‹ Correspondance, entretiens, documentsChapitre 10 sur 500 · Paris, in · texte numérisé non relu

Paris, in

préoccupation historique : pas de notes, pas d’ordre chronologique, un texte assez souvent retouché et par suite défectueux, parfois des lettres composites, qui, sous apparence d’unité, sont composées en réalité de phrases empruntées à des lettres différentes. Un recueil de cette nature a son utilité; il ne saurait suffire. Les lettres de saint Vincent ne sont pas seulement un aliment pour la piété ; elles sont aussi des documents pour l’histoire. Les érudits appelaient de leurs vœux un recueil complet de lettres entières, fidèlement reproduites et classées dans le seul ordre qui convienne à l’histoire, l’ordre chronologique.

Un compatriotedusaint,M. Jean-Baptiste Pémartin, secrétaire général de la Congrégation de la Mission, voulut lui-même entreprendre le travail, malgré les nombreuses occupations de sa charge. Il recueillit deux mille quarante et une lettres50, qui remplissent

'5o. Nous disons 2041 lettres, bien que la dernière porte le numéro 2078, parce que l’éditeur mêle aux lettres du saint huit documents qui n’en sont pas (5, 7, 286, 341, 945, 1014, 1370, 1947), répète onze lettres (comparer 186 plus 1 87 et 864, 334 et 492> 469 et 480, 671 et 1966, 375 et 922, 179 et 932, 83 et ii3o, 1467 et 1936, 722 et 1994,659 et 1995, 472 et 2o65), avec des fragments de seize autres fait trente-quatre lettres distinctes (348, 35o et 35i appartiennent à une même lettre; de même 46 et x 1 7 , 172 et 173, 24 et 322, 357 et 359, 389 et 390, 186 et 187, 704 et 7i3, 170 et 769, 845 et 1010, 677, 876 et 877, 1347 et 1589, 958 et 1049, 1023 et 1026, 1046 et 1047, 1999 et 2001).

L’éditeur a bien fait de ne pas insérer dans son recueil la lettre que le chanoine Maynard ( Saint Vincent de Paul , 3e édition, Paris, 1886, t. I, p. 83) prête gratuitement au saint récemment sorti de Chchy pour entrer dans la famille des Gondi : « Je m’éloignai tristement de ma petite église de Clichy, mes yeux étant baignés de larmes, aurait écrit le saint prêtre, et je bénis ces hommes et ces femmes qui venaient vers moi et que j’avais tant aimés. Mes pauvres y étaient aussi, et ceux-là me fendaient le cœur. J’arrivai à Paris avec mon petit mobilier et je me rendis chez M. de Bérulle. » Cet extrait est d’un style qui ressemble fort peu au style de saint Vincent; d’autre part, Maynard, qui seul nous le fait connaître, ne donne aucune référence.

quatre volumes in-8, imprimés à Paris, en 1880, chez Pillet et Dumoulin.

Les Lettres de saint V incent de Paul eurent un succès mérité auprès des deux familles religieuses de ce grand saint, auxquelles l’ouvrage était exclusivement destiné. Il fut connu et désiré au dehors, et c’est pour répondre aux nombreuses demandes qui lui furent adressées que M. Pémartin fit choix de huit cent soixante lettres parmi celles qu’il venait d’éditer, et les livra au public en i88251-

L’ouvrage de 1880 suppose des recherches considérables et marque un progrès sérieux sur les recueils antérieurs. Il présente toutefois bien des lacunes et beaucoup d’inexactitudes.

La découverte de documents nouveaux permet aujourd’hui de compléter ou de rectifier des lettres puisées à des sources moins complètes et moins sûres. Les dates attribuées par M. Pémartin aux lettres non datées par saint Vincent sont le plus souvent fautives. On exige avec raison de nos jours que les dates, les mots, les phrases ajoutés par l’éditeur à des textes incomplets tirés de documents détériorés par les mites, l’humidité ou une déchirure soient placés entre crochets. Dans le recueil de 1880 rien ne les distingue.

L’annotation n’est pas assez abondante. Le lecteur aimerait savoir si le texte suivi par l’éditeur est un original, une minute ou une copie, et, quand c’est un original, si l’écriture est du saint ou de ses secrétaires. Il y aurait intérêt à lui dire, en signalant les mots raturés ou en donnant les rédactions différentes,

5i. Lettres de saint Vincent de ~Paul, Paris, Dumoulin, 2 vol. in-8.

quand il s’en trouve, par quelles phases successives est passée la pensée ou l’expression du saint. Un mot d’explication sur les événements ou les personnages dont il est question dans les lettres, l’aiderait à mieux connaître le milieu dans lequel vivait Vincent de Paul et parfois à mieux saisir le sens de sa phrase.

