A LOUISE DE MARILLAG, A MONTMIRAIL
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais S
Puisque la Providence vous retient à Montmirail, il la faut adorer et faire ce que Dieu vous présente à faire. N’importe que cette personne ait quelque mauvais bruit ;
i. Marie- Jacqueline Favre, qui fut « la première religieuse, la seconde professe et la seconde Mère » de la Visitation. ( Année Sainte des Religieuses de la Visitation Sainte-Marie , Annecy, 1867-1871, 12 vol. in-8, t. VI, p. 346.) Sa biographie a été publiée dans les Vies des premières Religieuses de la Visitation Sainte-Marie , par la M. de Chaugy, Paris, 1852, 2 vol. in-8, t. I, pp. 3-120.
Lettre 80. — Reg. 2, p. 34.
Lettre 81. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
peut-être est-il à faux, ou bien qu’elle s’en sera corrigée. La Madeleine, dès l’instant de sa conversion, fut faite compagne de la Vierge et suivante de Notre-Seigneur. Comme je suis grand pécheur, je ne puis rejeter ceux qui l’ont été, pourvu qu’ils aient bonne volonté. Et puis c’est peut-être Monsieur le prieur 1 qui a suggéré cette pensée au R. P. de Gondy, auquel je ne dirai rien de l’affaire ; car je pense qu’il la fera sans le dire ; sinon, vous m’en écrirez, s’il vous plaît.
Pour aller en quelque village d’alentour de Montmirail, ils sont fort écartés. Il n’y a pas apparence d’y rien faire, vu même la saison.
Une indisposition que j’avais lorsque le fils de Madame Rousseau vint céans, ne me permit pas de lui parler ; mais je lui ai fait offrir de le servir et le ferai. fVssurez-en la mère, s’il vous plaît.
Et pour M. votre hls, il passa hier la journée céans d’une fort bonne façon. Il se porte bien, Dieu merci. Lorsqu’il sera temps, l’on le fera purger. Il est monté à la troisième 2. Monsieur Dehorgny vous mande qu’il vous écrit ; mais le peu de temps que nous avons eu pour l’en avertir fera que vous n’aurez point des lettres pour cette fois. Soyez en repos de lui.
Madame Laurent 3 est revenue indisposée de Villepreux, il y a quatre ou cinq jours. M. Belin va faire l’école des filles. Je lui ai mandé qu’il sera relevé dans sept ou huit jours de cette peine et ai parlé à une bonne
1. Jean Josse, né à Château-Thierry vers 1583, prieur de Montmi-
rail de 1620 au 23 septembre 1636, jour de sa mort. ( Histoire de Montmirail-en-Brie , par l’abbé Boitel, Montmirail, 1862, in-12,
2. L’année scolaire venait de s’ouvrir au collège de Clermont, où Michel Le Gras, alors âgé de dix-huit ans, était pensionnaire.
3. Dame de Charité. Elle faisait probablement l’école aux filles de Villepreux, à la place de Germaine, qui accompagnait Louise de Marillac dans sa tournée.
fille, laquelle ne pourra y aller que dans le temps que je dis.
je ne savais rien des nappes dont vous me parlez. J’en remercierai Mademoiselle du Fay. Pour Mademoiselle Guérin, je m’en vas m’informer si elle nous en a envoyé céans. Elle est venue ce matin me dire adieu, pource qu’elle s’en est allée à Chartres, et m’a dit que c’est à cause de la maladie qui augmente ici. Il y a entre votre logis et céans deux maisons infestées. M. Guérin et son aîné demeurent néanmoins ici.
Mademoiselle du Fay est indisposée le moins du monde. M. de Viney me vint voir hier et m’assura que ce n’est rien, je vous dis le même de moi, qui n’ai pas même eu mes petits sentiments 4 il y a deux jours.
Le frère de Germaine est venu aujourd’hui céans ; je lui ai baillé sa lettre et la quenouille ; il s’en va à Villepreux, où il donnera de ses nouvelles.
Comment va la Charité ? Les femmes font-elles bien ? Ont-elles beaucoup de malades et d’argent ? Mademoiselle du Fresne est-elle à Montmirail ? Comment se porte-t-elle ? je la salue de tout mon cœur et Mademoiselle sa mère aussi. Je ne dis rien de Monsieur du Fresne : car je le pense à la cour ; mais je salue Germaine et vous dirai que la bonne Madame la maréchale de Marillac5 est fort malade d’un flux de ventre au Roule 6. Honorez la patience de la sainte Vier-
4. Saint Vincent entend parler des frissons de la fièvre, dont il souffrait souvent.
5. Catherine de Médicis, cousine de la reine, épouse du maréchal Louis de Marillac, oncle de Louise. Le maréchal languissait dans les prisons de l’Etat depuis la fin de 1630, victime des rancunes de Richelieu. On dit que le chagrin contribua beaucoup à la maladie de la maréchale, qui mourut le jour même où saint Vincent écrivait cette lettre.
6. C’était alors un hameau situé hors Paris. Il fut incorporé à la capitale en 1722. ( Histoire de La ville el de tout le diocèse de Paris , par Lebeuf, Paris, 1883-1893, 7 vol. in-S°, t. VI, p. 515.)
ge en cela ; offrez-en la douleur à Dieu. Serait-elle pas bienheureuse de laisser cette terre de misère et d’aller jouir de la gloire du ciel ?
Mademoiselle Guérin vous écrit, et moi je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.
Vincent Depaul.
De Paris, ce 13 septembre 1631.