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SUPÉRIEUR GÉNÉRAL DE LA CONGRÉGATION DE LA MISSION

Paris, le 17 février 1920.

Monsieur et bien cher Confrère,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Vous avez entrepris et vous venez de conduire à bonne fin un beau et consciencieux travail destiné à mieux faire connaître saint Vincent de Paul par la publication de ses lettres.

Le premier recueil imprimé remonte à 1880; il est près d’être épuisé ; surtout il présente bien des lacunes. Plus complet, le vôtre contiendra plusieurs centaines de lettres inédites, ou connues seulement en partie, qui avaient échappé aux recherches de votre prédécesseur. Vous y ajoutez, et l’innovation est heureuse, les lettres reçues par le saint.

Après avoir rappelé qu’au lendemain de sa mort, on estimait à trente mille le nombre de ses lettres, et que Collet, au dix-huitième siècle, avait pu en consulter près de sept mille, l’éditeur de 1880 ajoute, non sans

quelque- mélancolie : «Il nous en reste aujourd'hui deux mille cinq cents; les autres, hélas ! sont à jamais perdues ou enfouies dans quelques archives particulières. Si incomplète que soit cette collection quand on la compare à ce qui a péri, on n’a négligé aucun moyen de l’enrichir, et il reste désormais peu de chances de l’accroître d’une manière notable. »

Vous n’avez pas voulu faire vôtre cette résignation; et s’il est vrai que la fortune aide les audacieux, il n’est pas moins vrai que la Providence récompense les persévérants. Vous en êtes un exemple encourageant. Vous avez cherché beaucoup, longtemps et partout, jusqu’en Amérique, et vous avez fait de précieuses découvertes : précieuses par le grand nombre de lettres nouvelles, précieuses par la valeur intrinsèque de plusieurs d’entre elles. Ces découvertes vous ont permis de compléter telle lettre dont on ne possédait qu’une partie, de mieux dater telle autre, de rectifier le nom de tel destinataire, jusque-là incertain, parfois erroné.

Vous avez su chercher et trouver; vous avez su lire ; de telle sorte que vous nous restituez le texte de saint Vincent dans sa parfaite intégrité. C’est bien le saint qui parle toujours et qui toujours nous redit ce qu’il a voulu dire à ses correspondants, et de la manière, formes et expressions, dont il a voulu le dire.

Je suis heureux de vous en remercier. A mieux connaître les grands hommes, on les apprécie mieux; et s’ils sont vraiment grands hommes, on les aime davantage. Saint Vincent a sa place marquée parmi ces véritables grands hommes : l’Eglise le reconnaît et le proclame comme un de ses héros, et son pays le

compte parmi ceux de ses enfants qui l’honorent le plus.

La lecture de ses lettres, où il se peint lui-même, le fera mieux connaître, partant le fera aimer. A le mieux connaître et à l’aimer, vos lecteurs, ou plutôt les siens, se sentiront devenir meilleurs. Je ne parle pas du plaisir spécial qu’éprouveront les amateurs des choses de l’esprit, connaisseurs de l’histoire et des mœurs de l’époque où vécut le saint.

Cet intérêt d’édification et d’érudition, ce ne sont pas seulement les enfants de la famille spirituelle de saint Vincent de Paul : congrégation de la Mission et Filles de la Charité, qui seront à même de le goûter ; les grandes associations qui se réclament de son nom : dames de la Charité, conférences de Saint-Vincent, d’autres encore, moins connues, mais non moins attachées à son nom comme à son esprit, l’y trouveront également.

Enfin le public lettré lui-même aura toute facilité de faire connaissance plus intime avec ce grand homme et ce grand saint. Votre ouvrage, en effet, s’il apporte un heureux démenti aux regrets découragés du précédent éditeur au sujet du nombre des lettres, donne, par ailleurs, satisfaction à son désir de rendre public ce trésor. « Un tel ouvrage, dit-il, parlant de son recueil, s’il était livré au public, ne pourrait manquer d’exciter l’intérêt des lecteurs, auxquels il offrirait un nombre considérable de documents aussi précieux qu’édifiants et presque tous inédits. »

Ce vœu est désormais rempli, et bien rempli, grâce à votre publication.

Il me reste à souhaiter à votre travail la plus large diffusion ; et ce souhait, c’est de tout cœur que je le forme, comme aussi c’est en toute confiance que j’en attends la réalisation.

Croyez-moi toujours, Monsieur et bien cher Confrère, votre tout dévoué en Notre-Seigneur.

F. Verdier, Supérieur général.

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