Le recueil de 1880 aurait gagné à être conçu sur un plan plus vaste. Il est des lettres de saint Vincent dont nous ignorons le texte, mais dont Abelly, Collet ou d’autres nous résument le contenu; pourquoi ne pas les mentionner? Pourquoi ne pas accompagner les lettres qu’il a écrites de celles qu’il a reçues? Celles-ci éclairent celles-là.

Enfin des recherches patiemment poursuivies ont amené de fructueuses découvertes. M. Pémartin écrivait dans sa préface : « Si incomplète que soit cette collection quand on la compare à ce qui a péri, on n’a négligé aucun moyen de l’enrichir, et il reste désormais peu de chances de l’accroître d’une manière notable. » Affirmation téméraire, car il est déjà possible d’ajouter plusieurs centaines de lettres inédites à son recueil.

Un supplément aux lettres de saint Vincent publié en 1888 en contient plus de cent nouvelles52. Quelques

52. Lettres et Conférences de saint Vincent de Faut ( Supplément ), Paris, in-8. La première lettre du Sufflément porte le numéro 2079, la dernière le numéro 3i36. Il s’en faut toutefois que nous ayons mille cinquante-sept lettres. L’éditeur passe par distraction du numéro 2099 au numéro 3ooo. Ajoutons que six documents ne sont pas des lettres (2128, 3oo5, 3046, 3o65, 3107, 3i3i), que onze lettres ont déjà leur place dans le recueil de 1880 (cf. 2082 et 182, 2084 et 23i , 2094 et 1627, 2091 et 116, 3oi8 et 46 plus 117, 3042 et 840, 3o35 et 450, 3o54 et 952, 3089 et 1570, 3iio et 1681, 3117 et 1968) et que huit lettres sont de simples fragments complémentaires de lettres publiées en partie dans ce même recueil (2092 et 66, 3027 et 396, 3028 et 408, 3o3i et 42o,-3o47 et 610, 3io2 et i326, 3ioq et 1340, 3127 et 2072).

lettres inédites ont paru vers 1889, le plus souvent d’après les originaux, dans un recueil autographié, composé exclusivement des lettres du saint à Louise de Marillac, au nombre de trois cent dix-huit53. Des extraits de lettres, tous empruntés à l’ouvrage de M. Pémartin et relatifs à la fondatrice ou aux œuvres des sœurs, sont ajoutés en appendice. La sœur de Geoffre, Fille de la Charité, à qui a été confié ce travail, l’a fait avec tout son cœur et toute son intelligence, et c’est justice de dire qu’elle l’a bien réussi.

Après quarante ans, le moment semble venu de reprendre l’œuvre de M. Pémartin pour lui donner plus d’étendue, plus d’ordre, plus d’exactitude, et pour l’adapter aux exigences de la critique moderne.

La conservation de l’orthographe des documents aurait présenté, nous semble-t-il, plus d’inconvénients que d’avantages ; nous avons préféré la moderniser pour rendre la lecture de l’ouvrage plus accessible au public et éviter la diversité d’orthographes qui existe entre les lettres écrites par saint Vincent et par ses secrétaires, entre les originaux et leurs copies. La moitié environ des lettres qui forment ce recueil sont empruntées à des copistes de la. fin du dixseptième siècle ou de plus tard. Pourquoi conserver leur orthographe, qui n’est ni celle du document original, ni la nôtre? Par raison d’uniformité et de clarté, les derniers éditeurs de la correspondance de Bossuet ont été amenés à laisser de côté l’orthographe du grand orateur; nous les imiterons.

Les lettres de saint Vincent seront suivies de ses

53. Lettres de saint Vincent de Paul adressées à Mademoiselle Le Gras ,

in-4.

entretiens, et les entretiens des documents principaux relatifs à sa vie et à ses institutions. L’œuvre que nous entreprenons est considérable; nous avons l’espoir qu’elle sera utile : aux érudits d’abord, qui trouveront dans ces pages beaucoup de renseignements nouveaux; aux futurs biographes du saint, auxquels elle évitera de longues et souvent vaines recherches ; enfin à tous nos lecteurs, car saint Vincent est de ces hommes que l’on estime et que l’on aime davantage quand on les connaît plus parfaitement; or, l’estimer et l’aimer, n’est-ce pas déjà se sentir porté à l’imiter?

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