Dans la prison de Saint-Lazare
— Lui, étant venu de son bon gré en retraite, il faut dire à sa bonne mère que cela ne se peut et ne se fait jamais; outre que ce serait perdre le fruit de sa retraite, cela donnerait de l’aversion. Dites qu’on ne peut pas.
7 juin 1660.
Présents Messieurs Aimeras, Berthe, Gicquel.
— Nous avons aujourd’hui trente et quatre exercitants, ce qui ne se voit guère, et l’on en a différé encore trois ou quatre, tellement que cela pourrait aller à cent, si vous n’y apportiez règlement; car, outre la dépense, nous n’avons ni assez de lits, ni assez de. directeurs; et leur faut donner des jeunes étudiants pour directeurs à la plupart 7 .
— Nous fixerons et réglerons le nombre à vingt. La charité étant une vertu, elle ne veut pas que nous excédions.
Ce n’est pas que nous n’ayons grand sujet de nous abaisser à croire' que Dieu a eu égard à quelque fidélité que l’on y a apportée, sans laquelle il ne donnerait pas les attraits pour les retraites céans; et, dans cette venue, la Compagnie se' doit estimer bienheureuse. Quand, en faisant le bien, elle se serait anéantie et consommée, elle aurait fait tout ce qu’elle peut prétendre de faire. Se consommer pour Dieu, n’avoir de Bien ni de forces que pour les consommer pour Dieu, c’est ce que Notre- Seigneur a fait lui-même, qui s’est consommé pour l’amour de son Père.
J’ai dit tantôt que nous n’avions jamais rien demandé ni refusé, jamais d’emploi que de Dieu, et jamais refusé. Ceci demande explication : je l’entends à l’excès, excepté ce qui était au delà de nos forces. Verbi gratia , la direction du grand hôpital de Paris
7. Cette réflexion est de René Alméras, assistant de la maison.
nous était donnée du roi et du parlement ; et néanmoins nous l’avons refusée; c’est que cela excédait nos forces. La vertu judicium diligit , ne peut excéder ni au peu, ni au trop.
Messieurs de la communauté et paroisse Saint-Nicolas ont obtenu du roi la moitié dès meubles de Monsieur l’archevêque de Trébizonde, qui mourut entre les mains de Monsieur Watebled, supérieur aux Bons-Enfants, auquel il avait donné verbalement I 000 livres, qu’il lui gardait. Ces messieurs demandent les i ooo livres et l’on dit que l’on leur pourrait dire l'intention du défunt et se' tenir saisis.
— - Le défunt avait baillé cette somme en dépôt et en avait tiré un billet par lequel paraît que c’est un dépôt. 11 n’a pas plu à Dieu que vous l’ayez, quoiqu’il vous l’ait dit, parce qu'il aurait écrit ou fait ce qu’il faut pour cela. Le roi, vrai héritier et maître de ce bien, le donne; ils y ont droit intérieurement et civilement; vous n’en avez aucun civilement qui paraisse. Faut leur donner, et de bonne grâce 11 y a amitié grande entre nous... 8
Mercredi i5 septembre 1660.
— Vous avez déterminé de nommer aujourd’hui à ces bonnes Filles de la Charité leur supérieure. A quelle heure? Oui sera-ce? Et comment vous plaît-il qu’elles la reçoivent et elle recevoir les autres?
— Monsieur Dehorgny, vous les assemblerez, et, après la conférence, vous leur annoncerez le choix que Dieu a fait de notre sœur [Marguerite Chétif] pour supérieure9, leur disant auparavant qu’elles toutes lui baise-
8. Les feuillets suivants sont perdus; de là une lacune du 7 juin au i5 septembre.
9. Saint Vincent avait annoncé à la communauté, le 27 août, le choix qu’il avait fait de Marguerite Chétif comme supérieure; le i5 septembre eut lieu la cérémonie de l’installation.
ront les mains en signe de reconnaissance, et elle les embrassera; et vous remarquerez un peu la face et la contenance de la communauté et surtout des deux ou trois qui étaient offîcières et qui peut-être y pensaient.
— L’on n’a point encore averti les trois qui doivent aller en Pologne; quand vous plaît-il qu’on les avertisse?
— Il est temps; faites-le aujourd’hui. Les pauvres filles sont dans une soumission et souplesse admirables, et ne faut que leur dire.
■ — - Celle qu’on a nommée supérieure n’a fait que pleurer tout le jour, et les autres plusieurs. Elle a peine à se soumettre à la charge.
— Dieu soit béni» de cette disposition ! Cela se passera.
- Celles qu’on a averties pour la Pologne sont prêtes et demandent seulement quand l’on partira.
— Dites-leur que ce sera vendredi prochain. Que Dieu soit béni, qui a ainsi disposé le cœur de ces pauvres filles! En Pologne des hiles; et les voilà prêtes! Il faut que je leur parle et que je leur dépeigne les choses comme elles les trouveront de delà et que je leur dise surtout ce qu’elles auront à faire à l’égard de la reine et du roi, à l’égard des prêtres de la Mission, à l’égard des pauvres, à l’égard des hiles, etc.
Jeudi 16 septembre 1660.
— Monseigneur de Narbonne veut établir un séminaire; mais voici l’union qu’il fait de l’église et paroisse de Notre-Dame la Maiour à son séminaire pour y exercer les ecclésiastiques aux fonctions.
