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Commune d’Indre-et-Loire

de cet évêché ici ; et le bon -prêtre qui y dit la messe aurait bon besoin , comme je pense , de voir une mission ; même il me vint en pensée d'en dire quelque chose à M. d'Angers. Les petits enfants si peu instruits !

De là je vins à Saumur , où je séjournai ce jour-là , le mercredi tout entier , et le jeudi y communiai encore. T ous mes gens , ils y ont eu bien de la dévotion. Dès que nous avisâmes le lieu , nous chantâmes le Te Deum.

Je m' oubliais de vous dire notre après-dînée : nous disions quelquefois notre chapelet en deux chœurs , tous les jours les litanies de la Sainte Vierge , et les autres rechantaient le même , afin de les dire doublement.

Notre récréation durait bien autant que nos prières. Quelquefois nous jouions à ne dire ni oui ni non ; et ceux qui le disaient payaient un Ave à celui qui lui pouvait prendre. Nous chantions Alléluia et d'autres hymnes , mais tout cela si gaiement , qu'un de mes fermiers , qui était à cheval , était ravi de nous voir. Je voulais montrer à Catherine à bien lire et la prononciation. Elle faisait des réponses et des discours à rire jus que s aux larmes. Enfin , mon Père , il est bien aisé de servir Dieu à ce prix-là.

A mon arrivée ici, il vint deux Messieurs au-devant de moi, qui m empêchaient d'aller à V Hôtel-Dieu, ni à V église ; et puis il était tôt. J'arrivai droit céans 3 où je treuvai un souper magnifique et tant de monde à me recevoir qu' enfin Von me traita du grand.

Le lendemain , je n'eus le loisir que d'entendre la messe. MM . de la justice, et tous les principaux de la ville me vinrent visiter ; et encore le jour d'après j'eus grand' peine à me dérober pour visiter l'Hôtel-Dieu, que je treuvai en assez bon ordre. Il y a une bonne bourgeoise qui a fait vœu d'y finir ses jours au service des malades, qui leur a été un grand bien ; principalement elle a grand, soin de leur salut. Depuis, j'ai été deux fois visiter les prisonniers , dans cette pensée que N otr e-S ei gneur disait en l' Evangile : j'ai été prisonnier . Je leur donnai des images et chapelets et délivrai de pauvres priso7iniers qui me firent grand' pitié . Ce qui est déplaisant, c'est que tout est su dans la ville , et toujours Von en dit plus qu'il n'y en a.

Dimanche , je fris à vêpres à une religion , où, contre ma coutume, je fus deux heures devant le Saint Sacrement, où là il me vint en pensée comment je pourrais parler du catéchisme devant ces demoiselles de céans, que je m'imaginais en avoir grand besoin. Je me résolus d'aller aux pauvres , aux fermes , où je les menai, et interrogeai les enfants assez bien instruits. Il y a un bon ecclésiastique qui en a grand soin.

Mon Père , cela réussit si 'parfaitement bien que Mademoiselle Le Fèvre , qui est mariée à un conseiller et qui a quatre enfants , me dit, au retour , y avoir pris très grand plaisir , et qu' elle ne savait presque rien de tout cela, et m'ajouta : « L'on voit bien que vous aimez bien les pauvres et que vous êtes à la joie de votre cœur parmi eux. Vous paraissiez deux fois plus belle en leur parlant. » Mon Père, cela est admirable que Dieu me donna la hardiesse de parler en présence de leur ecclésiastique et pour le moins cent personnes qui m'écou taient, et puis après me payèrent de tant de louanges ; même ce bon prêtre me dit qu'il s' estimerait bien heureux de pouvoir finir ses jours auprès de moi, sans gages, ni récompense , mais seulement pour ouir les paroles qui sortiraient de ma bouche . Voilà ses propres termes.

Or sus, mon Père, c'est à vous que j'écris, et dans la confiance que vous louerez Dieu et V aimerez pour sa miséricorde infinie. Il m'a fait des grâces à Saumur et ici que je ne vous puis dire , et nonobstant mon extrême infidélité ; c'est ce qui me doit ravir d'amour vers lui. Mon Père, priez-le qu'il rabaisse mon orgueil par quel moyen il lui plaira. Je suis prête à tout perdre et tout quitter, préférant l'humilité à toutes les consolations et biens. L' exemple de mon Sauveur est bien puissant, qui a quitté le sein de son Père pour la venir pratiquer dans la pauvreté et anéantissement.

Or, revenons au fait du catéchisme . C'est que , depuis, ces bonnes demoiselles viennent prier Dieu avec moi, tout quand je donne le sujet de l'oraison, mais principalement une, qui est fille. Or, je la treuvai bien touchée ; je la peux dire gagnée. Il y a une bonne femme dévote qui me vint voir et me dit que, si j'étais ici un an, je convertirais toute la ville. Je vous assure qu' elle me fit bien rire. Deux choses leur plaisent ici : que je ne fais point la, réformée, que je ris à bon escient et que je vas à ma paroisse.

Dernièrement , ils me pressèrent fort de me faire peindre. Ils ont un homme qui le tente parfaitement ; c'est celui qui a peint feu Monsieur 12, et c'est la coutume. Il n'y a si petite bourgeoise qui ne le soit ; et, après leur mort , l' on met leur portrait à l' église auprès de leur tombe. Or, je leur refusai, et m' en suis repentie, car il me semble que c' était par une fausse humilité de ne vouloir pas paraître si vaine que de se faire peindre , et qu'il y eût eu plus de vertu à le faire par condescendance.

Je jouai dernièrement une heure au trictrac et me suis résolue de leur obéir en ce qui ne sera point pêché, c' est-h- dire

12. Nom donné, avant la Révolution, à l’aîné des frères du roi.

jusqu'à ce que j'aie une réponse, car je ferai tout ce que vous voudrez.

Vous savez que je suis , 'pour V amour de N otre-Seigneur et de sa sainte Mère , mon Révérend Père „ votre très humble et obéissante servante.

D' Angers , ce 16 avril 1633.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent de Paul , supérieur des Prêtres de la Mission , à Saint-Lazare.

Mademoiselle,

[Avril 1633 b]

La grâce de Notre-Seigneur J.-C. soit avec vous pour j amais !

Je ne vous écris point de ma main, à cause que j’ai été saigné pour ma petite fièvre. J’ai oublié de vous envoyer tantôt Monsieur Figeard le médecin. Je vous supplie de me le pardonner, comme aussi de ce que je ne vous ai pas envoyé le mémoire des exercices, et de trouver bon que je vous dise que vous ne deviez pas envoyer vos Files au lieu que vous me dites, sans savoir du médecin s’il y a du danger* 1 2. J’espère pourtant de la bonté de Dieu qu’elle ne permettra pas qu’il en arrive du mal, car vous savez la particulière protection qu’il a des personnes de la Charité.

J’ai reçu une lettre de Madame Goussault et de la bénédiction de son voyage 3. Quand j’en recevrai d’autres nouvelles, je vous en ferai part.

Votre lettre d’hier se trouve écartée et ne me ressouviens point de ce qu’elle contient, sinon à l’égard du

Lettre 136. — L. s. — Dossier des Filles de la Charité, original.

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