INTRODUCTION
Saint Vincent de Paul a beaucoup agi. Il a aussi beaucoup écrit. Un homme d’action est, par la force des choses, un homme de relations. Et plus les relations sont nombreuses, plus abondante est la correspondance qui sert à les entretenir.
On évalue à plus de trente mille le nombre des lettres qui sont sorties de la plume du saint ou de ses secrétaires. Au témoignage de Collet4, il en restait de six à sept mille en 1748. Après plus de trois siècles, ce trésor s’est considérablement appauvri. Nous ne pourrions même pas en éditer aujourd’hui mille huit cents si nous nous en tenions aux lettres dont nous avons le texte complet.
De tous les correspondants de Vincent de Paul, nul ne fut en relations plus suivies avec lui que Louise de Marillac. Ce recueil renferme environ quatre cents lettres du saint à sa pieuse collaboratrice. Le plus favorisé après elle est Firmin Get, supérieur de la maison de Marseille, à qui reviennent cent cinquante lettres. Jean Martin, supérieur à Turin, en a, pour
1. La Vie de saint Vincent de Paul, Nancy, 1748, 2 vol. in-4, t. I,
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vent sur son repos, et parfois, brisé de fatigue, il s’endormait en écrivant; l’écriture de plusieurs lettres se ressent visiblement de l’influence du sommeil8.
Avant 1639, la date suit toujours la signature, sauf quand la place a manqué au bas de la page9 ; à partir de 1640, elle est toujours en tête10. Les lettres à Louise de Marillac ne sont datées que lorsqu’elle est en voyage, ou que le saint lui-même est absent de Paris. Quand la date manque, elle est assez souvent remplacée par l’indication du jour de la semaine.
Les lettres aux missionnaires et aux sœurs commencent uniformément parce souhait: La grâce de Notre- Seigneur soit avec vous pour jamais ! expression bien sincère du désir le plus intime de son cœur.
. L’occurrence de certaines fêtes lui suggérait parfois une formule différente : La sainte Passion du Sauveur nous fasse tout faire et tout soutenir pour son amour 11 ! ou: La dévotion des disciples de Notre- Seigneur assemblés pour prier pour la venue du Saint-Esprit soit toute sensible à votre cœur pour jamais** !
Saint Vincent nous apparaît dans sa correspondance tel que le dépeignent ses biographes : simple, bon, humble, judicieux, pratique, ne perdant pas de vue les détails les plus minutieux d’une affaire, les yeux toujours levés vers Dieu, sa règle et son guide, recon-
8. Par exemple, la lettre du i5 mars i638 à Lambert aux Couteaux.
9. C’est le'cas pour les lettres du 2 novembre i636 à Louise de Marillac, du 21 février i638 à Antoine Lucas, du 20 février, du i5 et du 22 mars i638 à Lambert aux Couteaux et du 2 juin i638 à Jean Bécu. Les copistes ont presque toujours reporté en tête de la lettre la date et l’indication du jour de la semaine.
10. De juillet 1639 au premier janvier 1640 le saint varie; l’ancienne habitude prend parfois le dessus.
11. Lettres du 11 avril 1659 à Guillaume Desdames et à Edme Jolly.