— • L’on pourra recevoir la cure avec le séminaire, quoique cela soit un peu au delà de notre Institut, qui est de ne pas confesser aux villes où il y a évêché, etc.
— Il met deux autres conditions dans son union : la première, qu’il pourra renvoyer les prêtres quand bon
lui semblera, et vous obliger d’en fournir d’autres; la deuxième, que nous ne disposerons du revenu qu’au profit du même séminaire, si ce n’est de son consentement et de ses successeurs; ce qui semble sous-entendre une obligation de rendre compte, contre notre pratique.
Lui représenter que ni en France, ni à Rome même,
nous ne sommes en cet usage, mais dans 1 usage contraire, et le supplier d’avoir agréable que, si nous avons l’honneur de le servir, que ce soit en la manière que nous le faisons partout, et s’en tenir là.
— Mais, Monsieur, s’il renvoyait les missionnaires du consentement du général ou du visiteur, cela adoucirait.
— Nous ne devons pas faire brèche à cette conduite pour quelque condition que ce soit.
— Il demande deux missionnaires, avec les trois, et un coadjuteur, pour faire ses missions et visites, qu il a indiquées, sur la promesse que vous lui avez faite de lui en envoyer.
— Faut lui donner Monsieur Delespiney, qui est tout à portée, à Marseille, et le frère clerc Parisy, qu’il fera prêtre. Il en est en état. Lui faire excuse que nous manquons de monde.
— Monseigneur de Montauban transféré l’etablissement du séminaire de Montech en sa ville et l’unit à la Mission, donnant aux missionnaires la conduite du temporel et spirituel et pouvoir perpétuel de faire des missions dans son diocèse.
— Lui écrire que c’est avec tout le respect possible que nous le remercions d’avoir agréables nos petits services et du choix de nos indignes personnes, que nous lui renvoyons l’acceptation signée, ainsi qu’il lui a plu de le nous ordonner.
— Messieurs les chanoines, qui vendent le fonds où se bâtira l’église et le séminaire, y demandent quatre conditions :
i° Que nous allions en corps aux processions générales ;
2° Que nous demanderons permission d’y porter la croix.
3° Que nous n’administrerons les sacrements qu’à ceux de la maison et du séminaire;
4° Que nous n’y enterrerons aussi que ceux de la maison et du séminaire; mais ils ne s’y sont pas tant arrêtés.
— Pour les deux premières, elles sont à charge et embarrassantes et détournant bien des exercices du séminaire, et ne pouvons pas les accepter; mais les deux dernières, bien volontiers; nous nous y soumettrons d’autant plus volontiers que c’est notre usage.
Les jambes de M. Vincent ont été huit ou dix jours sans couler et n’ont pas augmenté ses douleurs. Ces trois jours, elles ont recommencé à couler et ont jeté des morceaux de pus gros comme le doigt.
— Voilà en bas Monsieur Manchon, le second prédicateur du Père... 10, qui viennent de finir cette fameuse et éclatante mission au faubourg Saint-Germain, qui dit que Monsieur le prince de Conti l’envole vous demander des missionnaires pour travailler au diocèse de Narbonne avec eux et quelques autres que Monsieur le prince y mène.
— Dites que je suis bien fâché, que je ne suis pas en état de lui parler et que, pour la proposition de Monsieur le prince, demain j’enverrai Monsieur Berthe lui rendre compte de ce que nous pouvons, lui faire un renouvellement, etc., et l’informer qu’il trouvera à Narbonne des missionnaires que nous avons envoyés à Monseigneur l’évêque, qui travailleront où il plaira à Mon-
io. Ici un mot raturé et illisible.
seigneur des employer. J’avoue que les esprits de ces bons messieurs me semblent empressés et animés. Dieu soit notre tout et nous garde de tels esprits dans la Compagnie.
— Que donnera-t-on d’argent aux quatre 11 qui partent demain pour Pologne ?
— Une centaine d’écus ici et une lettre de créance à Rouen pour y en prendre encore autant, au cas que la reine 12 n’ait pas mis ordre à tout l’embarquement.
Vendredi 17 septembre 1660.
— Quel sujet de conférence pour ce soir à la Compagnie?
— Faites de la retraite. Trois points : i° Les raisons de la bien faire; 2Û d’où vient qu’on en profite moins; 3° ce qu’il faut faire devant, durant et après.
— Monsieur Talée, supérieur à Saint-Charles, demande, après s’être purgé céans à l’infirmerie, d’aller quelques jours à Rougemont prendre l’air et se fortifier.
— Cela est juste; il a travaillé toute l’année. Donnezlui un écolier, et qu’ils y aillent, et que le pourvoyeur 13 ait soin de les envoyer.
— - Monsieur l’abbé de Saint-Jean 14 ne se porte pas bien ; si vous lui ordonniez, il irait assurément.
— • T’ai crainte qu’étant si faible et oppressé de la poitrine, il ne vienne plus mal; mais voyez-le; et si vous pouvez lui persuader, vous me ferez plaisir; et, en ce cas, envoyez-y un frère pour faire la cuisine.
Samedi 18 septembre 1660.
Monsieur Watebled, supérieur aux Bons-Enfants,