A ISABELLE DU FAY
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Vous m’obligez beaucoup, Mademoiselle, de me rendre participant de l’état auquel vous vous trouvez. Je vous en remercie et vous prie de bien vous soulager et de vous faire traiter soigneusement pour recouvrer vos forces, et de les bien ménager puis après pour servir Dieu ; car Notre-Seigneur le veut bien ainsi, Mademoiselle, et je vous en prie. O mon Dieu ! que les voies par lesquelles il mène les siens sont admirables et adorables, Mademoiselle ! Certes, rien ne lui coûte pour la sanctification d’une âme. Il livre le corps et l’esprit à la faiblesse pour les fortifier dans le mépris des choses de la terre et dans l’amour de sa Majesté ; il blesse et guérit ; il crucifie en sa croix pour glorifier en sa gloire ; bref, il donne la mort pour faire vivre en l’éternité. Agréons ces apparences de mal pour avoir les véritables biens qu’ils produisent, Mademoiselle, et nous serons bien heureux et en ce monde et en l’autre.
Lettre 82. — Reg. 1, f° 13 v°. Le copiste note que l’original était en entier de la main du saint.
1. Année pendant laquelle la peste sévit avec intensité à Paris.
Au reste, je remercie la Mère des filles de l’honneur qu’elle me fait de se ressouvenir de moi, et lui promets de lui faire raison de ses plaintes. O mon Dieu ! que je me promets un bon petit quart d’heure à lui ouïr raconter le procédé de ses hiles avec elle et comme la communauté s’est portée 2 ! Mais je désire bien que ce ne soit pas si tôt ; car les maladies croissent ou pour le moins ne diminuent pas. L’on m’a dit aujourd’hui qu’il fut hier tiré trois corps d’une maison proche Mademoiselle Le Gras et qu’il est mort un Père de l’Oratoire à Saint- Jacques 3 et un autre à Notre-Dame-des-Vertus 4.
Je vous souhaite le bonsoir et suis votre serviteur.
Vincent Depaul.
Mademoiselle,
Si Monseigneur de Châlons 1 ne vous a envoyé quérir et qu’il soit proche, il me semble que vous ferez bien de l’aller voir et de lui dire tout simplement à la bonne foi pourquoi le R. P. de Gondy vous a priée de prendre la peine d’aller en Champagne et ce que vous faites ; et
2. Il semble, d’après cette lettre, que Mademoiselle du Fay avait un pied-à-terre hors Paris dans une communauté, probablement au couvent des Dominicaines de Poissy. (Cf. lettre 13.)