‹ Correspondance, entretiens, documentsChapitre 115 sur 500 · Matthieu Molé · texte numérisé non relu

Matthieu Molé

tôt, selon l’ordre de Monsieur le prieur 4, lequel je n’aurai point l’honneur d’aller trouver ce matin, tant pource qu’il me semble qu’il désire que nous ayons la parole de mondit sieur le procureur général avant que de conclure 5, qu’ahn que vous, Monsieur, nous fassiez la charité de lui dire quelques difficultés qui se trouvent aux propositions qu’il me ht l’honneur de me faire hier.

Mondit sieur le prieur me fit donc l’honneur de me

4. Adrien Le Bon, chanoine régulier de Saint- Augustin, né à Neufchâtel (Seine-Inférieure), mort à Saint-Lazare le 9 avril 1651, dans sa soixante-quatorzième année.

5. Adrien Le Bon fut porté à résigner le prieuré de Saint-Lazare par la mésintelligence qui régnait entre lui et ses religieux. Le bruit des heureux fruits que recueillaient dans leurs courses apostoliques saint Vincent et ses missionnaires, ainsi que les conseils du curé de la paroisse, lui firent jeter ses regards de leur côté. M. de Lestocq le conduisit lui-même aux Bons-Enfants. L’offre généreuse du bon prieur effraya l’humilité de saint Vincent. Il refusa. Adrien Le Bon persista dans son dessein. Six mois après, il revenait au collège et renouvelait, vainement encore, sa proposition. Pendant six autres mois, ce furent de nouvelles instances, qui devenaient de jour en jour plus pressantes. Enfin, il fut convenu qu’on s’en remettrait à la décision d’André Duval. Ce dernier fut de l’avis du prieur. Le plus gros obstacle était écarté. Restait à s’accorder sur les clauses du contrat. Ce ne fut pas facile. La lettre de saint Vincent à M. de Lestocq nous fait connaître quelques-uns des points débattus entre les parties. Le contrat fut passé le 7 janvier 1632. Le lendemain, saint Vincent et les siens venaient habiter Saint-Lazare. Ce récit, confirmé par les déclarations du saint (cf. lettre du 30 janvier 1656 à Nicolas Etienne), mérite une toute autre confiance que le récit contenu dans YFListoir e des chanoines réguliers de V ordre de S. Augustin de la Congrégation de France , Bibl. Sainte-Geneviève, 4 vol. in-f°, ms. 611-614, t. III, f° 57 v°. L’auteur de cet ouvrage prétend que la donation à saint Vincent du prieuré de Saint-Lazare fut le résultat de ses manœuvres. Pour rester en possession de son bien Vincent de Paul eut à soutenir plus d’un procès. Son droit fut toujours reconnu. L’union fut approuvée le 8 janvier par l’archevêque de Paris, quelques jours après par le roi, le 24 mars par le prévôt des marchands et les échevins de la ville de Paris, le 7 septembre par le Parlement, le 15 mars 1635 par le Pape Urbain VIII. Saint-Lazare était en dehors de Paris. Les bâtiments et l’enclos couvraient le vaste quadrilatère compris actuellement entre la rue du Paradis, la rue du faubourg Saint-Denis, le boulevard de la Chapelle et la rue du faubourg Poissonnière. (Cf. Saint-Lazare , par Jean Parrang dans les F eûtes Annales de S. Vincent de Faul , 1903, PP- 13-30-)

dire hier au soir qu’il avait conféré avec Messieurs ses religieux 6 touchant notre manière de faire au chœur, le logement et ameublement, et la pension que donneraient ceux qui voudraient vivre parmi nous. Or, je vous dirai que, pour la dernière difficulté, qui est que chacun de Messieurs les religieux ne paiera que deux cents livres de pension, que j’acquiesce très volontiers à cela, quoiqu’ ayant supputé la dépense au juste de ce qu’il nous a coûté à présent il nous en coûtera davantage, et que les pensions même des écoliers sont de quatre-vingt-dix livres.

Quant au logement, je crains qu’il n’arrive quelque difficulté avec le temps, si nous étions ensemble au dortoir, parce que nous observons le silence depuis le soir après la prière jusqu’au lendemain après le dîner, que nous avons une heure de récréation ; et depuis la récréation jusques au soir après souper, auquel temps nous avons encore une heure de récréation, laquelle achevée, nous rentrons dans le silence, pendant lequel nous ne parlons que de choses nécessaires, et encore tout bas. Or, quiconque ôte cela d’une communauté y introduit un désordre et une confusion qui ne se peuvent dire, qui a fait dire à un saint personnage, qu’il assurera, voyant une communauté qui observe exactement le silence, qu’elle observe aussi le reste de la régularité ; et qu’au contraire, voyant une autre où le silence ne s’observe pas, qu’il est impossible que le reste de la régularité s’observe. Or, il y a bien sujet de craindre, Monsieur, que ces Messieurs ne voulussent pas s’obliger à cela et que, ne le faisant pas, nous ne ruinassions une pratique si nécessaire et laquelle

6. Les religieux étaient au nombre de neuf : Adrien Le Bon, prieur ; Nicolas Maheut, sous-prieur ; Claude Cousin, receveur ; Claude Gothereau, dépensier ; Richard Levasseur, sacristain ; Adrien Descourtils ; Jacques Lescellier ; François Caigne et Claude de Morennes. ( Cf. Arch. Nat. M. 212.)

nous avons tâché d’observer jusqu’à présent le moins mal qu’il nous a été possible ; c’est pourquoi il me semble qu’il serait expédient de revenir aux propositions que me fixent Messieurs les religieux en la présence de mondit sieur le prieur, qui est qu’ils prendront quelques logements particuliers que l’on leur fera accommoder à leur usage, avec des cheminées ; et pour le regard des meubles, ils pourront prendre les leurs de leurs chambres ; et pour le linge et de la vaisselle, nous leur en baillerons, ou cinquante livres à chacun pour en avoir ; à quoi tant s’en faut que je trouve de la simonie, qu’au contraire il me semble qu’il est plus que raisonnable d’en user ainsi, puisque ces Messieurs nous laisseront leurs meubles communs. Par ce moyen donc ils nous laisseront le dortoir, où nous pourrons sans aucune difficulté observer notre silence.

Et pour le regard du chœur, mondit sieur le prieur propose les rangs, et que nous y porterons le domino 7 depuis la Toussaint jusqu’à Pâques et encore l’aumusse 8. Or, je vous dirai, Monsieur, qu’encore que je ne fais aucune difficulté, que, quand ces Messieurs auront agréable de venir au chœur, la compagnie ne leur doive laisser les premiers rangs, je pense néanmoins qu’il n’est pas expédient de ne nous point charger de l’aumusse ni du domino ; et pour éviter la confusion et le soupçon que le parlement aurait que nous commencerions à devenir chanoines, et par conséquent que nous renonçons tacitement à notre dessein de travailler incessamment pour le pauvre peuple des champs, qu’il est, dis-je, expédient que l’on ne nous charge ni de l’aumusse ni du domino, et que l’on nous laisse le service pour le faire selon la décharge de notre conscience, comme il est conclu dans

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