et procureurs les affaires qui sont à juger.

Dieu vous a fait de ce nombre, par l’ordre de sa Providence. Si, en cet exercice, vous vous comportez selon Dieu et en la manière qu’il le désire', il est certain que vous y trouverez enfin votre salut. Car, voyez-vous, Monsieur, un procureur, dans sa condition de procureur, peut aussi bien faire son salut dans cette vocation, pourvu qu’il s'y comporte comme il faut, qu’un Capucin dans la sienne, à cette différence néanmoins que le Capucin a bien plus de moyens de bien faire son1 petit fait, c est- a-dire ce à quoi sa profession de Capucin 1 oblige, que non pas un avocat ou un procureur, à cause du grand embarras qui se rencontre dans son emploi et des rencontres fâcheuses qui arrivent parmi le monde où il est obligé de vivre. Voyez M. Desbordes ; c est un auditeur des Comptes et qui est veuf ; c’est une personne de' condition, vicomte de Soudé. Cet homme-là aime Dieu plus que je ne vous saurais dire, mais d un amour sensible. C’est, de plus, un homme qui a une grâce merveilleuse pour accorder les différends. Je sais bien que l’état de Capucin est plus parfait que non pas celui de séculier; mais néanmoins le séculier, encore bien que son état ne soit pas si parfait que' celui

du Capucin, si est-ce pourtant que le séculier peut arriver à un si haut degré de vertu et perfection eu égard à son état de séculier et à sa vocation de procureur, qu’il égalera celle de ce Capucin eu égard à sa profession de Capucin.

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